APR 11 1999
XXVIII* ANNEE No 12
REVUE
NEUROLOGIQUE
Fondée en. 1893 par E. FRISSAUD et PIERRE MARIE
ORGANE OFFICIEL DE LA
SOCIETE DE NEUROLOGIE
| DE PARIS
COMITB DE DIRECTION:
J. BABINSKI — PIERRE MARIE — A. SOUQUES’
REDACTION:
HENRY MEIGE
E. FEINDEL — P. BEHAGUE
MASSON ET £DITEURS
LIBRAIRES DE L’ACADEMIE DE MEDECINE
$20, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
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REVUE NEUROLOGIQUE
PARAISSANT TOUS LES MOIS
Travaux originaux, Actualités, Analyses, Bibliographie, Iconographie
de NEUROLOGIE et de PSYCHIATRIB
COMPTES RENDUS OFFICIELS
DE LA
SOCIETE DE NEUROLOGIE DE PARIS
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Aldresser tout ce qui concerne la Rédaclion au D* Henry Meias,
Librairie Masson et C', 120, boulevard Saint-Germain — Paris,
NEURENE
principe actif de la
VALERIANE
Découvert en 1906 par le Professeur Baissonnet
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Ne 12 Décembre 1921.
REVUE NEUROLOGIQUE
MEMOIRES ORIGINAUX
NEUROLOGIE
SUR LA PERIODE LATENTE DES MOUVEMENTS
ASSOCIES
PAR
MIGUEL OZORIO DE ALMEIDA
de Rio de Janeiro)
L’étude des mouvements associés ou syncinésies s'est presque toujours
limitée & l'observation clinique de ces phénoménes et a l’interprétation
des faits, ce qui a conduit différents auteurs 4 établir des théories
pour les expliquer. Cependant, il y a des points qu’il serait intéressant
de connaitre d’une maniére précise et qui ne peuvent pas étre fixés par
la seule observation clinique. I] sera besoin dans ces cas de recourir
4 un appareillage plus compliqué. Un de ces points, qui nous a occupé
pendant quelque temps dans des recherches dont les résultats font l’ob-
jet de ce mémoire, peut étre posé comme il suit : existe-t-il une simul-
lanéilé absolue entre les deux ordres de mouvements, le mouvement volon-
laire el le mouvement associé correspondant, ott il y a un inlervalle de temps
entre les deur ? En d’autres termes, les syncinésies ont-elles une période
latente décelable par les moyens ordinaires d investigation ?
Quelques neurologistes auxquels nous présentames ce probléme, nous
ont fait remarquer qu'on peut, dans certains cas, 4 la simple inspection,
percevoir un certain retard du mouvement associé par rapport au mouve-
ment volontaire. Ce retard est cependant trop petit pour pouvoir étre
bien évalué. Dans d'autres cas, il n’est pas percu, et les syncinésies se font,
du moins en apparence, exactement en méme temps que les mouvements
volontaires qui les provoquent.
REVUE NEUROLOGIQUE. — T. XXXVII. 76
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2
+
1194 MIGUEL OZORIO DE ALMEIDA
Wissler et Richardson (1) se sont préoccupés de la question de savoir
si la contraction volontaire d’un muscle pour exécuter un mouvement
volontaire déterminé se fait seule ou est accompagnée de la contraction
d’autres muscles plus ou moins éloignés. Ils ont enregistré les contrac-
tions des muscles de l|’avant-bras et du bras, pendant un mouvement
énergique de l’abducteur de l’index. Ces recherches ont montré que les
extenseurs du poignet se contractent 0,17 de seconde aprés l’abducteur
de l’index, et que le biceps se contracte 0,16 de seconde plus tard. Ces con-
tractions musculaires, qui peuvent étre considérées comme des mouve-
ments associés se présentant dans des sujets normaux, ont donc une période
latente. Ces faits se rencontrent-ils aussi dans les syncinésies pathologiques ?
En voulant étudier cette question par la méthode graphique, nous avons
rencontré quelques diflicultés. C’est ce qui nous améne A exposer en détail
la technique, qu’aprés quelques tdtonnements, nous avons définitive-
ment adoptée.
La méthode habituelle employée dans la détermination du temps perdu
de différents phénoménes, comme la contraction musculaire ou les ré-
flexes, ne pouvait pas étre appliquée. Elle consiste, en effet, dans |’en-
registrement graphique simultané de l’excitation du mouvement a étu-
dier et des oscillations d’un diapason chronographe. Mais l’enregistrement
doit étre fait dans un appareil md avec une grande vitesse, étant donnée
la petite durée des phénoménes. Ainsi, tout doit étre préparé pour que
le phénoméne s’exécute pendant une seule rotation du cylindre enregis-
treur. Autrement, il y aurait une superposition des tracés, ce qui rendrait
leur lecture impossible. Or, ce qui peut étre facilement obtenu dans des
expériences ov |’expérimentateur domine complétement tous les élé-
ments,ne pouvait réussir dans des expériences sur les mouvements asso-
ciés, ou il yaun élément difficilement contrélable — la volonté du sujet.
— On doit se rappeler qu’on travaille avec des malades la plupart
de culture intellectuelle trés réduite, et il est difficile sinon impossible
d’obtenir d’eux, en un temps extrémement court, |’exécution d’un
mouvement en réponse a un ordre donné.
Pour nous, Ja forme des mouvements n’avait aucune importance. Ce
qui seulement nous intéressait était la détermination du temps écoulé
entre les deux espéces de mouvements, s’il y en avait.
En nous orientant ainsi, nous avons adopté un dispositif dans lequel
un signal électrique enregistrait sur un eylindre de Marey les oscilla-
tions d’un diapason donnant le centiéme de seconde, mais seulement pen-
dant l’intervalle entre le mouvement volontaire et le mouvement associé.
Dans ce dispositif on met en jeu des interrupteurs de grande sensibilité
que nous décrirons en premier lieu.
Les tambours enregistreurs de Marey ont toute la partie qui supporte
(1) Wisscer et Ricnarpson . Psychol. Rev., vol. VII, 1900, 29. Cité Woodsworth.
Le mouvement. Biblioth. de Psychol. expér., 1903.
Une communication préalable des principaux faits contenus dans ces mémoires a
été faite ala Soc. Bras.de Sciencias et se trouve dans le Brazil-Medico du 30 juillet 1921.
re
PERIODE LATENTE DES MOUVEMENTS ASSOCIES
1195
la plume inscrivante construite en métal. Nous avons remplacé la plume
inscrivante per un fil rigide métallique / (fig. 1) courbé en angle droit. La
pointe de ce fil peut plonger dans une
cuvette C contenant mercure.
Cette cuvette C et une vis V de la
partie métallique de l'appareil sont
reliées a des fils conducteurs d’élec-
tricité. La cuvette K du tambour est
reliée par un tube en caoutchoue a
un gros tube en caoutchouc aussi
M, dont l'une des extrémités est fer-
mée par un bouchon plein, et l'autre
est fermée par un bouchon traversé
par un tube en verre. La partie pneu-
matique du tambour est électrique-
ment isolée de la partie métallique
par la membrane en caoutchouc m.
On comprend maintenant que toute
pression exereée- sur le tube M se
transmettant 4 la cuvette K éléve le
fil f et interrompt son contact avec
le mereure de la cuvette C. Le tam-
bour de Marey constitue ainsi un
interrupteur de la plus grande sensi-
hilité, c’est-d-dire dont le jeu peut
étre commandé par des modifications
de pression trés petites.
Fig. 2
Supposons, maintenant, que dans un circuit ot il y a une pile P, un
diapason D, on place un de ces interrupteurs I,. Supposons encore que
dans un circuit dérivé, embranché sur ce premier, on place un signal élec-
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1196 MIGUEL OZORIO DE ALMEIDA
trique et deux interrupteurs I, et I,, l'un d’eux, I, étant renversé. Dans
cette position, l’interrupteur reste ouvert ; au contraire des autres, il
fermera le circuit lorsqu’il recevra une pression. Relions les cuvettes pneu-
matiques K, et K, des interrupteurs I, et I, 4 une méme piéce manipu-
latrice M, au moyen d'un tube en Y. Une pression exercée sur M, en se
transmettant en méme temps a I, et I, ouvre le circuit A U B et ferme
le circuit AVB. Une pression de la piéce manipulatrice M, reliée au tam-
bour I,, ouvre le second circuit.
Supposons maintenant que le sujet maintienne la piéce M dans la main
qui exécute le mouvement volontaire et la piéce M’ dans la main qui est
le siége du mouvement associé. Le diapason peut indéfiniment travailler
sans que ses oscillations se transmettent au signal S. Si le cylindre tourne,
ce signal trace une ligne qui est recouverte pendant les autres rotations.
Si le malade contracte volontairement la main, linterrupteur I, ouvre
le premier circuit et l’interrupteur I, ferme le second ; les oscillations
du diapason se transmettent au signal qui les inserit dans le cylindre.
Lorsque le malade presse sur M’ linterrupteur I, ouvre le second cir-
cuit et le signal s’arréte au méme moment. Dans le tracé, au milieu des
oscillations marquant les fractions de seconde données par le diapason
on voit une ligne horizontale qui a été tracée pendant le temps que
tourne le cylindre, en attendant le moment ot: on commande les mouve-
ments.
Les oscillations du diapason sont done inscrites seulement pendant
lintervalle de temps entre les mouvements volontaires et les mouvements
associés. Si ces deux mouvements se font en méme temps il n'y a rien
dans les tracés. Le nombre des oscillations obtenues dans la premiére
hypothése, donnera en fractions de seconde le temps de latence des syn-
cinésies,
Comme détails de technique nous devons ajouter ce qui suit : Les sup-
ports des tambours doivent étre isolants ; aulrement on peut former des
dérivations en utilisant le dispositif pour les expériences. Les tubes
en caoutchoue qui relient les tambours aux tubes M et M’ doivent avoir
la méme longueur. Les dispositions des fils métalliques des interrupteurs
par rapport au mercure des cuvettes C, C’, C’’, doivent étre réglées de
maniére que, pour des mouvements simultanés, les contacts se fassent
et s’‘interrompent exactement au méme moment. Ce point peut étre véri-
fié, dans une expérience préalable, dans laquelle on presse dans une méme
main les deux piéces M et M’. Si l'appareillage est bien réglé on ne doit
avoir rien dans le tracé.
Avec cette technique, nous avons étudié les mouvements associés de
trois hémiplégiques du service clinique du Dt Ulysses Vianna, a I’hé-
pital national des aliénés de Rio de Janeiro. Sur chacun d’eux, nous avons
fait plusieurs déterminations en deux jours différents. Les trois malades
présentaient des mouvements associés du bras paralytique, lorsque le
bras sain faisait des mouvements. Enserrant la main saine, la main malade
exécutait le méme mouvement ; chez l’un d’eux, ce mouvement était en
tie
PERIODE LATENTE DES MOUVEMENTS ASSOCIES 1197
méme temps accompagné par un mouvement de flexion de |’avant-bras
sur le bras.
Dans toutes nos expériences nous avons rencontré un intervalle de
temps entre les deux ordres de mouvements. Ainsi chez Per., les sept
déterminations faites nous ont donné en centiémes de seconde : 73, 28,
59, 126, 66, 144, 53. Chez Eur., nous avons fait 2 déterminations : 53,
82. And., nous a fourni 5 tracés qui nous ont donné : 16, 42, 27, 44, 30.
Comme on le voit immédiatement, la période latente des syncinésies
n'est pas constante pour un méme sujet, et avec plus forte raison est
variable d’un sujet & l'autre. Ainsi, la moyenne des déterminations de
Per. nous donne 78, alors que la moyenne de And. est de 32. Dans
deux des déterminations de Per., nous avons rencontré des temps de
latence supérieurs 4 une seconde. Ceci nous explique le fait que quelque-
fois ce retard du mouvement associé est visible sans aucun appareillage
spécial.
Les mouvements associés des hémiplégiques ont donc une période la-
tente parfaitement mesurable. On ne peut pas, dés maintenant, géné-
raliser ce fait et admettre que tous les mouvements associés ont égale-
ment une période latente. En effet, comme la remarque a été déja faite
par Pierre Marie et Ch. Foix (1), on a quelquefois confondu, sous le nom
de syncinésies, des phénoménes qui certainement n’ont pas le méme
mécanisme. Les syncinésies des hémiplégiques ont des caractéres de cons-
tance, d’uniformité dans leur évolution, qui leur donnent une valeur spé-
ciale, tant au point de vue sémiologique qu’au point de vue de l'étude
de leur mécanisme physio-pathologique.
Il y a des syncinésies qui présentent des caractéres particuliers qui
ont conduit certains auteurs 4 leur donner une interprétation a part.
C’est le cas des syncinésies de la paralysie faciale périphérique. Lipschutz
croit que les mouvements associés, qu’on observe dans une certaine période
de lévolution de la paralysie faciale, sont dus a la déviation des fibres
nerveuses dans leur régénération. Elles ne suivraient plus, dans leur crois-
sance, les voies anciennes, et l’innervation des muscles n’obéirait plus
a l’ordre primitif. Une interprétation analogue a été adoptée par André-
Thomas dans la discussion des suites des sutures nerveuses. « I] faut comp-
ter avec les erreurs d’aiguillage, écrit André-Thomas, avec l’égarement
de fibres destinées 4 un muscle dans un autre muscle, avec l’innerva-
tion de deux muscles par les fibres destinées 4 un seul des muscles, d’ou
les parakinésies, les syncinésies, les synergies paradoxales (2). » Si cette
interprétation correspond A ce qui se passe dans la réalité, ces mouve-
ments associés ne doivent pas présenter de période latente. D’ailleurs,
une recherche dans ce sens serait, peut-étre, le moyen de résoudre cette
question.
1) P. Marte et Cu, Forx. Les syncinésies des hémiplégiques. Etude séméiologique et
classification, Rev. neurologique, XXIX, 1916, p. 327.
> (2) ANpr&é-Tuomas, Discussion sur les sutures nerveuses. Soc. de Neurol. de Paris,
20 mars 1918,
«
1198 MIGUEL OZORIO DE ALMEIDA
Quelques auteurs ont parfois attribué aux mouvements associés le
caractére de véritables mouvements réflexes. Ce sont deux ordres de
mouvements paralléles ; les mouvements associés se montrent lorsqu’il
y a exagération des réflexes. Dautre part, les mouvements associés se
diffusent en suivant une loi qui rappelle la loi de généralisation des réflexes
de Pfliiger, comme I’a fait remarquer Streehlin (1). Sénator a, a plusieurs
reprises, parlé des syncinésies comme de réflexes. Nous-mémes avons-nous
supposé (2) que les syncinésies sont des réflexes dont le point de départ
se rencontre dans la contraction des muscles qui exécutent le mouvement
volontaire. A normal, presque toujours ces excitations, dont la
réalité a été démontrée (3), sont au-dessous du seuil d’excitation réflexe
des centres nerveux et demeurent silencieuses. A l'état pathologique, l’exci-
tabilité réflexe étant plus prononcée, elles dépasseraient le seuil et donne-
raient lieu 4 des réflexes qui ne seraient autres que les mouvements
associés. La période latente des syncinésies, démontrée maintenant, pour-
rait étre présentée comme une preuve de plus en faveur de cette
interprétation. Nous sommes cependant obligés de la rejeter devant les
résultats d'une autre expérience qui nous semble définitive.
Si, en effet, les mouvements associés étaient des réflexes 4 point de
départ musculaire, ils devraient disparaitre par l'anémie des muscles qui
exécutent le mouvement volontaire. Ces muscles ne pouvant plus se con-
tracter sous l'impulsion motrice venant des centres, n’envoient plus les
excitations qui produiraient les mouvements associés. Cependant, les
résultats de nos expériences ont été différents : Les mouvements associés
de la main malade se sont maintenus avec la méme forme et la méme
intensilé, aprés que l’anémie de l’avant-bras eut empéché la contrac-
tion volontaire des muscles. Ces expériences ont été faites sur deux des
malades qui ont servi 4 la détermination de la période latente. Nous donne-
rons le protocole de l'une d’elles :
Per., A 13 heures 15 onapplique, en partant dela main droite (le malade est hémiplégique
gauche), une bande d’Esmarch qui est fixée au bras au-dessus du coude. On vérifie la
bonne application de la bande par la disparition des pulsations de lartére radiale.
A 13 h, 45, les mouvements volontaires sont trés affaiblis, mais les mouvements
associés se montrent comme au début.
A 13 h. 30, les mouvements volontaires disparaissent totalement ; les mouyements
associés persistent toujours avec la méme intensité.
L’observation clinique avait déja donné des faits qui peuvent étre appro-
chés des résultats de cette expérience. Ainsi Curschmann (4) a observé
que chez les amputés d’un membre, |'effort volontaire pour accomplir
(1) Les syncinésies. Leurs rapports-avec les fonctions d’inhibition
motrice. Thése de Paris, 1911.
(2) Socieda de Brasileira de Neurologia, 1918.
(3) Les réflexes musculaires, déja étudiés par quelques auteurs, ont été, de notre part,
lobjet de recherches expérimentales, qui seront publiées dans les Archives da Escola
Superior de Agricultura e Medicina Veterinaria. Un bret résumé des résultats de ces
recherches a déja été publié dans le Brazil Medico du 2 juillet 1521.
(4) CurscuMANN. Beitrage zur Physiologie und Pathologie der kontralateralwellun
Mitbewegungen, Deutsche Zeilschrif. Nervenheilkunde, 1906, 31.
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=
2
PERIODE LATENTE DES MOUVEMENTS ASSOCIES 1199
up mouvement avec l’extrémité qui n’existe plus, donne lieu 4 des mou-
vements semblables du cété opposé. D’autre part, les mouvements de
compensation de Bechterew parlent dans le méme sens. Dans ces cas, un
des membres étant complétement paralysé le membre contra-latéral fait
les mouvements que le malade voudrait faire avec le membre inerte.
Les mouvements associés des hémiplégiques sont donc bien des phéno-
ménes dont le mécanisme reléve de |’état des centres nerveux. Pour les
expliquer, il y a deux grandes théories principales, qui sont, il y a long-
temps, discutées sans qu’aucune soit arrivée 4 s'imposer définitivement.
Ce sont les théories de Westphall et de Hitzig. La premiére, comme on
le sait, explique les syncinésies comme il suit : Chaque hémisphére céré-
bral envoie les excitations motrices au cété opposé du corps mais aussi
et en méme temps, quoique dans un moindre degré, au méme cété. Les
mouvements de ce dernier cété ne se montrent cependant pas a |’état
normal, grace 4 une action inhibitrice exercée par l’hémisphére opposé. La
théorie de Hitzig invoque un mécanisme différent. Les excitations volon-
taires, arrivées 4 la moelle, rencontrent celle-ci,dans les cas pathologiques,
dans un état trés prononcé d’hyperexcitabilité. Avec une certaine facilité
elles se diffusent done au cété opposé, donnant lieu & des mouvements
qui dépassent l’intention du malade. A cété des mouvements voulus
apparaissent ainsi les mouvements associés.
Ces deux théories, avec de petites variantes, partagent encore les neu-
rologistes. Pour nous, il nous semble que nous devons avouer ne rien voir
parmi les faits connus quisoit une preuve définitive en faveur de l'une ou
de l'autre. La période latente que nous venons de décrire pourrait, sans
grande difliculté, étre interprétée suivant le langage de l'une ou de I’autre.
D’aprés la théorie de Westphal, elle représenterait le temps nécessaire
a vaincre les résidus del’action inhibitrice. D’aprés la théorie de Hitzig elle
serait la mesure de la résistance 4 vaincre pour la diffusion des excita-
tions 4 des champs nerveux plus étendus. Ainsi exposée, cependant, et
sans préjuger sur le lieu ot cette diffusion est faite, cette interprétation
serait plus simple et mettrait en ceuvre le moins possible d’hypothéses.
Peut-étre conviendrait-il de l'adopter provisoirement en attendant des
fails nouveaux.
| ;
II
LE PHENOMENE NUQUO-MYDRIATIQUE
PAR
FLATAU
(de Varsovie)
Il y a trois ans, au cours d’une grande épidémie de méningite céré-
bro-spinale, un phénoméne a attiré mon attention ; j’ai taché de le véri-
fier dans la suite chez de nombreux malades atteints de différentes affec-
tions. Ce phénoméne consistait en ce que les pupilles se dilataient lors-
qu’on fléchissait la téte du malade en avant. C’est la raison pour laquelle
on peut l’appeler nuquo-mydriatique.
Le procédé que j’emploie pour démontrer ce phénomeéne est le suivant :
chez les enfants on tire avec son pouce la paupiére inférieure en bas, tan-
dis que les quatre autres doigts entourent le menton, le pouce de l'autre
main souléve la paupiére supérieure et la main repose sur l’occipul ; alors
on fléchit fortement la téte en avant et l'on observe les pupilles.
Chez les adultes, on ouvre l’eril avec le pouce et lindex d’une main,
avec l'autre on baisse la téte jusqu’a la poitrine. Si le phénoméne est posi-
tif, on observe dés le début de cet acte une dilatation des pupilles. Lorsque
la téte revient A sa position normale — les pupilles reprennent leurs dimen-
sions primitives. Quelquefois la dilatation persiste 1-2”. Le phénoméne
ne s’épuise pas. On peut l’examiner a la lumiére diurne, ou artificielle.
Lorsque liris est foncé, on peut s’aider pour distinguer les pupilles en
les éclairant avec une petite lampe électrique.
La flexion de la téte peut provoquer une certaine douleur; les enfants
surtout s’opposent a cette manipulation. Il faut alors leur tenir les mains
ou les leur maintenir en mettant son coude sur leur poitrine.
Au cours de la méningite cérébro-spinale épidémique, on peut noter
ce phénomeéne au début de la maladie, aussi bien que dans les stades avan-
cés et méme prémortels. Dans des cas chroniques on peut le constater
2-3 mois aprés le début de la maladie. Au fur et 4 mesure que l’infection
céde, le phénoméne perdde sonintensité et il disparait complétement dans
la convalescence. Il est par conséquent jusqu’é un certain point un
critérium de l'état de la maladie.
Le phénoméne nuquo-mydriatique est le mieux visible chez les personnes
avec iris bien contractile, surtout avee hippus pupillaire. Chez ces malades
déja au début de la flexion de la téte on voit une dilatation pupillaire.
Il faut encore ajouter que, si l’on approche une lampe électrique vers
ces pupilles dilatées ad maximum, elles se contractent un petit peu.
Le phénoméne nuquo-mydriatique est presque toujours présent dans
-
a
214
PHENOMENE NUQUO-MYDRIATIQUE 1201
la méningite cérébro-spinale. I] y a pourtant des cas ot il est absent :
1° chez les malades ou il existe une raideur de la nuque, mais chez lesquels
la flexion du cou ne provoque pas de douleur ; 2° chez des malades avec
des pupilles trés étroites, sans réaction a la lumiére ou avee réaction minime.,
Dans ce dernier cas, on peut souvent constater une coincidence entre le
phénoméne nuquo-mydriatique et la réaction a la lumiére. Ainsi, par
exemple, chez un garcon de 12 ans, alteint depuis 5 jours d'une ménin-
gite épidémique, les pupilles réagissaient trés faiblement a la lumiére,
le phénoméne nuquo-mydriatique fut’ également bien faible. Le jour sui-
vant, la réaction 4 la lumiére ful prompte et en méme temps le phénomeéne
était devenu bien distinct. Dans un autre cas, chezun nourrisson de 11 mois,
les pupilles se contractaient faiblement a la lumiére et en méme temps le
phénoméne nuquo-mydriatique était peu accentué, Quelques jours plus
tard, la réaction des pupilles & la lumiére avait disparu et en méme temps
le phénomeéne en question fut négatif.
Pourtant ce parallélisme des phénoménes n'est pas constant. Il y a
des cas de méningite cérébro-spinale, aussi bien que de méningite Luber-
culeuse, ot: se trouve le phénoméne en question, tandis que les pupilles
ne réagissent pas 4 la lumiére.
En ce qui concerne le rapport existant entre ce phénoméne et ceux de
Kernig et de Brudzinski il y a en général parallélisme entre eux. On ne
peut pas dire que le phénoméne nuquo-mydriatique soit plus sensible
que les deux autres.
Il est. pourtant beaucoup plus apparent que la réaction des pup'lles
contre la douleur des zones hyperesthésiques. Si on piquail la région nuquale,
la partie Ja plus sensible d’aprés Gowers, ou la région céphalique, on ne
voyail en général aucune réaction des pupilles. Dans les cas ot l'on obte-
nait par ce procédé une dilatation pupillaire — le phénoméne nuquo-
mydriatique était beaucoup plus évident.
Dans la méningite tuberculeuse, le phénoméne nuquo-mydriatique est
positif et ne différe en rien de ce qu'il est au cours de la méningite
cérébro-spinale. Il est présent au début de l’affection aussi bien qu’a la
fin. Chez un malade, je pus observer 4-5 heures avant la mort.
En ce qui concerne d’autres affections des méninges, je ne peux pas me
prononcer définitivement sur son compte, vu le nombre insuffisant de cas
correspondants. Dans un cas de méningite séreuse par suite d’inflam-
mation de loreille moyenne, le phénoméne nuquo-mydriatique fut posi-
tif, malgré absence du phénoméne de Kernig. Dans la pachyméningite
hémorrhagique,on voit ce phénoméne 1a ot il y a une raideur de la nuque.
Il y est pourtant moins évident que dans la méningite épidémique et
tuberculeuse. Dans un cas de tumeur du III ventricule provoquant des
hémorrhagies ventriculaires aussi bien que des hémorrhagies sous-ara-
chnoidiennes (liquide céphalo-rachidien xanthochromique), on pouvait
constater le phénomeéne. Il y avait aussi raideuret douleur de la nuque.
Dans les affections infectieuses, la fiévre typhoide, la pneumonie, etc.,
le phénoméne est négatif, excepté les cas ot il y a raideur et dou-
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1202 EDOUARD FLATAU
leur de la nuque. Je pus l’observer chez une jeune femme, atteinte de
fiévre récurrente avec raideur de la nuque trés douloureuse.
Je voudrais attirer l’attention sur le fait que, dans la poliomyélite avec
pléocytose du liquide céphalo-rachidien, le phénoméne nuquo-mydria-
tique reste négatif. Ce fait peut nous servir pour distinguer les cas de polio-
myélite avec symptoOmes céphaliques de ceux de la méningite tubercu-
leuse.
D’autres maladies nerveuses, la sclérose en plaques, le tabes, les tumeurs
cérébrales, etc., ne présentent jamais ce phénoméne. De méme manque-
t-il dans les affections fonctionnelles et dans les psychoses.
Pendant l’épidémie d’encéphalite léthargique qui a_ sévi_ l'année
passée, j’examinai avec une attention toute particuliére les cas atteints
de la raideur de la nuque qui apparaissait dans les stades avancés
(cas de pseudo-Parkinson). Dans ces cas, le phénoméne nuquo-mydria-
tique ne fut pas positif. Il faut rappeler toutefois que la raideur de la
nuque ne s'accompagnait pas de douleur de la nuque.
Il v a une affection, o les méninges ne sont point atteintes, ot: pour-
tant le phénoméne nuquo-mydriatique est toujours présent : c'est la spon-
dylite cervicale, Cette affection donne une raideur du cou et une douleur
en méme temps. La spondylite d'autres vertébres ne présente pas ce phé-
noméne. Dans la spondyloserhizomélique, malgré l’affection des vertébres
cervicales, le phénoméne est négatif.
Ce qui a été dit ci-dessus se résumeen la conclusion que le phénoméne
nuquo-mydriatique a une valeur pratique. Si l'on excepte la spondylite
cervicale, le phénoméne est pathognomique pour l’affection des mé-
ninges. Ilest le plus accentué dans les méningites primaires. Dans les
méningites secondaires, compliquant les maladies infectieuses, il apparait
rarement, et 1a seulement, ow il y a une raideur de la nuque douloureuse.
Ceci décide «le la valeur de ce phénoméne comme moyen de dia-
gnostic différenticl. Dans beaucoup de cas, il m’a rendu service au lit
des nourrissons atteints des maladies infectieuses au début. Le phéno-
méne nuquo-mydriatique apparaissant d'une maniére bien évidente
chez un enfant dans le stade d’incubation de la maladie indique, celeris
paribus, le début de la méningite épidémique ou tuberculeuse. L’absence
de ce phénoméne parle plut6t contre ce diagnostic en faveur d’une autre
maladie infectieuse. Chez les personnes adultes, surtout chez les vieillards,
l'absence ou la présence de ce phénoméne peut rendre également ser-
vice au clinicien, par exemple le diagnostic différentiel entre l’urémie et
la pachyméningite hémorrhagique peut ¢tre posé grace 4 ce phénoméne.
Dans la littérature correspondante j'ai trouvé quelques remarques en
ce qui concerne le rapport entre le jeu des pupilles et l’excitation exté-
rieure. Il était connu depuis longtemps que les pupilles se dilatent sous
l'influence d’une excitation de la peau (le pincement, le piqire, le frdle-
ment), d’une irritation auditive, d’une hypertension musculaire, par
exemple le serrement de la main, ou enfin sous l’influence des impres-
sions physiques (Gradiolet, Westphal, Piltz).
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PHENOMENE NUQUO-MYDRIATIQUE 1203
Dans la neuropathologie, l’influence de Virritation de la peau sur la
dilatation pupillaire fut pour la premiére fois observée par Erb (1). Ila
constaté chez les tabétiques une immobilité pupillaire méme quand l'on
agissait avec un courant électrique. Le méme phénoméne se répéta chez
les paralytiques généraux (Gowers, Moeli).
En 1882, un médecin francais, Parrot, aattirél’attention sur la valeur
du jeu pupillaire sous Vinfluence d’une excitation de la peau au cours des
affections des méninges. I] avait remarqué chez les enfants atteints d'une
méningite tuberculeuse ou d’ane leptoméningite hémorrhagique, que le
pincement de la peau de la région épigastrique provoquailt une dilatation
des pupilles. Ce phénoméne semblait naitre au moment decoma du malade.
La conclusion de Parrot fut apodictique : « si enfant se trouve a l'état
comateux,qu’il présente des convulsions ou ne les présente pas, si chez cet
enfant le médecin ne peut pas constater une dilatation pupillaire sous
l'influence d'une irritation de la peau de la région épigastrique, il est sir
que cet enfant n’est atteint ni de méningile tuberculeuse, ni d’hémor-
rhagie au sein des leptoméninges ». En ce qui concerne la genése de ce
phénomeéne, Parrot supposait que Virritation de la peau provoquait une
contraction des vaisseaux de Viris, d’oi: leur déplétion et la dilatation
des pupilles.
En 1891, Reinhold a remarqué dans un cas de tuberculose miliaire,
atteignant les méninges, un jeu spontané des pupilles et leur dilatation
pendant la flexion de la téte en avant. Ce phénoméne persistait méme
pendant l'état comateux. Reinhold retrouva ce phénoméne chez d'autres
malades, atteints de méningite tuberculeuse ; chez Tun ce fut 8 jours
avant la mort, chez l'autre 2 jours.
En 1904, Squires a publié le fait, que chez les enfants, atteints d'une
méningile Luberculeuse, méme au début, les pupilles se dilatent lorsqu’on
fléchit la téle en arriére et qu’elles se contractent pendant la flexion de la
téte en avant.
Enfin l'on trouve chez Kahler une observation isolée : dans un
cas de méningite tuberculeuse il apparaissail une dilatation de la pupille
gauche avec -rougeur de la face dans la position assise de lindividu.
Ces phénoménes disparaissaient lorsqu’on couchait le malade. Uhtohff
mentionne de nombreux auteurs (Filehne, Thiemich, Hunter) qui ont
constalé dans la méningite tuberculeuse le jeu des pupilles accompa-
gnant le phénoméne de Cheyne-Stokes: une dilatation pupillaire au moment
de inspiration et la disparition de ce phénoméne pendant |’apnée
respiratoire.
Dans la méningite séreuse, Wilks seul a décrit chez un enfant la dila-
tation pupillaire en rapport avec le changement des positions de la téte.
Dans la littérature correspondante je n’ai pas pu trouver une mention
quelconque concernant ce phénoméne au cours de l’aflection aussi fré-
quente chez les enfants et les personnes adultes que la méningite cérébro-
(1) Vide Bumke.
1204 EDOUARD FLATAU
spinale épidémique. Les auteurs impartiaux, comme Parrot et Reinhold,
ont souligné le fait que le phénoméne pupillaire a une valeur diagnos-
tique dans les états comateux et prémortels. Nos observations démontrent
que le phénoméne nuquo-mydriatique se présente déja au début de la
maladie. Quelle est la voie anatomo-pathologique de ce phénoméne ?
Dejerine croit que la dilatation pupillaire pendant l’excitation de la
peau se fait grace aux filets sensitifs des nerfs périphériques et au nerf
sympathique. Gowers va plus loin et localise le centre de ce réflexe dans
la région située au-dessous des tubercules quadrijumeaux, en dehors du
centre pour le réflexe lumineux. I] croit que les deux voies, la sensible
aussi bien que la motrice, parcourent la moelle cervicale.
Parmi les expérimentateurs modernes deux théories prédominent: l'une
aflirme qu'il s’agit d’une action inhibitrice que subit le centre de Poculomo-
teur de la part de la peau au moyen des voies nerveuses desservant les centres
spéciaux de !’écorce cérébrale. Cette théorie se base sur les expériences
de Braunstein. Il croyait que la dilatation réflexe des pupilles sous l’in-
fluence d’une excitation de la peau peut avoirlieu méme aprés une section
du sympathique, que par contre le phénoméne ne se produit pas lorsqu’on
enléve une région correspondante de I’écorce cérébrale. I! faut dire que
cette théorie trouve des contradictions dans les expériences de Lewinsohn
et Trendelenburg. Lewinsohn excisait chez les animaux ces parties de
l’écorce cérébrale dont lexcitation provoquait une dilatation pupillaire ;
malgré cette excision, la mydriase avait lieu sous l’influence des exei-
tations sensitives et psychiques. Trendelenburg obtenait une dilatation
pupillaire sous linfluence des excitations sensitives aprés avoir enlevé a
animal les deux hémisphéres cérébraux. Les expériences d’ Anderson
ont également une grande importance : ila démontré que la dilatation
des pupilles qui apparait lorsqu’en pince la peau de l’animal, lorsqu’on
le caresse, ou lorsqu’on électrise le bout central de son sciatique, persiste
aprés la section de l’oculomoteur et ne disparait qu’aprés la section simul-
tanée de ce nerf et du tronc du sympathique cervical.
Ces faits parlent en faveur de la théorie sympathique. Les expériences
de Karvlus et Kreidl ont prouvé que l’excitation électrique d’une région
spéciale A la base de mésencéphale en arriére de la bandelette optique, en
dehors de l’infundibulum, provoque chez les chats et les chiens une dila-
tation maximale et un élargissement de la fente palpébrale. Ce méme phe-
noméne apparait aprés la résection de l’écorce cérébrale ; il ne dépend
pas des voies allant de l’écorce cérébrale, mais d’un centre sous-cortical
sympathique. Ce centre correspond a la partie moyenne de la région fron-
tale ducorps sous-thalamique. Karplus et Kreidl croient que le spasme du
dilatateur de l'iris apparaissant pendant la douleur se fait non par l’exci-
tation de l’écorce cérébrale, mais grace a un réflexe, dont la voie aboutit
au mésencéphale, probablement au corps sous-thalamique. La voie eflé-
rente irait & travers le pédoncule cérébral vers la moelle épiniére et en
s’entrecroisant partiellement elle aboutirait avee le nerf sympathique
a Viris.
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PHENOMENE NUQUO-MYDRIATIQUE 1205
Cette derniére théorie répond davantage 4 ce que nous voyons dans la
clinique ; la premiére —la théorie corticale, par contre, permet d’expli-
quer les réflexes psycho-pupillaires,
Revenant au phénoméne nuquo-mydriatique, je crois que l'excita-
tion sensitive marche le long de la voie nerveuse périphérique jusqu’a la
moelle épiniére cervicale, de 1a 4 travers la moelle allongée jusqu’au
mésencéphale, et ensuite — voie de retour — a travers le pédoncule
cérébral, la moelle allongée et la moelle cervicale vers le nerf sympathique
cervical et la pupille.
Le point de départ de cet are réflexe serait non l’excitation de la
peau, mais la douleur provoquée par le mouvement des vertébres cervi-
cales. Nous aurions ici l’excitation des branches méningées des nerfs spi-
naux qui innervent également les vertébres cervicales. Il n’y a pas raison
de croire que la flexion de la téte, dans les maladies dont nous parlions
ci-dessus,donne une excitation des nerfs peauciers ou des muscles. Dans la
méningile cérébro-spinale, tuberculeuse, etc., la piqdre de la peau de la
nuque, qui est la plus sensible d’aprés Gowers, ne donne point une dila-
tation pupillaire. La modification de la pression du liquide céphalo-rachi-
dien ne peut non plus expliquer ce phénoméne. Or, ce phénoméne appa-
raissant dans la spondylite cervicale, maladie du systéme osseux, parle
en faveur de sa provenance réflexe, avec point de départ localisé dans
les vertébres cervicales.
L’are réflexe du phénoméne nuquo-pupillaire parcourt les points sui-
vants : les nerfs sensibles des vertébres cervicales, leurs racines, la moelle
cervicale, la voie spino-thalamique, la partie ventrale du corps thala-
mique, le corps sous-thalamique, et fait le retour par le pédoncule céré-
bral, la moelle allongée, la moelle cervicale avec entrecroisement partiel,
les racines spinalesantérieures VII® et VIII® cervicales et I'*-I1* dorsales,
le ganglion sympathique spinal supérieur, le nerf sympathique cervical,
les ganglions cervicaux, le ganglion de Gasser et la premiére branche du
trijumeau, les nerfs ciliaires, le dilatateur de l'iris.
Ill
ETUDES SUR LES SYMPTOMES EXTRA-PYRAMIDAUX(:)
PSEUDO-SCLEROSE SANS AFFECTION HEPATIQUE
PAR
AUGUSTE WIMMER
Professeur de Psychiatrie 4 | Université de Copenhague.
OBSERVATION (2). Employé de bureau, célibataire, agé de 20 ans, entré dans mon
service le 23 février 1921, décédé le 30 mars 1921. Pas de prédisposition certaine et en
‘ particulier pas d’affections nerveuses analogues dans sa famille. Quand le malade entra
a Vhoépital, un de ses fréres eut une psychose aigué (psychogéne ?).
Pas d’antécédents syphilitiques certains. (A lage de 10 ans, notre malade eut quelques
petites plaies 4 la région fessiére, de méme en 1919 et en 1920; elles disparurent rapi-
dement aprés emploi de la teinture de ruscus aculeatus ; la réaction de Wassermann est
négative pour le sang.) Notre malade a toujours été fréle et de constitution deélicate,
I] ne présente pas de tendance aux troubles gastro-intestinaux. Il y a deux ans, il eut
pendant quelques semaines une « jaunisse »; il eutle teint ictérique et aussi de la
fiévre (?); mais pas d’accidents gastro-intestinaux intenses, Il n’a pas eu d'autres
symptomes somatiques sérieux et en particulier pas de symptomes ressemblant a la
grippe ou al’encéphalite léthargique. Au point de vue psychique, il est dans la moyenne.
Dans le courant des 18 derniers mois, il s'est développé d'une maniére lentement
progressive : 1° des troubles de la marche, tant sous forme d'une lassitude rapide des
jambes, de telle sorte qu’en dernier lieu il ne pouvait marcher plus d’un quart dheure, que
sous forme d’incertitude et de titubation dela marche avec « secousses » dans les jambes,
ce qui compromettait la marche. Il a aussi remarqué une raideur progressive des membres
inférieurs, qui le génait, quand par exemple il avait 4 monter des escaliers, Son sommeil
était souvent troublé par les secousses des membres inférieurs que nous avons men-
tionnées. 2° Il survint du tremblement des mains, avec difficulté pour boutonner ses
véetements, etc.,et aussi des troubles de l’écriture. « Il commencait 4 un angle de la
; feuille de papier et finissait 4 l'autre. » 3° La paroledevintindistincte, saccadée, parfois
: avec des mots « de travers », Il existait souvent aussi 4 la langue des mouvements invo-
lontaires. 4° Il survint également des grimaces a la face:élévation convulsive des yeux,
mouvements de contorsion de la bouche et ensuite un sourire large et stéréotypé. 5° Au
cours des derniers mois il y eut des crises incoercibles de rire : « il peut rire pendant des
heures » . 6° Il y eut des modifications psychiques : constamment sans repos et circulant
sans cesse 4 petits pas, inoccupé, d’humeur geignarde, par moments anxieuse, souvent
agité pendant les nuits, et sautant hors de son lit sur le parquet, peut-étre aussi quelques
hallucinations nocturnes, Il se plaignait de bruits et bourdonnements dans la téte, de
palpitations de coeur et de douleurs précodiales.
Jamais, il n’a eu de vertiges, de syncopes, de nausées, de géne de déglutition, de
troubles sphinctériens, exception faite pour une miction tant soit peu impéricuse, pas
de crises apoplectiformes ou épileptiformes. Il n’a jamais eu de phénoménes de paralysie
ioe (1) Cf, mon travail sur le spasme de torsion infantile progressif, Hospitalstidende, 1921,
23-24, et Revue neurol., 1921, 9-10, p. 902.
2) L’observation du malade (avec présentation des piéces macroscopiques) a été
communiquée a la Société neurologique de Copenhague, le 30 mars 1921.
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1921,
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SYMPTOMES EXTRA-PYRAMIDAUX 1207
proprement dite. Il prétend avoir eu de temps 4 autre de la diplopie et dit « avoir vu
des choses pariagées en deux » surtout la nuit.
Le malade était de taille un peu petite, fréle et maigre, légérement pale. 1) présentait
de la tendance a une sudation abondante. Pas de signes somatiques externes de dégé-
nérescence. L’ensemble de son aspect est viril. Pas de stigmates de syphilis. Pas d’affee-
tion du corps thyroide. Rien d’anormal aux poumons et au cceur. La matité hépatique
est un peu diminuée. Le sucre du sang est égal 4 0,75 (D* Hagedorn). Pas d'albumine,
de sucre, ni d’urobiline dans les urines. Température normale jusqu’au 3 mars. Pouls
environ 68-80, régulier.
Fentes palpébrales égales, pupilles égales, réagissant bien a la lumiére et 4 l'accom-
modation. Légére coloration jaune de lacornée dans la partie inférieure dulimbe, aux deux
yeux (Clinique ophtalmologique). Pas de nystagmus, pas de paralysies des muscles
oculaires. Examen ophtalmoscopique : papilles peut-étre légérement blanches, mais
certainement il n’existe pas d’atrophie. Champ visuel normal. Acuité 5 ‘6 pour les
deux yeux.
Pas de paralysie du nerf facial, ni de la langue. Pas de paralysie du voile du palais;
réflexe pharyngien conservé. Pas de géne de la déglutition.
Pas de paralysies ni de spasmes proprement dits des bras et des jambes. Exagération
générale des réflexes des bras et jambes avec pseudo-trépidation épileptoide. Les réflexes
abdominaux et crémastériens existent et sont symétriques. Pas de signe de Babinski.
Pas de troubles de la sensibilité. Nulle part, on ne trouve d’atrophies musculaires,
Parole lente, « épaisse », nasale, un peu saccadée ; les mots d’épreuve sont scindés en
deux d’une maniére continue et ataxique ; mais le trouble de la parole est trés variable.
Ce qui était trés frappant, c’était l’ agitation motrice involontaire : lors de la phonation,
il y avait des mouvements associés, grimacants et contorsionnés de la bouche. Petites
secousses cloniques trés fréquentes dans la musculature des joues, dans l’orbiculaire
(gauche) des paupiéres avec occlusion de la fente palpébrale, et de temps en temps,
fermeture forte pendant quelques secondes. Pendant le repos, il existait de temps a
autre des mouvements de machonnement buccaux. La langue présentait de forts mou-
vements fibrillaires (méme étant dans la bouche) ; quand elle était tirée au
dehors, elle était trés agitée, elle se repliait, se dépliait, entrait dans la bouche et en
sortait, se placait obliquement dans une des commissures buccales, etc. Difficulté con-
sidérable 4 maintenir Jes bras au repos : souvent il existait un mouvement de propulsion
de tout le bras, ressemblant un peu a la chorée, une légére agitation des doigts avec
mouvements, quelques secousses de flexion-extension au niveau des coudes, des poi-
gnets, etc. L’écriture ressemblait a celle d'un écolier et était démesurée, grossie, légére-
ment ondulée, mais pas tremblée 4 proprement parler. De méme, dans les muscles
abdominauz, il existe des mouvements musculaires ressemblant a la danse du ventre.
Aux deur jambes (en position dorsale), il existe tantét des petites secousses dans toute
la jambe, secousses analogues 4 un steppage ou a des coups de pied, tantét une ondu-
lation musculaire tant soit peu continue, analogue au myoclonus, tantot dans un muscle,
tantét dans un autre avec petites excursions motrices ; de méme, par moments, trem-
blement fibrillaire assez fin dans les muscles des jambes.
Ce n’est que dans lgs orteils seulement qu'on voit de tempsa autre des mouvements
ressemblant beaucoup a de l’athélose. Autrement, les mouvements musculaires invo-
lontaires, dans le cas ow ils n’étaient pas choréiformes, étaient surtout a grand trem-
blement,avecrythme et amplitude variables; iJs étaient renforcés parla concentration
de attention et en particulier lors des mouvements volontaires.
Pas de bradycinésie ou d’incoordination marquées (en tout cas dans les premiers
temps de la maladie) dans les épreuves avec le doigt porté au nez ou avec les épreuves
du genou et du talon. Pas de catalepsie eérébelleuse. Les exercices 4 Ia maniére de
Babinski donnent un résultat négatif.
Marche raide, un peu écartée, avec légére trépidation et ensuite avec faible balan-
cement du corps et parfois avec attitude trés renversée (enlordose) du corps, par inter-
mitiences, menace de chute ; une seule fois le malade se laissa choir sur le parquet et
marcha a quatre pattes. De méme, quand il essaie de se tenir debout, il existe un
‘
1208 AUGUSTE WIMMER
fort tremblement des jambes et ensuite de tout le corps et le malade devient flasque et
s’affaisse.
Au point de vue psychique, état du malade était trés frappant : caractére facilement
ému et puéril ; il emploie, d’une facon un peu imbécile, surtout 4 proposde sa maladie,
des tournures exagérées, il a un dégodt de la vie 4 demi-souriant : «je ne serai jamais
heureux », etc. Souvent il est trés agité la nuit, il bavarde ; il disait réver beaucoup
«de tout eg quiarriverait et qui, en effet, arrivait le lendemain », il prétendait entendre
la voix de Dieu ou des voix qui l'appelaient « idiot » et Vengageaient a se suicider avec
une arme 4 feu, Il prétendait aussi voir dans ses réves des rats et des souris qui le mor-
daient. Il avait souvent trés peur la nuitet annoncait plusieurs fois qu’a minuit il devien-
drait muet, ou mourrait, Parfois, il y avait un peu de confabulation. Une seule fois
(pendant le jour), il eut un peu de confusion, il croyait qu'il y avait quelqu’un dans
sa chambre auprés de lui ; autrement, quand on conversail avec lui, il était trés réfléchi,
bien renseigné sur le temps et le lieu, etc., et fournissail des commémoratifs assez exacts,
Une fois, il eut une crise de rire sans motif pendant une heure | /2 environ.
La ponctioh lombaire indiqua ; nombre des cellules 4 /3 : globulines 0, albumines 10.
Réaction de Wassermann : négative aussi bien dans le sang que dans le liquide céphalo-
radichidien.
La marche dela maladie ful rapidement progressive quoique avec de courtes rémissions.
A partir du 3 mars, il eut une amygdalite trés prolongée avec enduits, gonflement et
rougeur considérables (la culture ne révéla pas de bacilles de la diphtérie) et tempé-
rature allant jusqu’a 39°6. Ces ascensions thermiques parfois trés élevées persistérent
jusqu’a sa mort, Il se produisit en divers endroits du corps des éruptions de vésicules
plus ou moins grandes, ressemblant a du pemphigus, dont quelques-unes avaient un
contenu hémorragique avec des desquamations ultérieures qui ressemblaient 4 des
escarres de décubitus. Le malade maigrit et s’affaiblit de plus en plus. Les cultures
faites avec le sang veineux (sur bouillon, sur agar) ne donnérent pas de colonies au bout
de 24 heures, Il survint un dermographisme intense et un priapisme presque constant.
Pendant quelques jours, signes (incertains) de broncho-pneumonie, Au point de vue
psychique, le malade devint de pluse en plus bizarre, indolent, tant soit peu-paresseux
au point de vue réactionnel, par moments un peu anxieux, criard, confus, avee hallu-
cinations (?), «il était un vrai Satan » ; il voulait monter dans la cheminée, il avait des
idées de mort prochaine. La conversation avec le malade devint presque impossible,
car sa parole devint de plus en plus vide de mots, nasale et chuchotée, dnonnée, ou bien
elle n’était plus qu'un murmure presque impossible 4 entendre. Il existait constamment
une intense agitation musculaire involontaire qui, plus tard, devint parfois un trem-
blement plut6t continu, finement fibrillaire et trés rapide dans l’orbiculaire palpébral,
les muscles des joues et des lévres et aussi du maxillaire inférieur, dans divers muscles
des bras et des jambes ; mais, dans ces derniers muscles, c’était surtout une ondulation
musculaire ressemblant au myoclonus avec de petites excursions motrices. Tantot aussi
il existait une intense agitation musculaire amyostatique A toutes tentatives de mou-
vement (ouverture de la bouche, propulsion de la langue au dehors) ; mais surtout dans
les bras avec vacillement ressemblant a de l’ataxie. Les secousses plutét spontanées
et choréiformes des bras sont au contraire plus rares que dans les périodes antérieures de
la maladie. Les mouvements spontanés sont dans l'ensemble trés diminués.
Il ne se développa pas de troubles de la déglutition, ni de paralysies certaines des
nerfs craniens ni des bras ou des jambes. Ultérieurement, le corps conservait une attitude
trés rigide de méme que les bras, les jambes étaient tenues volontiers serrées et en demi-
flexion, mais les «contractures » étaient relativement faciles 4 redresser. I] existait une
exagération constante des réflexes avee trépidation épileptoide (pseudo-clonus
mais pas de signe de Babinski. A la fin, les réflexes abdominaux et crémastériens ne
purent plus étre provoqués. Enfin, peu de temps avant la mort, la sensation de douleur
paraissait, en tout cas, bien conservée, Le malade était rapidement devenu malpropre,
mais on ne put constater des troubles sphinetériens réels, Il mourut le 30 mars 1921,
au milieu d'une ascension thermique terminale allant jusqu’a 40° 6.
Lorsque j’examinai ce malade pour la premiére fois dans mon cabinet,
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45
ey
SYMPTOMES EXTRA-PYRAMIDAUX 1209
je soupgonnai « un syndrome extra-pyramidal », une pseudo-sclérose, et
observation faite 4 hépital me parait confirmer ce diagnostic : nous
sommes en présence d'une affection nerveuse lentement développée, carac-
risée par des lroubles psychiques, des troubles de la parole, un rire forcé, des
troubles dela marche, une agitalion motrice involontaire dans tout le corps
(choréiforme, analogue au tremblement, ressemblant au myoclonus), un cer-
tain degré de rigidilé etenfin un changement de coloration de la cornée. D’un |
autre coté, comme sympt6émes négalifs : pas de paralysies réelles, pas de
signe de Babinski, pas de nystagmus ou de lésions du nerf optique, pas
de troubles de la sensibilité ou des fonctions recto-vésicales. Cliniquement,
le tableau différe considérablement’d’une sclérose en plaques par exemple.
Nous ne pimes avoir aucun renseignement sur une infection antérieure
(grippe, encéphalite épidémique). Une affection syphilitique était peu
probable, entre autres choses, en raison du résultat négatif des « quatre
réactions ». En revanche, l'ensemble du tableau pathologique entrait trés
bien et de facon naturelle dans le tableau clinique de la « Pseudo-sclé-
rose » (L) ; de méme aussi la « jaunisse » que le malade avait eue anté-
rieurement (Cf. ce que nous disons plus loin).
Je pus pratiquer LTautopsie environ 12 heures aprés la mort. Les poumons et le
coeur ne présentaient rien d’anormal. Les dimensions et lapparence du foie étaient tout
4 fail normales, en particulier il n'y avait pas de cirrhose macroscopiquement visible.
Il était trés gorgé de sang, surtout au niveau des veines centrales. De méme, sous le
microscope on ne constalait pas le moindre signe de cirrhose : les travées de cellules
hépatiques ne présentaient pas de particularités pathologiques. La rate était également
normale, remplie de sang, mais de dimensions normales et examen microscopique ne
démontrait pas de selérose. L’examen microscopique des lesticules indiquait une aug-
mentation du tissu interstitiel, qui est trés vascularisé, mais sans infiltration de cellules
rondes ; dans ensemble le tissu de la glande parait tant soit peu atrophié (2).
Macroscopiquement, le cerveau ne présentait pas grand’chose ; pas d’infiltration
ou d’@déme des méninges, les vaisseaux ont un aspect normal, Pas d’altération de la
consistance du tissu cérébral ; pas d’atrophie ou d’effacement du dessin anatomique,
sauf dans les ganglions de la base, ou des deux cotés, le globus pallidus, le putamen, le
tiers inféro-externe du thalamus présentaient des mouchetures gris jaundatre, avec
effacement des limites normales et consistance un peu plus molle qu’aé l'état normal.
Nulle part il n’existe de nécrose sous forme de collection, ni de formation kystique.
En aucun point du cerveau on ne trouve de plaques de sclérose ou d’hémorragies.
L’eramen microscopique du cerveau montra, en particulier sur les préparations a
alcool et au bleu de toluidine, des altérations trés marquées et caractéristiques, Elles
étaient diffuses et on les retrouvait, avee une intensité variable, mais avec un aspect
général histo-pathologique sensiblement identique, dans toutes les parties cérébrales
examinées : corps strié, thalamus, région hypothalamique, noyau dentelé du_ cervelet,
protubérance annulaire, bulbe, substance corticale des régions frontale, pariétale et occi-
pilale.
Au point de vue de Vhistologie pathologique, le processus était caractérisé par: 1° une
lésion des cellules ganglionnaires étendue et trés intense en de nombreux endroits, et
2° une prolifération névroglique excessive et polymorphe,
(1) Cf. & propos du tableau ordinaire de la pseudo-sclérose : H, C. Hall: La dégé-
nerescence hépatolenticulaire, Masson et C'*, Paris, 1921.
2) L’examen microscopique fut fait 4 l'Institut d’anatomo-pathologie de Hépital
Proseecfeur Dt Melchior) et d’autre part examen microscopique du foie fut exécuté
par M. le Dt H.-C, Hall.
NEVUE NEUROLOGIQUE. — T. XXXVII. 77
AUGUSTE
WIMMER
1210
Ces processus avaient leur marimum absolu d’iniensilé dans les ganglions de la base,
c’est-a-dire dans le globus pallidus, le putamen, la partie inféro-externe du thalamus,
puis dans le noyau dentelé du cervelet et enfin dans lécoree cérébrale, quoiqu’en cette
région, elle edt un peu davantage le caractére par « ilots ».
1° La lésion des cellules gangliennaires correspondait dans son essence aux consta-
tations que j'ai déja décrites dans mon cas de « spasme de torsion, ¢’est-a-dire aux cons-
tatations faites par Alzheimer, Westphal, Stocker, Spielmeyer et autres auteurs dans
la « pseudo-sicérose » ou respectivement dans la « maladie de Wilson »: les cellules étaient
plus ou moins gonflées, mal colorées, avec disparition des corpuscules de Nissl, souvent
formation de vacuoles ; les noyaux cellulaires sont gonflés, avee une coloration difuse,
mate et pulvérulente, plissement de la membrane nucléaire et situation marginale. De
nombreuses cellules présentaient une forte fragmentation, ainsi que de nombreux pro-
longements protoplasmiques rompus. I] existait de nombreuses « ombres cellulaires »
avec coloration minimum, fragmentation irréguliére et noyaux trés atrophiés. Ou bien
encore, les cellules étaient réduites 4 un noyau plus ou moins gonflé et mal coloré,
avec des lambeaux de protoplasma mal colorés qui y étaient appendus, C’est seulement
en quelques endroits isolés, par exemple dans le putamen, qu'on voit des cellules pré-
sentant des altérations plutot chroniques, cellules pycnotiques, trés ratatinées, etc.
La répartition de cette lésion des cellules ganglionnaires dans les coupes était quel-
que peu capricieuse : cellules trés dégénérées ou ombres de cellules au voisinage de
cellules d’aspect plus normal; les cellules foul @ fail normales étaient,dans ensemble
cependant, rares dans les parties atteintes un peu fortement.D°une maniére générale,
Varchitecture cellulaire était normale, bien reconnaissable : en quelques endroits, comme
par exemple dans la_ région corticale frontale, il y avait une disparition plutot en
« ilots » des cellules avee disposition architecturale trés bouleversée.
Dans le corps strié, ce sont peut-étre les grandes cellules qui sont le plus atteintes ;
mais, il ne saurait étre question d'une lésion cellulaire absolument élective. De méme,
dans l'ensemble, il n’y a pas, non plus, une différence capitale dans l'intensité des lé-
sions cellulaires dans les divers segments du corps strié (putamen, globus pallidus),
quoique la téte du noyau caudé semble d'une maniére relative plus légérement atteinte.
La coloration des neuro-fibrilles (Bielschowsky) indique une intense destruction des
fibrilles intra-cellulaires, tandis que le réseau intercellulaire est abondant et parait
indemne,
2° De méme, la prolifération névroglique correspond 4 Vaspect histo-pathologique de
la pseudo-sclérose (Alzheimer, Westphal, Spielmeyer) : tantot augmentation diffuse
et considérable des noyaux « au repos », petits, riches en chromatine et pauvres en pro-
toplasma ; parmi eux, il y a aussi des satellites (voir plus loin) ; tantot amas plus collectés
de noyaux augmentés de volume, 4 contours irréguliers, plutot pauvres en chromatine,
situés dans une masse protoplasmique mince, eflilée, faiblement colorée, finement gra-
nuleuse ou vacuolisée, en partie avec des noyaux névrogliques de Alzheimer, formant
des « banes » plus ou moins allongés, des amas en rosettes, ete. (fig. 2). Enfin, partout,
dans les coupes, on trouvait en quantité considérable et sous des formes et avee des
dimensions trés variables, les noyauz « vésiculeux » névrogliques de Alzheimer, pauvres
en chromatine, avec une ou deux sphérules de chromatine, présentant une coloration
métachromatique (rougeatre) et quelques petites granulations colorées en bleu, contours
irréguliers, plissement de la membrane nucléaire, les noyaux nus étant en nombre supé-
rieur (fig. 1), Dans quelques endroits peu nombreux (fig. 3), on voyait les cellules géantes
avec plusieurs noyaux, rarement avec un noyau unique, situés dans un protoplasma
faiblement coloré, plus ou moinsaccumulé en grumeaux ou effilé. On trouvait un peu
plus en abondance les noyaux névrogliques que Alzheimer et Stocker ont décrits et
figurés dans leurs cas, noyaux volumineux (ovales) avec protoplasma formant un pro-
longement bipolaire, filiforme. On ne voit pas dans ces cellules d’ Alzheimer des indices
certains de dégénérescence. Nulle part, nous ne rencontrons de facon certaine des figures
de division du noyau ou autres phénoménes analogues.
Dans l'ensemble, l'abondance des noyaux prédominait sur la prolifération du pro-
toplasma névroglique. La substance névroglique filamenteuse ne présentail pas d’aug-
=
*
SYMPTOMES EXTRA-PYRAMIDAUX 1211
mentation certaine. On ne constate pas d’astrocytes. Autour des cellules ganglionnaires
dégénérées, on voit, en régle générale, de nombreux satelliles, tantot seuls sous forme de
demi-lunes formées de noyaux pauvres en protoplasma, par exemple a la base de la
cellule, autour d'un prolongement protoplasmique, etc. ; mais le plus souvent paraissant
étre situés dans la cellule qui alors présentait ordinairement de la fragmentation ou
(dans certaines dispositions) comme des encoches. Autour de ces noyaux névrogliques,
on voyait ca et 1a une zone incolore dans le protoplasma de la cellule ganglionnaire.
En d'autres endroits, il s’agissait de cellules névrogliques avee protoplasma volumineux,
irréguliérement épaissi, qui, de diverses facons, se glissait sur le corps de la cellule,
entourait les prolongements protoplasmiques, etc. (fig. 4-5), et parfois une cellule
ganglionnaire dégénérée était entourée d’un de ces « bancs » de névroglie dont nous
avons parlé (1).
Les tableaux avaient de la ressemblance, mais seulement 4 coup sdr extérieure, avec
la « neuronophagie ». Mais dans tous les cas, il était question de logement (?) dans les
cellules ganglionnaires en train de périr, ou d’encerclement de ces mémes cellules, en
partie en état de fragmentation autonome, de telle sorte qu’avee juste raison, on
sera prudent dans leur interprétation, si, dans ces cas, Vexemple de Marinesco,
on se contente de parler de nécrophagie ou avec Alzheimer de « formation de
cercueils » (2).
De méme, la prolifération de névroglie était & son maximum absolu dans le noyau
pale et dans le putamen, mais elle était aussi trés considérable dans le thalamus, lhy-
pothalamus, le noyau dentelé cérébelleux,et également elle était trés prononcée dans
lécoree, la protubérance, en partie dans le bulbe. Dans quelques endroits du thalamus,
accumulation de noyaux névrogliques, qui, en partie, étaient ceux d’Alzheimer, et
étaient pauvres en protoplasma, vésiculeux, cette accumulation était tellement abon-
dante par plaques qu’il se produisait ainsi des « tumeurs » miliaires, cependant pas
dans une proportion aussi prononcée que dans mon cas de spasme de torsion.
L’augmentation des noyaux (surtout de ceux avec nucléoles) atteignait son maximum,
en méme temps que les cellules d’ Alzheimer, dans la substance grise. Il y avait proba-
blement un certain parallélisme entre la lésion des cellules ganglionnaires et la pro-
lifération névroglique, mais, par endroits, cette prolifération pouvait étre trés consi-
dérable alors que la lésion des cellules ganglionnaires était relativement plus minimes,
Ni la coloration au Soudan, ni l'imprégnation par la méthode de Marchi ne nous
révélérent des preduits lipoides de dégénérescence particuliers. Sur les coupes colorées
a la toluidine, on voyait ca et la un peu de pigment finement granuleux, disséminé ou
accumulé, tantot plutot rougeatre, tantot plutot verdatre, libre entre les cellules ou
dans le voisinage ou dans l'intérieur des vaisseaux.
Les vaisseanr ne présentaient pas d’altérations pathologiques, Nulle part, ni autour
des vaisseaux, ni dans le tissu, on ne constatait d’infiltrations par lymphocytes ou par
plasmazellen ; seulement autour de quelques vaisseaux, on trouve une accumulation
assez abondante de noyaux névrogliques pauvres en protoplasma. Nulle part, on ne
voyait de facon certaine des cellules 4 granulations graisseuses ou des cellules en ba-
tonnets. Nulle part, il n’existait de dilatation des espaces lymphatiques adventices,
ni formation de fentes périvasculaires. De méme, on ne constatait pas non plus sous le
microscope la formation de nécroses ou de kystes en amas,
Les méninges ne présentaient pas d’altérations et, en particulier, aucune qui fat
de nature inflammatoire.
D’aprés les constalalions failes dans le cerveau : dégénérescence diffuse
(1) Dans autres de ces « banes » ou rosettes de névroglie, je n'ai, par contre, pu réussir
a trouver des corps de cellules ganglionnaires ou des noyaux certains (nus) de cellules
ganglionnaires ; les « banes » étaient souvent aussi situés dans la zone sous-corticale,
Quelquefois, ils paraissaient se rassembler autour des capillaires
Maninesco : Semaine médicale, 907, n° 13, p. 145. Atznemer: Beitrage z.
Kenttn. der pathol. Neuroglia, etc. Niss‘ls Histol. u, histopath. Arb., tome 528,
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s
e
»
n
1212 AUGUSTE WIMMER
des cellules ganglionnaires et prolifération particuliére de la névroglie,
mon cas doit étre (également aussi d’aprés le lableau clinique) catalogué
dans le concept toujours trés mystérieux de la « pseudo-sclérose ».
Les constatations histo-pathologiques faites dans le cerveau ne sont
peut-étre pas absolument pathognomoniques pour la pseudo-sclérose (ou
respectivement maladie de Wilson et spasme de torsion). Creuzfeldt!, von
Economo et Schilder, mais surtout Jacob (1) ont communiqué des cas, le
plus souvent chez des malades assez Agés (2), cas qui au point de vue cli-
nique différaient en plusieurs points du tableau de la pseudo-sclérose,
mais qui au point de vue de [hislologie pathologique rappelaient dans
leurs traits principaux, la pseudo-sclérose (3).
II ne fallait pas non plus s’attendre 4 ce que les altérations histo-patho-
logiques du cerveau dans la pseudo-sclérose : dégénérescence diffuse des
cellules ganglionnaires et prolifération névroglique, fussent spécifiques
pour cette affection a un degré tel qu’on ne pat pas trouver des tableaux
histo-pathologiques semblables (mais non tout & fait identiqgues) dans d’au-
tres affections cérébrales chroniques et progressives, qui, peut-étre aussi,
comme on le suppose pour la pseudo-sclérose, sont dues a une intoxica-
tion chronique ou 4 une auto-intoxication (hépatogéne, entérogéne). Une
dégénérescence diffuse des cellules ganglionnaires est, certes, une consta-
tation trés banale, par exemple, dans bon nombre de psychoses infec-
tieuses, et les diverses formes de réaction pathologique de la névroglie
se retrouvent quoique sous une combinaison histo-pathologique quelque
peu différente (sans parler des éléments mésodermiques) — dans la para-
lysie générale, le paludisme pernicieux, |’ épilepsie, etc. (Cf. Jacob). Ici, l’al-
lure du_ processus, le mode de réaction du tissu atteint, mode de réaction
déterminé par la constitution, comme aussi le facteur nuisible qui entre
en action, jouent, peut-étre, un role dans la configuration exacte que
prend le tableau histo-pathologique.
Cliniquement et en particulier en ce qui concerne le cas que nous avons
exposé, le fondement essentiel du diagnostic doit étre cherché dans un
rapprochement du tableau clinique — « le syndrome extra-pyramidal » —
et des constatations histo-pathologiques cérébrales.
Nous devons aussi prendre la méme position et le méme point de vue
a Végard du fait, trés certainement tout a fait particulier, que chez notre
malade nous ne lrouvons pas affection hépatique. D’aprés les cas de pseudo-
sclérose (et en partie aussi d’étals analogues 4 la pseudo-sclérose ; Cf. ce
qui a été dit plus haut) qu’on trouve dans la littérature et qui comportent
des renseignements nécropsiques et un examen microscopique sufli-
samment exact de l'état du foie, il semble qu'une affection hépa-
tique soit indubitablement une constatation tout aussi constante
(1) Zeitschrift {. ges. Neur. u. Psych., 1921. Travaux originaux, t. LXV, p. 146, et
t. LXVI, 1921, p. 178 (on trouve dans ce travail les cas antérieurs).
(2) Cependant le malade de Creutzfeldt n'avait que 22 ans et celui d’ Alzheimer 27 ans.
(3) Dans les cas de V. Economo et de Schilder il existait une « hépatite interstitielle » ;
ef, aussi les cas, communiqués par van Woerkom, d’affection concomitante du cerveau
et du foie (chez des malades agés).
if
SYMPTOMES EXTRA-PYRAMIDAUX 1213
dans la « pseudo-sclérose » que dans «la maladie de Wilson» et « le
spasme de torsion » (Thomalla, Wimmer). Ce n’est que dans le cas de Maas
que l’affection hépatique parail avoir fait défaut. Spielmeyer (1) décrit
les constatations nécropsiques chez une jeune fille de 15 ans (B. H.) dont
Ja description pathologique clinique fut donnée ultérieurement par
Sterlz (2).
La seeur, 4gée de 10 ans, de la fillette, présentait un tableau clinique trés analogue.
De 30 4 39 ans, le pére avait eu une affection de l'ordre des psychoses avec « chorée »,
Aprés une affection pulmonaire 4 lage de 6 ans, B. H. subit une modification au point
de vue psychique, elle devint apathique, etc., présenta des troubles de la marche, de
Voligophasie ; 4 9 ans, crises d’épilepsie. On constatait objectivement un arrét de déve-
loppement ; réaction de Wassermann négative. Rigidité musculaire généralisée, y com-
pris les muscles de la mimique faciale, contracture de flexion dans les bras et aux jambes,
pauvreté motrice, bradycinésie, marche rigide, 4 petits pas, géne de la masticatian et de
la déglutition, bradyphasie, pas de paralysies, réflexes tendineux vifs (le signe de
Babinski n’est pas spécialement mentionné). Crises de rigidité musculaire tétaniforme
(avec tremblement analogue 4 des vibrations). Augmentation progressive de tous les
symplomes, crises épileptiques fréquentes ; mort dans l’état de mal.
A laulopsie, on constata une tuberculose pulmonaire, une tuberculose disséminée
des membranes séreuses, tuberculose miliaire de la rate, mais pas d’affection hépatique.
Dans le cerveau, Spielmeyer (loc. cil.) trouva une «atrophie dure »du noyau caudé et
plus intense aussi dans le putamen, sans ramollissements, ni formation de kystes, mais
avec fentes périvasculaires dans la région du noyau lenticulaire ; forte disparition du
tissu nerveux, prolifération névroglique considérable, tantot sous forme de /fibrilles
(le plus souvent autour des vaisseaux ou dans l’intérieur des fentes « périvasculaires »,
tantét sous forme de cellules névrogliques relativement grandes avee fibrilles relati-
vement petites ; astrocytes dans le noyau lenticulaire ; pas de noyaux névrogliques
a’ Alzheimer dans le corps strié ou dans l’écorce ; produits de destruction peu abondants,
Pas de lésions vasculaires (régressives) : pas de phénoméne d’infiltration. Pas d’alté-
rations histo-pathologiques trés prononcées dans le noyau dentelé du cervelet et l’écorce,
sauf dans la corne d’'Ammon),
Spielmeyer et Slerlz font, sous toutes réserves, entrer ce tableau mor-
hide dans le groupe de la pseudo-sclérose ou respectivement maladie de
Wilson. Cependant, cliniquement, le tableau ne me parait pas tellement
s'‘écarter de ces affections qu'il n'y trouve pas naturellement sa place.
Et au point de vue de l’hislologie pathologique, il faut bien concéder les
divergences lopographiques avec les cas ordinaires (et examinés jusqu’ici) de
pseudo-sclérose, ou respectivement de maladie de Wilson. Mais, ni ces
circonstances, ni non plus le fait que la prolifération névroglique atteint
4 un aussi haut degré les fibrilles de névroylie ne sont, 4 mon avis, d’un
poids tel qu’en tenant compte de la longue durée de la maladie dans ce
cas, on ne puisse pas aussi et d'une maniére qui ne soit pas trop forcée,
rapprocher le processus pathologique de celui que nous trouvons dans
la pseudo-sclérose — maladie de Wilson — spasme de torsion. L’absence
des noyaux névrogliques de Alzheimer répondrait A l’allégation de Alzhei-
(1 ) Die histologische Zusammenhorigkeit d. Wilson’schen Krankheit u. d. Pseudo-
sklérose. Zeitschr. f. ges. Neur. u. Psych. 1920. Travauz originauz, t. LVI (cas H.).
*) Der extrapyramidale Symptomenkomplex, etc. Beitr. 2. Mon. {. Psych. u. Neur.,
fascicule II, Berlin, Springer, éditeur 1921, (cas 3).
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1214 AUGUSTE WIMMER
mer, suivant laquelle ces éléments ont tendance a disparaitre rapide-
ment.
Malheureusement, notre compréhension des relations pathogéniques
entre l’affection hépatique et le processus cérébral est encore tellement
vague et hypothétique que nous n’en pouvons déduire des directives
certaines pour nos considérations nosologiques. La doctrine de Wilson
‘suivant laquelle l’affection hépatique est le fait primordial, avec une lésion
des noyaux lenticulaires d’origine « hépatotoxique » est une possibiliié,
mais n’est peut-étre pas une vraisemblance. Et les théories « entérogénes »
(Boestrém, Stocker, v. Economo, Sjovall et Séderbergh) (1) font entrer dans
la pathogénie probable, outre ces facteurs « exogénes » agissant par l’in-
termédiaire du foie ou en méme temps sur le foie et sur le cerveau, ils
font entrer, dis-je, des facteurs « endogénes », une prédisposilion, héré-
ditairement déterminée, du cerveau (et du foie). Mais, dans ce cas, on
pourrait done, certes, s’‘imaginer que cette prédisposition, une fois ou
une autre, est surtout limitée au cerveau, tandis que le foie serait résis-
tant 4 l’égard des poisons qui entrent en jeu. Enfin, on ne peut pas non
plus ¢liminer la possibilité suivant laquelle notre malade s'il edt vécu plus
longtemps, aurail pu avoir sa cirrhose hépatique.
On sait que la cirrhose, en régle générale, ne donne pas de sympt6omes
cliniques ou en donne d’incertains, de telle sorte que ses relations, dans
le temps, avec l’affection cérébrale sont trés malaisées & déterminer.
Au point de vue clinique et sous le rapport anatomo-pathologique, il
me parait, en tout cas, diflicile de caser mon malade dans le systéme neuro-
pathologique ailleurs que dans la «pseudo-sclérose », Au point de vue de
Vhistologie pathologique, il s’agit d’une dégénérescence progressive et
diffuse du parenchyme de l’écorce, avec une lésion particuliére de la névro-
glie, mais sans le moindre caractére d’inflammation, telle que nous la
rencontrons, par exemple, dans l’encéphalite épidémique ou dans la sclé-
rose en plaques (aigué) (2). Notre cas n’a certainement rien A voir avec la
syphilis congénitale, ni d’aprés les constatations analomo-pathologiques
ni d’aprés les constatations cliniques (réactions négatives dans le sang
et le liquide céphalo-rachidien, etc.).
Etant donné son caractére d’affection purement « ectodermique » —
dégénérescence parenchymateuse et gliose polymorphe, sans le moindre
mélange de phénoménes mésodermiques d’inflammation —, les cons-
tatations histo-pathologiques du cerveau, dans notre cas, comme dans
les cas de pseudo-selérose, maladie de Wilson (Slocker), spasme de tor-
sion (Thomalla, Wimmer) publiés antérieurement, pourraient bien s’ac-
corder avec hypothése d'une intoxication ou d'une auto-intoxication ;
chez notre malade, a la vérité, la « jaunisse », toujours quelque peu dou-
teuse, est cependant le seul point de repére pour admettre une telle étio-
logie.
(1) Ss6vati et SoperBerGu : Acta medica scandinavica, t. LIV, 1921, p. 195. =
(2) Cf. ROnNe et Wimmer. Deutsche Zeitschrift {. Nervenheilkunde, t. XLVI, p. 96.
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Toutes les figures ont été dessinées d’aprés des préparations colorées au bleu de toluidine ; immer-
sion de Zeiss 1/12 ; oculaire 4 compensation n° 4 ; chambre elaire d’Abbé
Fig. 1. — Formes et dimensions diverses des cellules névrogliques de Alzheimer. (Comme terme de
comparaison ; petits noyaux névrogliques normaux colorés d’une teinte sombre ). i
Fig. 2. — Amas considérable de noyaux névrogliques hypertrophi¢s dans le syncytium névroglique.
Ecoree de la région frontale.
Fig. 3. — Cellule névroglique géante. Protubérance.
Fig. 4. — Hypothalamus, et 5 Putamen. Cellules ganglionnaires en voie de dégénérescence avec
noyaux névrogliques disposés dedans ou cellules névrogliques ameeboides encerelant les cellules
ganglionnaires « Néerophagie ».
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1216 AUGUSTE WIMMER
Mais, a cété de cela, ce sont a la fois les conditions cliniques (appa-
rition familiale, apparition de certains des tableaux pathologiques dans
le jeune Age,etc.) et les conditions histo-pathologiques, surtout les formes
particuliéres de prolifération névroglique, qui, comme l’affection du foie,
ont fait penser a la prédisposition congénitale (héréditaire), mentionnée
plus haut, du cerveau (et du foie ?), de telle sorte que, en derniére ana-
lyse, la maladie serait un produit de facteurs externes et internes, une
abiotrophie peut-étre déclanchée par voie exogéne. J. Lhermille parle
d’une « Dysembryoblastomatose ».
Il est trés intéressant de voir que mon cas de « pseudo-sclérose sans
altérations hépatiques », qui, ecliniquement, se différencie si considéra-
blement de mon cas de « spasme de torsion » soit, au point de vue histo-
pathologique, sous le rapport des altérations cérébrales, tellement concor-
dant avec ce dernier que pour beaucoup des coupes du cerveau on puisse
parler pour ainsi dire d'une identité histo-pathologique ; et c’est la une
nouvelle preuve de la concordance analomo-patholoygique exacte de la pseu-
do-sclérose, de la maladie de Wilson et du spasme de torsion (pour cer-
taines formes, Thomalla, Wimmer). Et le cas de pseudo-sclérose que je
viens d’exposer est un nouveau témoignage que dans de tels syndromes
extra-pyramidaux, il y a certainement une affection considérable, et
peut-étre prédominante, du systéme strié, mais aussi d célé, une affection
plus diffuse portant, entre autres, aussi, sur des segments du_ cervelet
et de l’écorce.
Nos considérations de physiologie pathologique sur les fonctions du
systéme strié s’établiraient de la facon la plus certaine dans les cas ot
nous trouvons des lésions plus nettement délimitées de la région du noyau
lenticulaire, surtout peut-étre unilatérales. Dans un article qui suivra nous
publierons quelques cas de ce genre.
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IV
SUR LA MODIFICATION DE LA PRESSION DU LIQUI-
DE CEPHALO-RACHIDIEN SOUS L’INFLUENCE DU
CHANGEMENT DE POSITION DU CORPS ET DE LA
TETE
PAR
NATHALIE ZYLBERLAST-ZAND
(de Varsovie)
Grashey fut le premier qui s’oceupa de la pression du liquide céphalo-
rachidien en 1902. Aprés lui Propping, Naunyn et Falkenheim, Pfaundler
et d'autres ont trouvé que cette pression oscille normalement entre -40 mm.
et 130 mm. La pression de 150 mm. se trouve sur le seuil de la normale
et la pression de 200 mm. est considérée comme franchement patholo-
gique. Les auteurs ci-dessus mentionnés n’indiquent pas dans quelle
position a élé mesurée la pression.
Pfaundler considére la pression du liquide céphalo-rachidien comme
résultante de trois facteurs : 1° [’élaslicilé des méninges qui s’oppose a
la dilatation par Je liquide, facteur bien important d’aprés Neisser, puisque
toute augmentation de pression dans les cas inflammatoires, néopla-
siques du systéme nerveux, etc.,s’y répercute en premiére ligne ; 2° second
facteur, c’est la pression sanguine des vaisseaux méningés et cérébraux,
et 3° le facteur hydrostatique, c’est-a-dire la pression exercée par une
colonne de liquide sur un point quelconque pris pour sa base.
Le dernier facteur est purement physique tandis que les deux premiers
sont biologiques.
Pfaundler a tenté d’exprimer en nombres précis la part qui revient
a chacun de ces trois facteurs. Dans ce but, il mesurait la pression du liquide
céphalo-rachidien en ponctionnant dans la position assise, c’est-a-dire
lorsque tous les trois facteurs étaient en action; dans la position couchée,
lorsque le facteur hydrostatique n’entrait plus en compte et enfin en
mesurant la pression du liquide céphalo-rachidien chez les cadavres
couchés ot il n’avait affaire qu’avec |'élasticité des méninges. Or, il nous
semble que le rapport obtenu dans ce dernier cas n’est pas le méme qu’en
réalité, puisque I'élasticité des méninges mortes n'est pas identique
l'élasticité des méninges vivantes; mais 4 part ca, les chiffres donnés par
Pfaundler sont trés instructifs. Ils nous montrent que le facteur hydros-
tatique constitue 24 °/, de la pression totale du liquide ; la pression san-
guine 68 °/, et I’élasticité des méninges 8 °/o.
Krénig donne des nombres un peu différents ;d’aprés lui la pression
dans Ja position assise de |’individu est égale 4 410 mm., dans la posi-
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1218 Mme NATHALIE ZYLBERLAST-ZAND
tion couchée 125 mm. ; le facteur hydrostatique serait done supérieur
4 24 %. Il est possible que la différence entre les données de Pfaundler
et de Krénig dépende de l’age des personnes prises pour les mensurations :
lun étudiait la pression chez les enfants, l'autre, chez les adultes (la
colonne du liquide est différente dans les deux cas).
Dans la position couchée, nous avons affaire uniquement avec I’élas-
ticité des méninges et la pression sanguine. L’élasticité des méninges dans
les conditions normales ne joue qu’un réle minime (8 °/o de la pression
totale), il ne reste par conséquent que la pression sanguine dans les vais-
seaux du systéme nerveux, surtout dans les sinus veineux. Frazier et Peet
ont prouvé que la pression intraventriculaire change parallélement aux
oscillations de la pression dans les sinus veineux el que praliquement celle
derniére exprime Uinlensilé de la premiere.
Nos données personnelles coincident avec celles de Krénig. II s’ensuit
que la pression du liquide céphalo-rachidien chez les adultes sains des
méninges dans la position couchée oscille entre 10 mm. et 100 mm. ; dans
la position assise entre 200 mm. et 350 mm. Chez les malades atteints
d’une affection des méninges elle oscille entre 150 mm. et 200 mm, dans
la position couchée, et arrive jusqu’é 400 mm. et au-dessus dans la
position assise. Done notre expérience personnelle confirme le fait, que
la position assise augmente la pression plus que de 24 %/9 (dans un cas,
elle monta depuis 10 mm. jusqu’é 200 mm.).
D’autre part, nous avons pu nous convaincre que dans la position cou-
chée il est impossible quelquefois d’obtenir le liquide céphalo-rachidien
par la ponction lombaire : chez un malade Agé de 50 ans atteint de mélan-
colie la ponction n’a pas donné de liquide, mais il a suffi de faire asseoir
le malade sans changer la position de l’aiguille 4 ponctionner pour obte-
nir lissue du liquide goutte 4 goutte. Chez un autre malade atteint de
tétanos, au furet & mesure que la maladie progressait et que l’opisthotonos
s’accentuait, le liquide céphalo-rachidien cessa de s’écouler; pour l’obtenir
il fallait mettre le malade dans la position assise. Ici, du reste, il était dif-
ficile de dire avec une pleine certitude que la pression du liquide n’était
pas suflisante pour le pousser 4 travers l’aiguille ; nous savons que l’opis-
thotonos seul suflit quelquefois pour empécher le liquide de cireuler libre-
ment et s’écouler au dehors, comme c'est le cas assez souvent dans la ménin-
gite cérébro-spinale, quoique la pression du liquide ici soit toujours aug-
mentée, Nous croyons que la cause en est dans ce que la queue de cheval
obture le passage ens’appliquant contre la paroi postérieure de la colonne
vertébrale, fléchie fortement en arriére;: en effet, souvent il suflit de re-
dresser la colonne vertébrale pour remédier 4 cette obstruction. Pour véri-
fier notre supposition, nous avons ouvert sur un cadavre le canal rachi-
dien, dans sa portion lombaire, et aprés avoir dénudé la queue de cheval,
nous avons observé ses changements de position suivant que la colonne
vertébrale était fléchie fortement en avant ou en arriére, Dans le premier
cas, la queue de cheval s’étirait et adhérait intimement 4 la paroi anté-
rieure, dans le second, elle se pliait quelquefois sur elle-méme en se rac-
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LIQUIDE CEPHALO-RACHIDIEN 1219
courcissant de 2 em. (mesurées dans la ligne droite réunissant les deux
extrémités de la colonne vertébrale). Il y a lieu de croire qu'une pareille
anse de la queue de cheval peut s’appliquer contre la paroi postérieure du
canal rachidien et empécher le liquide de s’écouler.
I! arrive donc que la ponction lombaire ne donne point de liquide. Cer-
tains auteurs croient que la cause en est dans la fermeture de l’orifice de
Magendie. Quant 4 nous, nous ne parlageons pas cette opinion, puisque
le canal rachidien contient toujours du liquide, ne serait-ce qu’en quan-
tité minime. L’impossibilité de lobtenir par la ponction lombaire, nous
l'attribuons 4 l'une de ces trois causes : 1° A linsuflisance de la pression
du liquide céphalo-rachidien ; 2° 4 une modification de la consistance du
liquide ; 3° & quelque lésion des méninges 4 l’endroit ponctionné. La pre-
miére des causes possibles a été considérée ci-dessus ; la deuxiéme consiste
en ce que le liquide céphalo-rachidien devient trop dense pour traverser
l'aiguille, parce qu’il est soit purulent, soit gélatineux (phénoméne pas-
sager, mais assez fréquent au cours de la méningite épidémique traitée
par le sérum spécifique). La troisiéme possibilité (lésion des méninges au
niveau de la queue de cheval) consiste en une soudure de toutes les
méninges avec le tissu nerveux, de sorte que l’espace sous-arachnoidien
cesse d’exister. Il est impossible alors d’obtenir le liquide 4 ce niveau
quelle que soit la position que nous donnions au corps et a la téte du
malade.
Sicard, Rogeret Rimbaud (1) ont attiré notre attention sur lerapport qui
existe entre la position de la téte et la pression du liquide. Ces auteurs
ont trouvé qu’ « en fléchissant fortement la téte sur le thorax on obtient
au moins pour quelques secondes l'arrét brusque du liquide rachidien et,
en tout cas, la diminution de écoulement ».
Ce fait serait en contradiction avec notre longue expérience clinique,
qui nous avait appris qu’au cours de la méningite cérébro-spinale épideé-
mique la flexion de la téte en avant accélére souvent Vissue du
liquide.
Dans le travail des auteurs mentionnés, il n’était pas indiqué dans quelle
posilion les malades furent ponctionnés ; nous-mémes pratiquons tou-
jours la ponction lombaire dans la position couchée du malade.
Il était. done probable que la différence des faits dépendait de la diffé-
rence des modes d’action. Nous avons supposé que les auteurs francais
ponctionnaient les malades assis (2). En elfet,les choses doivent se passer
autrement dans la position assise des malades que dans la position cou-
chée,
Pour vérifier les faits j'ai mesuré la pression dans : 1° la position cou-
chée du malade avec : a) la téte étendue et b) fléchie sur le thorax, et
2° dans la position assise avec : a) la téte droite et b) fléchie en avant. On
(1) Stcarp, RoGcer et Rimpaup. Bullelins et Mém. de la Soc. Méd. des Hépitaur
de Paris, XXXII.
2) Aprés avoir terminé ce travail, j'ai recu, grace 4 l'obligeance de M. le professeur
Sicard, la confirmation de mes suppositions,
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1220 Mme NATHALIE ZYLBERLAST-ZAND
faisait attention A ce que chez le malade couché la téte et le corps soient sur
un plan strictement horizontal, et que chez le malade assis le dos et la téte
soient bien droits. Comme manométre, nous nous servions d'une série de
fins tubes en cristal réunis par des tubes en caoutchouc, le tout approprié
4 Vaiguille munie d’un robinet. On commencait par la mesure de la
pression chez un malade couché avec la téte droite, puis on la lui fléchissait
enavant, on fermait le robinet, et on notait le changement de la pression.
Ensuite on faisait asseoir le malade sans bouger l’aiguilie. Aprés avoir
noté le niveau de la colonne de liquide dans cette position, on flé-
chissait la téte du malade en avant.
Par ces recherches, nous avons pu établir le fait que : la flexion de la
déle sur le thorax dans la posilion couchée augmente toujours plus ou moins
la pression du liquide (le surcroit oscille entre 20 mm. et 120 mm.). Dans
la posilion assise, la flexion de la téle provoque une baisse de la pression (le
maximum d’abaissement ne dépasse pas 50 mm.).
Le fait est établi, il reste 4 l'interpréter :
L’examen plus approfondi de ces phénoménes apparemment contra-
dictoires nous enseigne qu’ils appartiennent a des catégories tout A fait
différentes. Si nous analysons ce qui arrive pendant la flexion de la téte
dans la position assise, nous voyons que des trois agents qui contribuent
4 la constitution de la pression totale — deux restent stables (I’élas-
ticité des méninges et la pression sanguine), tandis. que le troisiéme —
agent hydrostatique — subit un amoindrissement : nous raccourcissons
pour ainsi dire le malade de sa téte et par conséquant la colonne de liquide
céphalo-rachidien devient moins haute.
Passons maintenant a l’individu couché; chez lui nous avons affaire seu-
lement avec deux agents: |’élasticité des méninges et la pression sanguine.
Pendant la flexion de la téte surle thorax, nous comprimons les vaisseaux
sanguins du cou, en provoquant ainsi une stase sanguine dans la cavité
¢ranienne, ce qui a pour conséquence |’augmentation de la pression du li-
quide. Afin de nous convaincre que la compression des vaisseaux sanguins
du cou provoque une augmentation de la pression du liquide céphalo-
rachidien, nous appuyions dessus pendant quelques secondes (sans flé-
chir la téte du malade), le liquide dans le manométre montait sensible-
ment (40 mm.). Du moment qu’on cessait decomprimer les vaisseaux du
cou le niveau du liquide baissait. L’effet de la compression et de la décom-
pression était immédiat comme si les phénoménes se passaient dans un
systéme de vases communiquants.
Bungart (1) mentionne qu'une simple compression des veines jugulaires
provoque l’augmentation de pression du liquide céphalo-rachidien de
quelques millimétres.
Donec, il semble que l’augmentation de pression du liquide, chez un indi-
vidu couché, auquel on fléchil fortement la léle sur le thorax, se produit
grace a la slase sanguine (veineuse) qu’on provoque arti ficiellement.
(1) BunGart. Zeitschrift z. Feiern d. Acad. in Céln, Bonn, 1915.
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LIQUIDE CEPHALO-RACHIDIEN 1221
"Une telle interprétation des faits peut rencontrer l'objection sui-
vante : pourquoi la flexion de la téte dans la position assise ne provo-
querait-elle pas une compression sanguine pareille a celle qui a lieu dans
la position couchée ? Il nous semble que la réponse a cette question est
plus facile qu’on ne le croirait de prime abord. Lorsqu’on fléchit la téte
dans la position assise,le mouvement se fait non seulement dans les ver
tébres cervicales, mais se propage sur les vertébres dorsales de sorte que
le dos se courbe en arriére et le menton ne s’appuie pas sur le thorax ; les
vaisseaux du cou par conséquent ne subissent pas de compression. II
est possible aussi, etcen’est pas sans importance pour l'effet final, que la
circulation veineuse dans cette position se fasse plus facilement que dans
la position couchée.
Ji faut ajouter pourtant que dans la position assise,on peul aussi obte-
nir l'augmentation de la pression du liquide par la flexion de la léte en
avant, mais il faut pour cela la fléchirtellement fort que le menton s’ap-
proche du thorax, et en méme temps il faut faire attention que le mouve-
ment tout entier sé produise aux dépens des vertébres cervicales, c’est-
a-dire que le dos reste immobile. En procédant ainsi, on obtient une élé-
vation notable de pression. Chez une malade assise, la pression était égale
4 400 mm. ;l’abaissement de la donna une diminution jusqu’é 395 mm.
la flexion forcée la fit monter jusqu’é 600 mm.Chez un autre malade, dans
la position assise, la pression mesurailt 600 mm.; lorsque la téle se baissait
la pression tombait de 20 mm. ; quand on fléchissait la téte de maniére
que le menton touchat le thorax, elle montait de 50 mm. (jusqu’a
650 mm.).
Il va sans dire que pour vérifier ces fails nous nous sommes servi
des malades tranquilles qui n’influencaient pas la pression par des mou-
vements du corps, des cris, etc., car comme on le sait tous ces phéno-
ménes agissent sur la pression céphalo-rachidienne en l’augmentant nota-
blement.
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PSYCHIATRIE
LA CURE SEDATIVE EN PSYCHIATRIE
(UTILISATION DU SOMNIFENE)
PAR
V. DEMOLE
(Genéve)
Les recherches pharmacodynamiques de Thomas Alday Redonnet sur
les dérivés aleoylés de l’acide malonylurique (Dial, Luminal, Véronal),
ont montré quel introduction du groupe diéthylamine dans leur molécule
en augmentait la solubilité dans l'eau et renforgait de 20% le pouvoir
hypnotique sans accentuer la toxicilé. Ces résultats intéressants enga-
gérent les cliniciens 4 procéder 4 quelques essais. Liebmann montra les
avantages qu’on peut retirer de usage des sels malonyluriques de dié-
thylamine, dans le traitement symptomatique des insomnies, des délires
fébriles, des contractures tétaniques (qui céderaient immédiatement a
Vinjection intraveineuse), et Klaesi les utilisa avec succés dans le traite-
ment des états d’agitation survenant au cours de la démence précoce ;
ces deux auteurs s’assurérent de la tolérance de l’organisme a l’égard du
médicament, réglérent la technique de l’administration et fixérent les
doses utiles. Bardet tenta quelques applications dans le domaine chirur-
gical ; Combemale, Vuillien, Assoignion, montrérent l’utilité sédative
hypnotique du médicament. Dans le domaine des maladies mentales,
nous avons fait part de nos essais 4 la Société suisse de Psychiatrie, sur
Vemploi de ces sels de diéthylamine dans quelques psychoses ; depuis
lors, nous avons multiplié nos expériences ; nous en exposons aujourd'hui
les résultats.
Ces sels de diéthylamine sont connus dans le commerce sous le nom de
Somniféne-Roche ; le médicament liquide est présenté en flacons et
en ampoules ; chaque centimétre cube de la solution contient 0.20 d’un
mélange a parties égales de sels aminés de diéthyl et dipropenylmalo-
nylurée. Grace a leur solubilité ces sels se prétent 4 tous les modes d’ab-
sorption : voies buccale, rectale, sous-cutanée, intramusculaire et méme
endoveineuse.
On s’étonnera peut-étre de ne pas voir figurer dans le mélange les sels
aminés du Luminal ; cette exclusion se légitime par le fait que des trois
dérivés malonyluriques, le Luminal est le moins maniable et le plus toxique,
observation clinique l’avait établi, les expériences de Redonnet
le confirment. Le groupe phényle de la molécule du Luminal est vrai-
semblablement responsable de cette toxicité.
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LA CURE SEDATIVE EN PSYCHIATRIE 1223
Le Professeur Cloetta, directeur de l'Institut: pharmacodynamique de
Zurich, est un partisan convaincu du traitement symptomatique de la dou-
leuret del’insomnie, carla douleura une action péjorante surles processus
infectieux (bien démontrée par la possibilité de couper court aux angines
par l'anesthésie),et linsomnie est un processus de désassimilation épui-
sant; en conséquence Cloetta préconise lanesthésie centrale dans les états
d’exaltation cérébrale tant pour diminuer la fatigue que pour couper
court aux influences extérieures exaltantes.
C’est en s’inspirant de ces principes que le D?® Klaesi, médecin de l'a-
sile du BurghOlzli (Zurich), a utilisé le Somniféne d'une facon originale
pour servir ses projets psychothérapeutiques. I] plongea dans un état de
somnolence ses malades (déments précoces agités), pendant une dizaine
de jours, en leur injectant le médicament par voie sous-cutanée ; les chan-
geant alors subitement de milieu, il tenta de les rééduquer. Dans certains
cas, cette méthode eut des effets 4 tel point salutaires que plusieurs ma-
lades purent quitter l’asile.
En é¢tudiant la valeur de certains hypnotiques, notre attention avait
été éveillée par les conséquences heureuses d'une sédation intense et pro-
longée ; ¢’est pourquoi la méthode préconisée par Klaesi nous parut aussi-
tot digne d’intérét. Nous l'avons appliquée a lasile de Bel-Air a plusieurs
malades ; voici les résultats obtenus : chez quatorze déments précoces
chroniques, internés depuis plusieurs années (6 ans en moyenne), l'état
psychique s’améliora, mais pendant l’administration du Somniféne seu-
lement ; a la fin de la cure, tous les malades revinrent a leur état précé-
dent. L’influence momentanée du médicament se marqua par une réap-
parition de l’affectivité des malades ; leur indifférence tomba, ils répon-
daient avee moins de lenteur aux questions, l'un deux, sans modifier ses
idées délirantés, exprima le désir de voir sa mére, pleura en entendant
parler de sa famille, d’autres versérent dans une forme de délire aban-
donnée depuis plusieurs mois (du mutisme avee immobilité dans une agi-
tation stéréotypée avec chant rythmique), plusieurs d’entre eux furent
débarrassés de leurs hallucinations. Dans certains cas exceptionnels, la
somnolence augmenta Vinhibition {refus absolu de nourriture, réten-
tion volontaire des urines) ; au contraire, dans la mayorité des cas le néga-
livisme tomba, les malades mangérent seuls et fournirent des explica-
» ions sur leurs idées délirantes et leurs hallucinations. Nous reviendrons
en détail sur ces observations.
Appliquée dans dix cas d’agitation aigué chez des déments précoces
récents, internés depuis quelques mois, la cure de Somniféne parut avoir
un effet utile chez 6 malades. Ce résultat satisfaisant est peut-étre moins
heureux qu’on ne serait tenté de le croire a premiére vue ; dans l'appré-
ciation du résultat, il faut tenir compte de l’évolution capricieuse de la
démence précoce pendani sa période aigué ; nous nous en sommes bien
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1224 V. DEMOLE
convaincus en observant des malades témoins dont l'état s’‘améliora spon-
tanément.
Cependant parmi les malades traités par les sédatifs, trois améliora-
tions nous paraissent si indiscutablement provoquées par la médication,
que nous n’hésitons pas a les rapporter.
La premiére observation concerne une jeune fille de 24 ans. La malade est internée
pour la troisiéme fois ; les séjours précédents ont duré 6 et 3 mois ; elle est alitée depuis
quatre mois, maintenue dans la salle d’observation, délirante, souvent agitée, parfois
négative, trés dissociée, hallucinée de louie et de la vue (on égorge enfant dont elle
croit avoir accouché 4 l’asile, elle entend ses cris). Au début de la cure, la malade ne
présentait aucun indice d’amélioration ; or, aprés 48 heures de traitement, elle demeura
plus tranquille ; ses hallucinations auditives cessent, sa conversation est plus cohérente ;
petit a petit les idées délirantes relatives 4 sa famille disparaissent ; aprés 8 jours elle
se léve, on loccupe dés lors aux travaux d’aiguille. Cette amélioration ne fut que passa-
gére ; aprés quelques semaines, la malade retomba dans l'état d’ot on avait tirée, elle
y demeure encore aujourd hui, aprés une deuxiéme cure suivie de la méme amélioration
momentaneée.
La 2° observation concerne un malade particuliérement violent : « Le28 mars 1919,
un dément paranoide agé de 32 ans, délirant depuis quelques jours, entrait a lasile
de Bel-Air, halluciné de louie et de Podorat, dissocié, anxieux, violent, négatif, en proie
ad un systéme métaphysique délirant de persécution. Le malade continuellement agité,
dormait peu, refusait de manger ; il se mordait les lévres, cherchait a se blesser en se
précipitant contre les murs, essayait de se suicider en se laissant tomber en arriére,
provoquait ses camarades dans l’espoir de se faire frapper, tentait de se noyer dans sa
baignoire, vomissait les aliments dont on le gavait. Maigrissant rapidement, il fut réduit
a Pétat de squelette en quelques mois ; il ne tenait plus debout, son visage prit une teinte
terreuse, des ulcéres décubitaux marquérent toutes les saillies de son corps : coudes,
talons, fesses, créte iliaque, omoplates et plusieurs apophyses épineuses dorsales . La
mort allait venir 4 bréve échéance ; par pitié on appelait.
C’est dans ces circonstances qu’on intervint au moyen de divers séda
tifs administrés 4 haute dose ; dans l'état sopereux, le malade demeure
tranquillement étendu dans sa baignoire et mange avec moins de difficulté.
Les effets d’une premiére cure poursuivie prés de trois semaines furent
encourageants ; dés lors, on recourut au sédatif chaque fois qu’il était
nécessaire ; on réussit ainsi 4 enrayer la chute de poids (fig. 1). Enfin aprés
une derniére période d’agitation et de négativisme combattue avec le méme
succés, le malade s’alimenta seul, ses forces augmentérent rapidement ;
pendant 6 mois il passa par des périodes d’agitation et d’apaisement rela-
tifs, dont on profita pour analyser son délire. Subitement, l'état psychique
s’améliora rapidement ; le malade put enfin quitter l’asile (13 fév. 1920)
et rentrer dans sa famille; il travaille réguliérement ; la guérison se main-
tient jusqu’a ce jour.
Quoique le succés ait couronné notre traitement psychothérapeutique,
nous sommes bien persuadés de l’inutilité de nos efforts ; tant que |’an-
goisse dura, le malade nous échappa; lorsqu’elle se dissipa spontanément,
le malade devint accessible & nos raisonnements ; dés lors notre inter-
vention fut réellement efficace ; nous pimes dominer certaines appré-
hensions et corriger ses idées délirantes. C’est en rompant le négati-
visme et en diminuant l’agitation que la cure de sédatif rendit les plus
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LA CURE SEDATIVE EN PSYCHIATRIE 1225
grands services au malade cachectique. Economie de forces et alimenta-
tion réguliére, tels sont les facteurs qui rétablirent l’équilibre physique et
permirent d’attendre la rémission.
Mrs. Avril Mai Juin Juillet Aout Sept. Octobre Nov. Dec. Janvwer
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Fig. 1
Fig. 1.— Courbe de poids (en abseisse : dates, en ordonnée : poids). Les eures sédatives répétées
enrayent la baisse de poids d’un dément précoce ; sous l’influence de la sédation l’angoisse
disparait ; le négativisme alimentaire s’atténue, il cesse enfin et le poids s’éléve aussitét. Cure
sédative.
La troisiéme observation concerne un aliéné, 4géde 25 ans, atteint de démence pré-
coce 4 forme paranoide et catatonique dont le délire de persécution commenca pendant
rété 1920. Impressionné par des visions célestes, ruminant des idées politiques méga-
lomanes, se croyant soupconné de bolchevisme, le malade fit du scandale dans un hotel
et opposa une résistance désespérée aux agents de police ; arrété, il tomba dans un mu-
iisme qui parut volontaire ; aprés six semaines d’‘ineareération son aliénation devint
manifeste ; il fut transféré a Vasile de Bel-Air le 25 novembre 1920, son identité n’avait
pu étre établie. Pendant trois mois cet inconnu, halluciné anxieux, violent, dissocié,
passa par des phases d’exaltation délirante et de catatonie. Exalté ilse croyait délégué
de la Yougo-Slavie auprés du Conseil de la Société des Nations, se disait fiancé 4 la fille
du président Mazaryk. prétendait avoir découvert dans les pis de vache un mécanisme
centrifuge destiné a séparer le lait du sang, pérorait sur la religion universelle et les
territoires plébiscitaires, voulait 4 tout prix coucher nu ; des télégrammes optiques, des
téléphonades nocturnes lui commandaient de planter des pommes de terre et d’exter-
miner les Italiens ; il y répondait par des lettres incohérentes adressées a la Mére Europe.
Catatonique, le malade demeurait immobile, dans son lit, ne répondant plus aux
questions, refusant de s’alimenter ; gestes lents, attitudes stéréotypées. Graduelle-
ment, cet aliéné devint trés exigeant et agressif, on dut Visoler. Quatre semaines durant,
il fut inabordable ; il se ruait sur les médecins, la voix de certains infirmiers qu'il prenait
pour des mandataires de d’Annunzio le mettait en rage ; il répandait ses aliments
sur le sol, urinait contre la porte, brisa son pot de chambre, défonca sa gamelle, s’en fit
un coup de poing ; enfin il couvrit les murs de dessins symboliques ; dans les périodes
catatoniques qui coupaient son agitation, il demeurait étendu sur le dos, négatif, dia-
loguant avee ses hallucinations. Visiblement le malade s’affaiblissait ; on se décida
4 intervenir : il fut garotté sur son lit, gavé 4 la sonde et traité au sommiféne, 4 ce.
par jour en injections sous-cutanées ; il tomba aussitét dans un état soporeux (qui dura
dix jours) ; dés le troisiéme jour du traitement il serra amicalement la main des infirmiers,
78
REVUE NEUROLOGIQUE. — T, XXXVII.
ac?
1226 }. DEMOLE
essaya de se nourrir seul ; sa lucidité était revenue, ses hallucinations avaient disparu :
il nous renseigna sur son passé, fournit son identité, écrivit 4 sa famille. La courbe
des poids du malade (fig. 2) montre nettement l'influence salutaire de la cure de sédatif
qui amor¢a la convalescence; en quatre semaines, le poids du malade s’éleva de 58
a 70 kilogrammes.
Rapidement le convalescent fut levé, promené, intéressé au jardinage ; ses idées
délirantes (panslavisme, italophobie, mission politique, régime mystique végétarien,
théomanie) combattues activement. tombérent Jes unes aprés les autres.
. Dec. 1920 Janv. 1921 tévrier Mars
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Fig. 2
Fig. 2. — Courbe des poids d’un dément précoce eatatonique et paranoide ; cessation du néga-
tivisme et du délire au cours de la cure de Somniféne ; l’amélioration persiste ; en cing semaines
le poids passe de 58 a 70 kg., le convalescent quitte l’asile.
A sa sortie de l’asile (le 3 mai 1921), il ne se préoccupait plus que de questions pra-
tiques relatives 4 sa profession d’agronome, couchait en chemise et mangeait comme
chacun. Dans le domaine de son affection mentale cependant, le malade resta incorri-
gible; la gravité de son délire lui échappa toujours ; il en attribuait Porigine aux souffran-
ces morales endurées en prison ; son internement lui semblait arbitraire.
Les observations que nous avons rapportées sont instructives 4 deux
égards ; elles montrent d’abord que la cure sédative peut avoir une action
curative, ensuite que cet effet salutaire est limité aux cas de démence pré-
coce aigué, dont le cours est capricieux et le pronostic relativement favo-
rable.
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LA GURE SEDATIVE EN PSYCHIATRIE 1227
Le Somniféne ne présente pas seulement un intérét thérapeutique ; il
a parfois une valeur diagnostique ; en diminuant le négativisme, il faci-
lite les explications des malades, on recueille alors aisément des rensei-
gnements utiles.
Un malade atteint depuis plusieurs années de démence précoce 4 forme
catatonique restait généralement au lit, immobile, muet, les draps tirés
sur sa figure. Il prenait des attitudes bizarres, se livrait 4 des actes énig-
matiques, refusait de manger, picotait des aliments dans les assiettes
de ses camarades. Nous ne connaissions rien de ses préoccupations, ni
de ses idées délirantes ; au reste, en avait-il ? Le Somniféne permit de
répondre a cette question. Influencé par le médicament, le malade man-
gea sans trop de diflicultés et fournit des explications révélatrices du monde
imaginaire que son négativisme lempéchait de décrire :
Constamment le malade éprouve des sensations pénibles qu'il interpréte aussitot:
un arbuste du jardin « fait mal aux yeux », «évitons de le regarder »; Peau du bassin
a des «reflets brillants » ; «comme si elle était empoisonnée », cle voisinage d’un inconnu
est douloureux, il doit étre Hindou », « trop de femmes simulent des hommes » ; réves
angoissants, erainle d’étre assassiné, peur d’étre pris pour un espion, sensation de
présence d'un ennemi dans la chambre, certitude d’étre antipathique et repoussé
de la société & cause dun forfait inconnu, « air artificiel » due monde, transforma-
tion de la figure du médecin « qui n’est plus le méme qu’hier », prévision d'un chan-
gement de couleur dans les cheveux. Des idées de persécution incohérentes préoc-
cupent le malade: les Chinois (chinois veut dire incompréhensible) guident le monde ;
ils défendent qu’on touche 4 certains aliments (riz, laitues); ils permettent de
manger a certaines heures seulement ; «chacun a souffert des faussements de nourri-
ture »; «les mets compliqués sont nocifs » surtout lorsque leur « foree dépasse celle du
mangeur ». Des Indiens quin’ont pas été récompensés de leur travail réclament leurs
droits dans des réves nocturnes ; ils envoient des « visions lourdes », arrétent la di-
gestion, donnent des ordres «lance-Loi par la fenétre », « casse les vilres », commandent
de gifler les infirmiers, contraignent 4 des « réflexions sur histoire et lavenir », «leur
secours est nécessaire pour connaitre la vérité
Le malade se sent indigne, on le trompe, on I’'a volé, des « influences exotiques lui
font mal » ; défense de jouer du piano car un crime a été commis » ; trés susceptible,
il se fache lorsqu’on rit en sa présence « 4 cause de allusion grossiére », il se sait impur ;
cependant des rapports sexuels le blanchiraient ; comme Vamour d'une jolie fille lui
est interdit, il se contentera « d'une compagne ordinaire
Tel est le chaos de sentiments versatiles, d’illusions et d’hallucina-
lions, d’idées fragmentaires, d’interprétations changeantes, de convic-
tions 4 l'état dubitatif, qui préoccupent ce catatonique immobile et silen-
cieux, en apparence privé de pensée. Son délire incohérent s’exprime en
stéréolypies étranges dont chacune a un sens voilé. La cure sédative en
diminuant Vinhibition permet au malade de révéler la signification de
ces actes énigmatiques : s'il se léve subitement,c’est « signe de priére »,
s‘ils’assied lorsqu’il adresse la parole au médecin, c’est qu’on pense mieux
assis », s'il retire subitement la main tendue, c’est « pour ne pas offenser
par le péché ». Il vole le pain de ses camarades « parce qu’on partage la
force humaine en absorbant la méme nourriture », il est reconnaissant
de ce qu’on lui serre la main « parce qu’ainsi on lui céde de la force » : il
.
Ps
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i-
4
-
28 DEMOLE
mange seulement de certains mets et dans une gamelle « car le manger
servi dans de la porcelaine devient artificiel », il refuse obstinément cer-
tains plats qu'il suppose empoisonnés ; il crache et tousse plusieurs
heures de suite « pour éliminer le poison d'une gamelle rouillée » ; il applique
de temps en temps un doigt sur son nez « car il est utile de se toucher le
nez », enfin il embrasse ses camarades et tente de frotter son visage contre
le leur parce que « faire le nez » est un signe d’amitié ; il entend montrer
par la que loin d’étre méchant comme on le prétend, il aime au contraire
son prochain. En outre ce salut chinois est une sorte d’épreuve chimique ;
repousse-t-on le malade,c’est qu'il émet une odeur désagréable en rap-
port avec son indignité ; blessé dans son amour-propre il s’emporte alors
et distribue des gifles. L’application pratique a suivi de prés explication
de la stéréotypie ; les infirmiers chargés de surveiller le malade savent
qu’en se pliant au salut chinois, ils évitent des scénes de violence ; quel-
ques-uns se soumettent de bon gré A cette coutume orientale.
Sous l'influence du Somniféne, le malade se transforme, il demande des
livres, feuillette les journaux, rit lorsqu’on plaisante, prend soin de ne
pas tacher ses draps avec les aliments, s’intéresse aux jeux d’échec et
inflige une défaite 4 son adversaire ; il prend en partie conscience de sa
maladie, avoue que sa mémoire baisse, se plaint de maux de téte, trouve
sa manié¢re d’agir stupide, demande si on constate quelque amélioration.
Mais ces résultats ne sont qu’éphémeéres, dés que l’influence du médica-
ment se prolonge ou cesse, le malade ne fait plus aucun effort pour tenit
ses promesses ; il retombe dans son mutisme, refuse de manger, doit étre
maintenu dans la salle d’observationsous surveillance constante. Il reprend
alors son aspect figé ; une nouvelle cure de Somniféne le réveille momen-
tanément, il retombe ensuite dans |’état catatonique.
L’influence libératrice que nous signalons n'est pas limités 4 la démence
précoce ; le Somniféne agit également sur le négativisme des affections
mentales organiques ; nous avons vu des paralytiques généraux, dilli-
ciles & nourrir et retenant volontairement leurs urines, s'apprivoiser dés
le début de la cure sédative, manger sans aide et se présenter sponta-
nément au W.-C.
En voici un exemple :
Un malade atteint de syphilis nerveuse (cachexie, clonus rotulien, parésie pupil-
laire, masque facial, W. positif dans le sang et le liquide cérébro-spinal, albuminose et
lymphocytose rachidiennes), présente un syndrome mélancolique avec négativisme,
immobilité, mutisme, refus alimentaire, rétention de matiéres fécales. Deux heures
aprés la premiére injection de somniféne nous trouvons le malade assis sur son lit,
feuilletant des illustrés. Il répond aux questions 4 voix basse, se dit tourmenté par des
idées d’indignité rapportées 4 des spéculations malheureuses et 4 son infection véné-
rienne ; halluciné, il entend la voix d'une cousine qui lui reproche d’avoir déshonoré
la famille ; las de vivre, il cherche 4 mourir de faim. Pendant la cure de Somniféne,
le malade consentit 4 manger ; la sonde alimentaire devint inutile ; il appelait l'infirmier
pour se rendre au W.-C. ; les pesées accusent pour cette période une augmentation
de poids (fig. 3).
Malheureusement cette amélioration fut de courte durée ; bientot le négativisme
4
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des
LA CURE SEDATIVE EN PSYCHIATRIE 1229
réapparul compliqué d’agitation anxieuse ; les sédatifs demeurant sans effet, on usa
de moyens de contention ; une gomme de la calotte cranienne fondue par le traitement
antisyphilitique s’exulcéra, elle ouvrit la porte a une infection a staphylocoques, bientot
septicémique, qui emporta le malade. L’examen du cerveau montra l’existence d'une
méningite et d’une encéphalite discréte, rappelant par certains traits la paralysie géné-
rale au début.
La cure de Somniféne a donc son utilité diagnostique et thérapeutique,
méme dans les psychoses organiques ; elle permet de dévoiler les symp-
tomes mentaux étouffés par le négativisme et parfois de les combattre
avec succes.
Janvier février
3 10 17 2431 6 13 20 27 5 12 19 24 SI
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Fig. 3
Fig. 3. — Rupture transitoire du négativisme alimentaire chez un dément organique (Cas Dey. ;
encéphalite syphilitique) ; eourbe des poids. Une premiére cure sédative interrompt le négati-
visme ; le poids s’éléve de 43.500 a 47.300 kg. ; mais l'état du malade s’aggrave; les cures
suivantes restent sans effet ; septicémie a staphylocoques ultime.
Nous avons dit que la cure sédative agissait sur certains déments pré-
coces grace 4 divers facteurs physiques et psychiques ; physiques par le
repos qui économise les forces et l’alimentation réguliére ; psychiques
par le rétablissement du contact entre le malade et le médecin. C’est a
ces facteurs contribuant 4 rompre l’autisme que nous attribuons une
grande valeur.
L’ineflicacité de la médication psychologique est un dogme en Psy-
chiatrie ; cependant, la psychothérapie a son terrain d’application, res-
treint il est vrai, néanmoins indéniable. La plupart des déments pré-
coces bénéficient de la discussion de leurs idées ; parler les apaise. Si leurs
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}. DEMOLE
1230
conceptions maitresses sont généralement inébranlables, les idées corol-
laires qui ont souvent une valeur antisociale de beaucoup plus grande
que l’idée mére peuvent s’alténuer et contribuer ainsi 4 l’apaisement. Les
aliénés subissent l'influence du milieu ; un malade agité exvite ses voi-
sins, il suffit de lisoler pour calmer l’entourage. Certains infirmiers mala-
droits sément le vent et récoltent la tempéte, d'autres au contraire apaisent
déja par leur présence et font manger les catatoniques souvent négatifs dans
d'autres mains. Les malades jugent parfois les médecins exactement ;
ils connaissent leurs capacités et leurs défauts. Dans les asiles ruraux sur-
peuplés, les « sauvages » sont nombreux ; au contraire, ils sont excep-
tionnels dans les établissemenis modernes spacieux et bien administrés ;
lun d’eux dont on servait la nourriture dans une sorte d’auge passée par
le guichet d’une porte, devint quasi sociable dés qu’on leut changé de
local, mangeant dans sa baignoire et se livrant 4 des stéréotypies inoflen-
sives. Chacun sait influence salutaire qu’a exercée sur quelques déments
précoces un changement subit de milieu ; au cours des maladies infec-
tieuses, les aliénés sont généralement plus abordables ; il est des cas de
psychoses post-grippales, et de délire alcoolique auditif dont les idées
délirantes résiduaires se sont’ corrigées immeédiatement a la vue des indi-
vidus dont l’existence était contestée ou par une simple visite sur cer-
tains lieux.
Indéniablement, les déments précoces retirent un bienfait immeédiat
de la libération rapide, préconisée et appliquée toujours plus intensé-
ment par le Prof. Bleuler 4 Zurich. Une thése récente de M¥@ Raehmi met
en évidence le raccourcissement de la durée moyenne de linternement
des déments précoces de l’asile du Burghdlzli, depuis lintroduction de
la thérapie par le travail, de la psychanalyse, de la libération précoce.
Quelles que soient les réserves que l’on peut formuler sur l’eflicacilé
de la psychanalyse, il est indéniable que tous les stimulants psychiques
profitent au malade. Ces faits montrent que abandon dans lequel on laisse
trop souvent végéter les déments précoces est une négligence coupable.
Le Prof. Bleuler attribue exclusivement l’amélioration de l'état mental
dle ses malades 4 l’action des facteurs psychologiques ; le sentiment de
minorité, de répression, d’incapacité entretenu par le séjour a l’asile, favo-
rise l'autisme qui se dissipe au contact de la vie active : «Vinternement est
préjudiciable aux schizophrénes, écrit Bleuler, il ne se justifie que pendant
les accés aigus et chez les nialades asociaux ».
Tous les Psychiatres, qui s’occupent du placement familial des aliénés,
confirment cette opinion ; limprévu, l’activité, stimulent les convales-
cents et créent des habitudes nouvelles qui enrayent les stéréotypies.
Tout récemment Fabre étudiait dans sa thése la valeur de cette psycho-
thérapie particuliérement eflicace parce que constante et automatique.
Dans la somnolence de la cure sédative, les hallucinations diminuent
et peuvent méme cesser, les sentiments sont moins vifs, l’idéation se ralen-
tit, le négativisme tombe, le malade est plus accessible, la réalité lui appa-
rait dépouillée des attributs souvent terribles que lui prétait limagina-
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LA CURE SEDATIVE EN PSYCHIATRIE 1231
tion. Dans cet état soporeux, les facteurs psychiques, dont nous venons
de montrer importance, paraissent agir assez efficacement pour orienter
certains cas favorables vers la guérison (guérison seulement pratique,
entendons-le bien).
La démence précoce, on le sait, a une tendance spontanée si ce n'est
a la guérison du moins aux rémissions parfois prolongées. Au cours d’une
autre affection, la paralysie générale, on voit apparaitre également, mais
trés exceptionnellement, des rémissions éLonnantes : favoriser ces rémis-
sions par une action thérapeutique, tel est le but des efforts opiniatres
de Wagner von Jauregg et de ses éléves ; influencer par divers facteurs
physiques et psychiques la tendance 4 la rémission de la démence pré-
coce,en placant le malade dans des conditions appropriées, nous parait
le but de la cure sédative que nous préconisons. De tous les médicaments
dont nous nous sommes servis (Véronal, Lurninal, Dial, Dialeodéine, Dial
phénacétine, Médinal, Adaline, Nirvanol, etc.), le Somniféne parait le
mieux approprié 4 cet emploi, non seulement parce qu’il se préte aux injec-
lions sous-cutanées, mais parce qu’il est parfaitement toléré ; nous nous
en sommes assurés en prolongeant certaines cures jusqu’au 27° jour (4 ce.
pro die) sans inconvénient pour les reins et le cceur.
La cure sédative doit étre conduite par un médecin disposant d’infir-
miers instruits. Il est avantageux de provoquer d’emblée un sommeil
profond pour éviter l'état nauséeux qui survient parfois au début de la
somnolence ; dans ce but on injecte dans le tissu sous-cutané 0,02 cgr.
de morphine ou un mélange d’hyoscine-morphine (hyoscine 0,001, mor-
phine 0,01) ; une demi-heure aprés, on injecte 4 ccm. de Somniféne. Le
sommeil provoqué dure une dizaine d’heures ; on le prolonge d’autant
par des nouvelles injections de Somniféne ; la dose optima varie entre
2 el 4 ce. par 24 heures ; le malade repose dans une sorte de somno-
lence ; il doit pouvoir manger seul, s’éveiller quand on linterpelle, se
rendre au W.-C. aidé de l’infirmier. Régime lacté abondant, semoules,
pates. Pendant la cure, le malade est quelque peu dysarthrique ; ses gestes
sont lents, sa démarche parfois titubante ; l'infirmier doit surveiller tout
spécialement les cachectiques et les vieillards qui peuvent tomber et se
blesser. Tous les symptémes moteurs disparaissent rapidement a la cessa-
tion de la cure.
Les injections de Somniféne poussées profondément dans le tissu sous-
cutané sont indolores et bien tolérées ; les injections superficielles sont
parfois douloureuses et peuvent provoquer une petite nécrose.
il est utile de surveiller les urines du malade. Dans les premiéres 24 h.,
on observe parfois une anurie transitoire sans importance ; dans ce cas
stimuler la diurése par de la Théobromine ou quelques granules de Diga-
lene. Lutter contre la constipation de certains malades ; quelques dor-
meurs sommeillent. toujours sur le méme cété ; linfirmier doit veiller a
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a-
1232 DEMOLE
ce quils changent de position, ceci pour éviler la stase pulmonaire qui
prédispose aux bronchopneumonies.
Il est dangereux d’injecter plusieurs jours de suite plus de 5 ec. de
Somniféne, car le sommeil peut s’approfondir jusqu’au coma ; un de nos
malades tombé dans cet état a élé emporté par une pleurésie purulente
> 4 4 + +e,
Fig. 4
Fig. 4. — Température axillaire d'un dément précoce ; négativisme et hypothermie avant la eure
sédative ; la rupture du négativisme permet une alimentation réguliére et latempérature devient
normale ; le poids s’éléve en méme temps de 2 kg.
Somniféne 2 emc.t
Fig 5
Fig. 5. — Température axillaire d'un paralytique général au cours de la cure sédative. Le malade
négatif, hypothermique, refusait de manger ; dés le début de la eure il aecepta la nourriture, sa
température devint graduellement normale ; il augmente de poids.
consécutive & une bronchopneumonie par aspiration de particules ali-
mentaires avec abcés putride perforant dans la plévre. Exceptionnelle-
ment, certains malades ne supportent pas le Somniféne ; ils s’agitent, leur
température est irréguliére ; par mesure de prudence, il est préférable
d’interrompre la médication. Une injection de 0,001 gr. de sulfate d’atro-
pine combat eflicacement les nausées. Dans la trés grande majorité des
cas, la cure de Somniféne est bien supportée ; les malades ressentent sou-
vent un soulagement immédiat et expriment leur satisfaction ; chez les
cachectiques hypothermiques, la température s'éléve et prend une allure
normale (fig. 4-5).
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4cme.
37° H
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ent
LA CURE SEDATIVE EN PSYCHIATRIE 1233
La facilité avec laquelle le Somniféne peut étre injecté aux malades
récalcitrants fait de ce médicament un succédané de la morphine ; il n'est
pas de médicament de la série uréique qui lui soit comparable ; les sels
sodiques de Luminal et de Véronal sont moins actifs, ils s’altérent en
solution aqueuse déja aprés une dizaine de jours ; le Nirvanol utilisé en
Allemagne est non seulement moins actif, mais parait mal toléré.
Le Somniféne s'est montré eflicace dans l'agitation périodique de cer-
tains séniles, de déments chroniques et de maniaques (2 a 4 ec. par jour).
Nous nous en sommes servi pour calmer les malades turbulents et brail-
lards dont lagitation est communicative ; grace 4 son emploi, nous avons
pu nous passer parfois des moyens de contention d’aspect moyenadgeux
ceinture et camisole de force), que nous n’ulilisons du reste qu’a la der-
niére extrémité chez les malades qui tentent de se mutiler ou de souiller
leurs plaies.
Le Somniféne destiné A ingestion est agréablement aromatisé a l’anis,
il s’emploie a raison de 30 4 60 gouttes qui forment en tombant dans l’eau
un nuage blanchatre semblable A de l’absinthe. Nous avons employé ce
médicament avec succés dans toutes les formes d’insomnies et comme
adjuvant dans les cures de psychothérapie ; il est particuliérement apprécié
par la clientéle de policlinique formée en majeure partie de névropathes.
Le réveil n’est suivi d’aucun malaise. Enfin le Somniféne nous a été utile
pour lutter contre l’insomnie rebelle et lagitation nocturne postencé-
phalitiques des enfants.
Les injections intraveineuses de Somniféne ont un effet immédiat sai-
sissant ; pendant Vinjection déja la résistance cesse, la respiration s’a-
paise, les paupiéres se closent, la téte enfin retombe sur loreiller et le
malade, qui une minute auparavant était au comble de l’agitation, s’en-
dort ; 6 4 10 ce. injectés lentement ont raison de l’aliéné le plus vigou-
reux ; 6 cc. suflisent généralement chez les femmes.
Nous avons utilisé les injections intraveineuses dans les agilalions
violentes des paralytiques généraux, des déments chroniques, dans le
délirium tremens et dans le status épileptique ; partout nous avons obtenu
un sommeil profond sans altération du pouls et de la respiration ; les
pupilles continuent a réagir 4 la lumiére ; les réflexes, méme patholo-
giques comme le Babinski, restent inchangés et le réveil progressif a lieu
aprés une dizaine d’heures environ.
L’oblitération de la veine au point d’injection est exceptionnelle. II
est imprudent de faire des injections intraveineuses fortes 4 des malades
affaiblis, car leur sommeil se prolonge anormalement et l’on peut voir
survenir les mémes complications pulmonaires que dans les narcoses a
léther,
En résumé, la cure sédative est un procédé physique et psychologique
qui nous a paru capable d’interrompre certains délires aigus chez des dé-
ments précoces, de faciliter l’analyse psychologique de malades cata-
toniques, de diminuer le négativisme et de favoriser |’alimentation régu-
liére. Le Somniféne permet de réaliser aisément la cure sédative ; ce médi-
de
sa
e
>
1234 V. DEMOLE
cament est un sédatif-hypnotique puissant et bien toléré, utile pour com-
battre l’agitation sous toutes ses formes, l’insomnie et l’anxiéteé.
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des
SOGIETE DE NEUROLOGIE
de Paris
CONFERENCE NEUROLOGIQUE
Faile a la Sociélé de Neurologie de Paris,
le 7 Avril 1921
SUR LES MOUVEMENTS, LES REFLEXES ET LES
REACTIONS MUSCULAIRES DU FCETUS HUMAIN. DE
2 A 5 MOIS ET LEURS RELATIONS AVEC LE SYSTEME.
NERVEUX FCETAL (suite),
PAL
M. MINKOWSKI
Agrégé ct assistant interne 4 l'Institut d’'Anatomie Cérébrale
de 1 Université de Zurich
>. PHENOMENES D’EXCITABILITE MECANIQUE DES MUSCLES ET DES
TRONCS NERVEUX. -— Les phénoménes moteurs décrits jusqu’é présent —
les mouvements de la téte, du trone et des extrémités et les différents ré-
flexes — ne sont pas les seuls qu’on peut observer chez le foetus. A cété
des réflexes cutanés, qu’on peut déterminer par des excitations légéres
(attouchement, etc.) des téguments, et qui montrent une tendance a se
généraliser (tendance d’intégration, caractérisant d’aprés Sherrington
les réactions nerveuses), et A assumer un caractére biologique d’action coor-
donnée de défense, de locomotion, d’adaptation, d inhibition réci-
proque, ete., et de réflexes cervicaux et labyrinthiques, servant de base
a des corrélations, des syncinésies et des syntonies de la téte et du tronc,
il existe des réactions motrices d’un caractére différent, plus grossier,
plus massif et plus local, qu’on peut déterminer par des excitations méca-
niques directes et intenses des muscles. Ces réactions, qui sont des pheé-
nomenes d'excilabililé mécanique propre des muscles (ercitabililé idio-mus-
culaire) existent dés le début de observation, 4 cété des réflexes d’ordre
nerveux, mais elles peuvent étre étudiées a loisir, aprés que ceux-ci ont com-
plétement cessé. Le systéme nerveux étant particuliérement sensible
au manque d’oxygéne, les réflexes ne durent pas plus de 5 4 10 minutes
a partir de lextraction du foetus, tandis que les phénoménes d’excita-
bilité musculaire directe persistent beaucoup plus longtemps, parfois pen-
dant une heure ou méme davantage. L’indépendance de ces phénoménes
du systéme nerveux central est en outre directement prouvée par le fait
qu ils persistent sans changement aprés l'ablalion de la moelle fetale, tan-
dis que les mouvements et les réflexes cessent immédiatement.
On peut déterminer des réactions musculaires directes par des moyens
=
1236 SOCIETE DE NEUROLOGIE
différents, par la percussion, par |'ébranlement, par la compression directe
des muscles. La percussion, qui est un moyen d’examen commode et em-
ployé en clinique, a été la méthode principale d’étude de ces phénoménes
et a donné des résultats intéressants. Ce qui est particuliérement remar-
quable, ¢’est qu’il existe chez le foetus une différenciation musculaire pro-
noncée, certains muscles ayant, sans doute par suite d'un développe-
ment histologique plus précoce (1), la facullé de se contracler plus facile-
ment que d’autres. Aux extrémités supérieures, dont les muscles sont en
général plus excitables que ceux des extrémités inférieures, ce sont notam-
ment le biceps et le grand pectoral qui réagissent le plus facilement. Et si
la percussion d’un de ces muscles donne habituellement lieu 4 la contrac-
tion de celui-ci, il y en a d’autres dont la percussion détermine souvent,
du moins en premier lieu, une contraction non du muscle percuté, mais
d’un autre, plus excitable. Ainsi, la percussion du Iriceps détermine le
plus souvent une contraction non ou moins de celui-ci que du biceps (in-
version du phénomeéne musculaire par contraction de l antagonisle du muscle
ercilé), quelquefois du grand pectoral ; une percussion des extenseurs de
la main et des doigts peut donner lieu 4 une contraction des fléchisseurs
(foetus de 13, 5 em.), celle du quadriceps fémoral & une contraction des
adducteurs (avec entrecroisement des jambes). L’inversion du phéno-
méne musculaire peut exister dés le début d'une observation, mais elle
peut aussi survenir au cours de l’observation méme. Ainsi, chez un foetus de
7 centimétres, la percussion du biceps déterminait, 10 minutes aprés l’ex-
traction, une contraction de celui-ci ; 10 minutes plus tard, sans doute
par suite d’une diminution d’excitabilité musculaire, plus rapide pour le
triceps que pour le biceps, la percussion du méme muscle n’avait plus
effet sur lui et donnait, par contre, lieu 4 une contraction du biceps.
La réaction musculaire souvent ne se limite pas 4 un seul muscle, mais gagne
aussi des muscles plus ou moins proches. Ainsi, la percussion du biceps peut
provoquer, 4 cété d’une contraction de celui-ci, tant6ét une flexion de
la main avee adduction du pouce, tant6t, au contraire, une extension de
la main et des doigts, surtout du pouce, avec supination légére de la main
(foetus de 21, 5 cm.); la percussion du triceps peut déterminer une con-
traction non seulement de celui-ci, mais en méme temps des extenseurs
de la main et des doigts. Dans des cas comme ceux-ci, il est plus que
probable que lercitalion mécanique alleint les trones nerveux moteurs el
se propage le lony de ceux-ci (du médian, du radial, etc.). Mais dans d’autres
cas, comme, par exemple, lorsque la percussion du biceps détermine une
contraction simultanée de celui-ci et du grand pectoral, ou celle du qua-
driceps fémoral une contraction des adducteurs, ou enfin lorsque la per-
cussion d’un muscle donne lieu 4 une contraction de son antagoniste.
il semble évident que l’onde excitatrice ne se propage pas le long des troncs
nerveux, mais par d’autres voies de transmission, probablement surtout
(1) Dans une étude de MM. Babinski et Onanoff, je trouve des données intéressantes
sur les différences de développement histologique de divers muscles chez un foetus
humain de 5 mois,
sd
recte
em-
énes
nar-
pro-
ppe-
cile-
en
am-
t si
rac-
ont,
1ais
CONFERENCE NEUROLOGIQUE 1237
par l’os ou par des surfaces ostéo-périostées auxquelles on a déja attribué
un role important pour la transmission d’excitations (Babinski, Stern-
berg).
Outre la percussion, l’ébranlement peut également donner lieu a des
contractions musculaires ; si par exemple on souléve un bras et le laisse
retomber, on observe également une légére contraction du biceps. Enfin,
excitation d’un muscle par compression ou par contusion direcle déter-
mine la contraction du muscle excité. Quel que soit le mode d’excita-
tion mécanique, le muscle contracté se décontracte lentement.
6. Tonus. Position des membres. Chez tous les foetus examinés, il existe un
tonus des membres relevant non seulement d'un certain état Lonique des muscles, mais
aussi d'une tension élastique des téguments qui semble jouer un role d’autant plus
grand que le foetus est plus jeune.
Ce tonus persiste encore longtemps aprés que les mouvements et les réflexes ont cessé.
Dans une position donnée du foetus, les extrémités maintiennent de préférence une
attitude pius ou moins déterminée, 4 laquelle elles retournent, quand on les en éloigne
passivement. Ainsi, lorsque le foetus est couché dans une position horizontale, les bras
sont habituellement en adduction, fléchis au coude a unangle un peu obtus, et les
mains reposent sur la poitrine, Pune a coté ou au-dessous de l'autre ; les mains et les
doigts sont le plus souvent étendus, quelquefois légérement fléchis dans les phalanges
distales ; dans les extrémités inférieures il y a le plus souvent une flexion légére des
hanches et des genoux, tandis que les orteils sont en extension. Lorsqu’on tient le foetus
dans une position verticale, la flexion des grandes articulations diminue, et les extré-
mités s‘allongent. Par contre, quand une fois, par hasard, j'ai coupé le pied d'un foetus
tenu verticalement, j'ai vu la flexion de la hanche et tu genou augmenter un peu et
toute la jambe se raccourcir ; si lon coupe la jambe, ce raccourcissement augmente
encore. A Vextrémité inférieure, on peut faire la méme observation, en coupantla main,
puis 'avant-bras. Dans les conditions d’examen décrites, Vattitude des membres semble
done étre une résultante de Vélasticité des téguments, du tonus des muscles et de la
pesanteur (dans les conditions physiologiques, celle-ci ne doit guére jouer de rdle essen-
tiel, le foetus étant immergé dans un milieu liquide dont le poids spécifique ne différe
que peu du sien). Il semble résulter de ces observations que le lonus est un phénoméne
dorigine complevre, Vélasticité des téguments, le tonus propre et spinal des muscles, les
réflexes toniques de position d'origine vestibulaire, etc., venant se superposer pro-
gressivement au cours du développement ontogénétique.
Le coeur. — Ce n'est qu’au cours de nos derniéres observations que, de commun
avec M. Paul de Monakow, nous avons commencé A étudier l'action du coeur foetal,
mis 4 nu dans la cage thoracique, et nous ne donnerons qu'un apercu général de cette
étude pour pouvoir comparer les mouvements du coeur avec les autres phénoménes
moteurs du foetus. Ce qui frappe tout d’abord c'est que, avec les phénoménes d’exci-
tabilité musculaire, action rythmique du cur persiste également longtemps, quelquefois
méme | 4 2 heures aprés 'évacuation du foetus. Une durée aussi longue et méme beau-
coup plus longue des phénoménes cardiaques chez le feetus est dailleurs connue depuis
longtemps : ainsi Pfluger, plus de 12 heures aprés 'avortement d'un feetus humain de
3 semaines, a vu son cceur battre encore lentement (toutes les 20 a 30 secondes) pen-
dant une heure, aprés que l'ceuf, jusque-la conservé dans une chambre froide, avait été
transporté dans la chaleur et ouvert. Bischoff observa sur des embryons de cobaye des
battements du coeur encore 24 4 28 heures aprés leur extraction, et ilconclut 4 la nature
musculaire de cette action, les éléments nerveux étant’peine capables de se passer
Woxygéne aussi longtemps. Rawilz a vu le cceur d’un foetus humain de 3 mois battre
pendant 4 heures (environ 20 fois par minute) dans une chambre trés chaude.
Un autre trait remarquable, c'est la ladilité du rythme et la grande influence que la
lempéralure exerce sur celui-ci;ainsi, chez un foetus de 6, Scentimétres, nous avons vu,
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1238 SOCIETE DE NEUROLOGIE
5 minutes aprés lextraction, un rythme de 60 4 80 contractions par minute monter,
aprés lapplication d'une solution chaude de Normosal, 4 108 par minute. Chez un
foetus de 6 centimétres, un quart d°*heure aprés extraction, le rythme cardiaque était
seulement de 6 contractions par minute, mais aprés application de solution physio-
logique de 40°, il est tout de suite monté a 40. Enfin, le réchauffement peut méme pro-
voquer 4 nouveau des contractions aprés que le cepur a déja cessé de battre. Au début,
les contractions des oreillettes et des ventricules ont le méme rythme ; mais en pro-
longeant lobservation, on peut voir une dissociation entre les contractions des oreil-
lettes et celles des ventricules se produire:le rylhme des oreillettes peut devenir alors 2 4
6 fois et méme 10 fois plus fréquent que celui des ventricules (observé sur un foetus
5 centimétres) ; la méme dissociation peut étre obtenue, si entre les oreillettes et les
ventricules on fait une section transversale incomplele : surun foetus de 20 centimétres,
nous avons vu (le docteur Rothlin et moi) le rythme desventricules devenir deux fois
moins fréquent que celui des oreillettes ; aprés la section transversale totale, les ven-
tricules ont immédiatement cessé de battre, tandis que les oreillettes se contractaient
encore. L’attouchement d'une oreillette ou d'un ventricule du cur en action détermine
souvent un arrét pour la durée d’une systole ou pour plus longtemps.
Une observation intéressante au point vue de excitation et de Vinhibition a pu étre
faite sur un foetus de 13 em. 5; lorsque le coeur était immobile, lexcitation méea-
nique du ventricule ou de loreillette par attouchement ou pression déterminait une
contraction ; mais lorsque, au contraire,le coour était en action, cette méme excitation
déterminait un arreét.
7. LOCALISATION DES PHENOMENES MOTEURS CHEZ LE FQ@TUS, DANS
LE SYSTEME NERVEUX ET EN DEHORS DE CELUI-cl. — Pour établir autant
que possible les relations des phénoménes décrits avee le systéme nerveux
du foetus au point de vue de leur Jlocalisalion nerveuse, j'ai fait, au
cours de mes derniéres observations, quelques opérations sur celui-ci :
opérations de section ou d’ablation de la moelle, du cerveau, ete. J’ai
cru qu'il était permis de le faire sur des foetus complétement incapables
de vivre, asphyxiés et agonisants ; les confréres que j'ai consultés ont con-
firmé mon opinion. Ces opérations doivent étre exécutées rapidement
et aussi vite que possible aprés l’extraction, vu la labilité et l’extinction
rapide des phénoménes étudiés. Comme suite des opérations en ques-
tion on peut distinguer :
1° Des phénoménes d’excilation, soit par la section méme, soit, aprés la
section, par l’excitalion mécanique de la surface de section ou d’autres
parties du névraxe.
2° Des phénomeénes de déficil, consécutifs al opération.
a) MOELLE.2 Phénoménesd excilalion.—Javaistout d’abord observé dans
deux cas (de 15 em.) qu’une section transversale de la moelle dorsale infé-
rieure, exécutée a l'aide de ciseaux enfoncés dans le dos et fermés, déter-
minait un mouvement synchrone et similaire des deux jambes, dans un
cas une flexion des jambes, dans l'autre une abduction. Dans un troi-
siéme cas (de 20cm.) une excitation des racines antérieureslombaires don-
nait lieu Lantot a une flexion, tantét a une adduction et rotation en dedans
des extrémités inférieures. Sur un foetus de 20 centimétres, la section au
niveau de la moelle cervicale supérieure, prés de la limite du bulbe, déter-
mina un mouvement lent, vigoureux et augmentant progressivement
de flexion et d’élévation d’un bras, puis de l'autre ; et ce méme effet pou-
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CONFERENCE NEUROLOGIQUE 1239
vait. étre obtenu par l’excitation de la surface de section ; nous en con-
cluons l'exislence d'une conduction supra-segmentaire descendant dans
la moelle foetale (dans ce cas jusqu’aux centres cervicaux du bras). Plus
tard, l’excitabilité de la moelle ayant diminué, on ne put déterminer le
méme mouvement que par une excitation directe des racines antérieures
au niveau des segments cervicaux inférieurs ; en méme temps on obser-
vait alors un phénoméne curieux, une rélraclion visible des deux poumons
en arriére, sans contraction du diaphragme, relevant probablement d'une
contraction des bronchioles pulmonaires.
En sectionnant, chez un foetus de 20 centimétres, la moelle au niveau
de la partie inférieure du cone médullaire, nous avons vu un échappement
d'urine en jel se produire ; c’est le Dt Rothlin qui a fait le premier cette
constatation intéressante.
$ Phénoménes de déficit. — Sur un foetus de 11 centimétres, j’avais
observé des mouvements spontanés des extrémités et des réflexes, pro-
voqués par des excitations légéres des mains ou des pieds, se généralisant
comme d’habitude et présentant notamment une transmission trés nette
des réactions motrices des extrémités antérieures aux postérieures et
inversement (réflexes longs). J’ai fait alors rapidement une section trans-
versale totale de la moelle dorsale moyenne, et je vis cette transmission
longue » cesser immédiatement, tandis que les réflexes courts des extré-
mités antérieures d’un cété, et postérieures de l'autre, persistaient encore
(fexcitation d’un bras, par exemple, déterminant encore une réaction
dans celui-ci, quelquefois aussi dans l’autre bras, mais non plus dans
les jambes) ; la propagation des excilations el des réactions motrices des extré-
milés antérieures aux poslérieures (et inversement) se fail done bien par
linlermédiaire de la moelle feetale. J’ai fait ensuite une ablation de la
moelle lombo-sacrée (par uhe section longitudinale le long de la ligne
médiane du dos avec des ciseaux emportant d’emblée les ares vertébraux
encore cartilagineux et mous et la moelle, et s’arrétant devant la corde
dorsale), aprés quoi les mouvements et les réflexes aux extrémités infé-
rieures cessérent immédiatement, tandis qu’aux extrémités supérieures
ils existaient encore. Enfin, aprés une ablation pareille de la moelle dor-
sale et cervicale, les mouvements et les réflexes des extrémités supérieures
cessérent également.Ces constatations démontrent que les mouvements
et les réflexes décrits des extrémités et du trone se font avec la parti-
cipation de la moelle, c’est done bien, abstraction faite des phénoménes
d’excitabilité musculaire directe, la phase nerveuse du mouvement el des
réfleves que nous avons devant nous a parlir du stade examiné le plus pré-
coce, c’est-d-dire déjd chez le feelus de 2 mois (5,0 cm.). Quant aux phéno-
meénes d’excitabililé mécanique des muscles dont j'ai parlé plus haut, ils
ont persisté plus d'une heure aprés ablation de la moelle, en présentant,
comme avant celle-ci, tous leurs caractéres particuliers. Dans un autre
cas (de 13, 5 em.) ot l’ablation de la moelle fut faite aprés la cessation
des mouvements et des réflexes, les phénoménes d’excitabilité muscu-
laire directe ont également persisté aprés l’ablation. C’est dire que ces
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1240 SOCIETE DE NEUROLOGIE
phénoménes ne dépendent pas (ou du moins pas nécessairement) du systeme
nerveux.
ENcEPHALE. % Phénoménes d’excitation. — En introduisant une sonde
a la base de bulbe chez un feetus de 20 centimétres, j'ai vu plusieurs fois
la bouche se fermer el s’ouvrir, évidemment comme suite d’excitation de
la 7 paire ; cette réaction comme seul effet d’une excitation des nerfs
bulbaires s’accorde bien avec le fait que ce méme mouvement peut étre
observé comme un des premiers mouvements et réflexes bulbaires du
foetus (voir 4, b.).
Une excitation mécanique des hémisphéres n’a jamais provoqué le
moindre eflet.
* Phénoménes de déficil. — Sur un foetus de 6 centimétres de longueur
totale, aprés m’étre persuadé de l’existence de réflexes cutanés des extré-
mités et de réflexes par déplacement du foetus dans l’espace (réflexes d’o-
rigine labyrinthique), j’ai fait rapidement une ablation des hémis-
phéres par une section horizontale du cerveau au niveau du bord supé-
rieur des globes oculaires ; aprés cette premiére opération, les réflexes
des extrémités et les réflexes labyrinthiques restérent conservés, en gar-
dant, les uns et les autres, leurs caractéres essentiels, et sans que leur affai-
blissement dépassat sensiblement celui qui survient toujours progressi-
vement au cours de l’observation. J’ai fait ensuite une transsection hori-
zontale du bulbe passant prés de sa limite inférieure ; aprés cela les réflexes
par excitation des extrémités persistérent, Landis que les réflexes laby-
rinthiques ne se laissérent plus provoquer.
Sur un foetus de 7 centimétres, j’ai fait dés le début une section trans-
versale du bulbe rachidien prés de sa limite inférieure (par une section
horizontale partant de la nuque au niveau de la fente buccale), et j'ai vu
également aprés cette opération les réflexes cutanés des extrémités (et
du tronc) persister, et les réflexes labyrinthiques disparaitre.
Sur un autre foetus de 13, 5 centimétres, aprés avoir constaté |’exis-
tence de réflexes cutanés et labyrinthiques, j’ai effectué une ablation du
cerveau (comprenant les hémisphéres et les corps striés) et d'une grande
partie des couches optiques (comme l’autopsie le démontra) par une sec-
tion au niveau de I’équateur moyen des yeux, et j’ai vu tous les réflexes
persister, Aprés une nouvelle transsection, celle du cerveau moyen un
peu au-dessus de sa limite inférieure, les réflexes cutanés et labyrin-
thiques existaient encore, mais ils étaient trés affaiblis et s’éteignirent
bientot.
Il semble dériver de ces constatations que les réflexes culanés par exci-
lalion des extrémités el du trone sonl essentiellement de nalure spinale, puis-
quils persislenl aprés sectiondu bulbe rachidien prés de sa limile inférieure.
Par contre, les réflexes labyrinthiques doivent étre localisés dans le bulbe
(en accord avec les résultats expérimentaux de Magnus el de ses éléves), vu
qu’ils disparaissent aprés transseclion de celui-ci au niveau de sa limile
inférieure et persistent aprés l'ablation du cerveau, des couches opliques el
du cerveau moyen.
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N? 12 — 1921. REVUE NEUROLOGIQUE Pl.
Fig. 2
MOUVEMENTS REFLEXES ET REACTIONS DU FGETUS HUMAIN.
(Minkowski. )
om
CONFERENCE NEUROLOGIQUE 1241
8. QUELQUES DONNEES SUR LA STRUCTURE DU SYSTEME NERVEUX DU
FETUS PAR RAPPORT \ SES FONCTIONS. — I] m’est impossible d’entrer
ici dans une étude détaillée de l'anatomie du systéme nerveux central
du foetus et je me borne a en faire ressortir certains traits qui semblent
étre en relation particuliérement intime avec quelques-uns des phéno-
ménes décrits. Pour commencer par les mouvcments et les réfleres des extré-
milés el du lronc, qui,comme nous avons pu le démontrer, sont essentielle-
ment de nature spinale, il est facile de constater que dés les stades exa-
minés les plus précoces, tous les éléments de l’arc réjlere, nécessaires a
leur réalisation, sont déja constitués et reliés les uns aux autres, bien que
leur caractére soit encore 4 un haut degré embryonnaire. C’est ainsi que
chez un feetus de 4 centimetres de longueur du verlex jusqu’au coccyx, apparte-
nant dla riche collection de séries fetales de I’ Institut d’ Anatomie cérébrale de
l'Université de Zurich, mise trés cordialement 4 ma disposition par M. de
Monakow, qui n’ajamais cessé d’encourager de toute facon ces recherches,
et correspondant au stade le plus précoce de nos observations (environ
2 mois), on trouve dans les ironcs nerveux périphériques des fibres bien
différenciées, et on peut voir des rameaux qui se dégagent des troncs
principaux pour entrer dans les muscles. Dans les ganglions rachidiens
(voir fig. 1), les cellules sont bien développées, quelques-unes ont déja
assumé la forme allongée de neuroblastes, possédant une quantité consi-
dérable de protoplasme autour du noyau et un réticulum de fibrilles intra-
cellulaires, qui se continuent dans des prolongements. Une partie de ces
prolongements constitue les racines poslérieures (fig. 1) dont la partie
extra-médullaire est, comme celle des racines antérieures, caractérisée
par la présence de noyaux ovales en grand nombre entre les fibres ner-
veuses bien différenciées, tandis que la partie intra-médullaire traver-
sant le voile marginal est presque complétement dépourvue de noyaux.
Dans la moelle épiniére méme (fig. 1),ce qui frappe avant tout, c’est
la grande densité et l’intrication intime des éléments cellulaires de I’é-
pendyme et notamment de la lame grise. Si une partie des noyaux de
la lame grise est entourée d’uné certaine quantité de protoplasme plus
dense, on voit d’autre part des filaments protoplasmiques tant6t trés
fins, tant6t plus compacts, granuleux, former un réticulum avec des mailles
plus claires et relier les amas périnucléaires en une masse cohérente (1).
Seules les cellules des cornes anlérieures sont mieux différenciées et plus
individualisées que les autres, les neuroblastes y sont plus grands, ils pos-
sédent une substance protoplasmique plus dense et se continuant distincte-
ment dans les prolongements des celulles, les neurofibrilles y sont (d’aprés
des préparations colorées au Bielschowsky) mieux différenciées et consti-
tuent un réseau plus dense, communiquant avec les fibres intramédul-
laires des racines antérieures. Le voile marginal, enfin, précurseur de
(1) Pour l'étude de certains détails histologiques de la moelle feetale, j'ai pu égale-
ment, grace 4 la bienveillance de M. le prof. Félix, directeur de I’ Institut d’anatomie
de Zurich, me servir de plusieurs séries appartenant a la belle collection embryolo-
gique de cet institut.
REVUE NEUROLOGIQUE. — T. XXXVII 79
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1242 SOCIETE DE NEUROLOGIE
la susblance blanche de la moelle adulte, est composé d’une masse peu
différenciée, presque complétement dépourvue de noyaux et constituée
par une formation réticulée 4 mailles trés fines, en communication d'un
cété avec le réticulum protoplasmique de la lame grise, et de l'autre,
par des filaments trés fins, avec la pie-mére.
Les gaines myéliniques manquent encore complélement a cette période
(les premiéres n’apparaissent qu’au cours du 4 mois de la vie feetale),
et il est intéressant de retenir qu’elles ne soni nullement nécessuaires pour
qu'une conduction dans le sysleéme nerveux central puisse se produire,
Vis-a-vis de la structure générale de la moelle foetale 4 cette période
(2 4 3 mois), ott les cellules sont extrémement rapprochées les unes des
autres, la masse protoplasmique est peu différenciée et plus ou moins
cohérente, les fibrilles ne montrent qu’une ébauche de différenciation,
et ot il n'y a pas encore de synapses distinctes ni de gaines myéliniques,
on entrevoit facilement qu'une excitation provenant de la périphérie de
lorganisme peul, lorsqu’elle atteint cette moelle, irradier plus ou moins
dans toutes les directions et donner ainsi lieu a des réactions généralisées
et trés variables.
Mais avec le développement progressif du névrace, la diflérencialion des
éléments nerveux augmente, les cellules s’éloignent les unes des autres,
leur protoplasme s'individualise davantage, les fibrilles nerveuses se dif-
férencient, les gaines myéliniques se développent, des synapses nettes
s’établissent, des voies de conduction, longues et distinctes, dans la sub-
stance blanche viennent s’ajouter 4 la conduction diffuse dans la subs-
tance grise, et, parallélement, les réactions nerveuses, réflexes, mouve-
ments, etc.) deviennent plus précises, elles se limilent davantage aux seq-
ments excilés, sans nécessairemenl mobiliser lous les autres, les zones réflexo-
genes se rélrécissent, el des régles de conduction parliculiére s élablissent
d'une maniére toujours plus prononcée. C’est ce que nous voyons déja
s’ébaucher dans les réaclions du foetus des sLades plus agés (de 3 4 5 mois),
dont les réflexes montrent une tendance a se limiter et 4 se soumettre 4
des régles plus spéciales ; c'est ce qui s’accentue encore dans le dévelop-
pement ultérieur du foetus et de l'enfant (Bersot) évoluant insensible-
ment el progressivement jusqu’a l’état de ladulle, qui présente les réac-
lions particuliéres bien connues, mais gardant en méme temps toutes les fa-
cullés foetales el infantiles, c’esl-d-dire surloul la faculté de généraliser el
de varier les réactions.
Des vues semblables 4 celles que nous venons d’exposer ont déja été
émises par d'autres auleurs qui avaient étudié le développement des ré-
flexes chez le foetus ou le nouveau-né. Ainsi, récemment, Herrick el Coghill,
en se basant sur des études physiologiques et analomiques sur des larves
d’Amblystoma de différent Age, aboutissent 4 la conclusion que dans |'é-
volution du systéme nerveux foetal et de ses fonctions il y a, 4 c6té d’un
processus d’intégration et de concentration (de ganglions primitifs dis-
persés), un autre de différenciation progressive de circuits réflexes par-
ticuliers se dégageant du névraxe primordial. En méme temps se déve-
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REACTIONS
(Minkowski)
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CONFERENCE NEUROLOGIQUE 1243
loppent des mécanismes de corrélation supra-segmentaire, représentés
surtout. par l’écorce cérébelleuse et cérébrale, et nécessaires pour main-
tenir la fonction intégrale du systéme nerveux malgré la spécialisation
de ses parties.
Bersol, dont nous avons déja cité étude intéressante sur le développe-
ment réactionnel et le réflexe plantaire, exprime également des vues aux-
quelles nous pouvons pleinemert nous associer : chez le bébé cet auteur
trouve encore des réactions généralisées, organisme répondant aux exci-
tations dans sa totalité et différant en cela de ladulte qui 4 une excita-
tion particuliére répond par des réactions localisées, et variant si l’exci-
tation se modifie. Mais en appliquant des excitations trés intenses, on
obtient chez ladulte également des réactions généralisées, se rappro-
chant de celles obtenues chez le foetus par des excitations légéres. Les
réactions généralisées de type précoce ne sont done pas absolument dis-
parues chez l’adulte, elles existent encore 4 l’état latent. Entre la réac-
tivité du bébé et celle de l'adulte, il n’y a pas de différence fondamentale,
mais seulement une différence « de plus ou moins de variabilité, plus ou
moins de multiformité et d’uniformité ». Ces vues nous paraissent parfai-
tement justes, et nous croyons qu’entre la réactivité du foetus et celle
de l’'adulte, la différence est du méme caractére, et seulement d’un degré
plus haut.
Les réjlexes décrils de la face, surtout la fermeture de la bouche et
l'élévation du menton parattouchement de la lévre inférieure ou de la
langue, et la contraction de l’orbiculaire de la paupiére par attouche-
ment de sa surface ont une base anatomique dans un développement
précoce et avancé du noyau de la septiéme paire aussi bien différencié
et facile A reconnaitre (chez un feetus du 3® mois) que le noyau de
lhypoglosse, le noyau dorsal du pneumogastrique, le noyau de Deiters, la
substance gélatineuse du trijumeau, les noyaux des muscles oculaires, le
noyau rouge,etc. Par contre, la pyramide bulbaire a cette période est a
peine formée ou plutét ébauchée seulement par un réticulum [ache a
mailles larges, lesquelles, sans doute, vont étre remplies plus tard par des
fibres pyramidales.
Enfin, apparition précoce des réflexes que nous avons reconnus
comme des réfleres de mouvement céphalique d'origine labyrinthique, s'ac-
corde bien avec le développement parliculiéremenl précoce et distinct de
l'appareil vestibulaire dans le labyrinthe el du nerf vestibulaire dans tout
son trajet du labyrinthe au bulbe (voir fig. 2 et 3).
Ainsi, chez un foetus de 2 mois environ (le méme dont nous avons repro-
duit la moelle (voir fig. 1), on trouve dans l'appareil vestibulaire (voir
lig. 2 et 3) un développement trés avancé des taches acoustiques de l'u-
tricule et du saceule, l'épendyme sensoriel consistant ici en plusieurs
rangées de cellules cylindriques bien différenciées et étant recouvert par
la membrane otolithe, qui adhére aux cils de ces cellules ; d’autre part,
les erétes acoustiques dans les ampoules des canaux semi-circulaires
sont également trés bien différenciées, l’épendyme des crétes présentant
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1244 SOCIETE DE NEUROLOGIE
un nombre considérable de couches cellulaires superposées et formant
ainsi une proéminence, a laquelle adhére la cupule ampullaire (voir fig. 2
et 3) (1) ; sur certaines coupes (fig. 3), on peut voir tout Je trajet du nerf
vestibulaire, depuis l’épendyme sensoriel, richement desservi par ses
fibres terminales, jusqu’au ganglion de Scarpa et au dela de celui-ci, d’a-
bord dans la partie extra-médullaire de la racine du nerf, puis dans sa
partie intra-médullaire, et jusqu’au noyau de Deiters, dont les grandes
cellules dispersées présentent également une différenciation particu-
tiérement avancée, dépassant de beaucoup celle des cellules environnantes.,
(Plus tard, sur des foetus du 4° mois, on peut constater que le nerf vesti-
bulaire appartient 4 ceux des nerfs craniens, dont les fibres regoivent tout
d’abord des gaines de myéline. )
Le développement précoce de l'appareil vestibulaire aussi bien que
des réflexes labyrinthiques, surtout de ceux du mouvement céphalique,
deviendra peut-étre plus compréhensible, si l'on considére que le foetus
méne une vie soi-disant aquatique dans un milieu liquide dont le poids
spécifique est rapproché du sien, et ot il est pour ainsi dire sans pesan-
teur ou peu s’en faut ; il se trouve done dans des conditions d’équilibre
extrémement labiles, dans lesquelles ces réflexes jouent sans doute un
role beaucoup plus important que chez l’adulte.
IV. — Conc.usions,
Significalion des phénoménes observés pour la physiologie et la patho-
logie du sysléme nerveur.
Les observations sur le feetus humain de 2 4 5 mois que nous venons
de décrire semblent donner lieu 4 des conclusions intéressantes et impor-
tantes, par rapport a la physiologic et la pathologie du systéme nerveux ;
mais nous ne pouvons qu’effleurer ici ces questions d’ordre général.
Au point de vue physiologique, ce qui frappe en premier lieu, c’est la
coexistence, chez le feetus de cet Age, de phénoménes moteurs d’ordre dif-
férent :
1° Phénoménes moteurs de lype nerveux, c’est-d-dire dominés par le sys-
téme nerveux central (mouvements de la téte, du trone et des extrémi-
tés, réflexes cutanés, courts et longs, réflexes cervicaux, réflexes laby-
rinthiques, phénoménes d’inhibition réflexe, etc.), caractérisés par leur
grande variabilité et la faculté de généralisation d’un cdté, et leur ten-
dance, avec l’Age toujours plus prononcée, 4 assumer uncaractére biolo-
gique particulier (de défense, de locomotion, d’orientation dans l’espace,
d'inhibition réciproque, de coordination, de corrélation, etc.) de l'autre ;
2° Phénomeénes dexcitabililé directe (aneurale) des muscles, existant
a cété des phénoménes moteurs d’ordre nerveux, et persistant aprés leur
disparition ainsi qu’aprés l’ablation de la moelle, d’un caractére plus mas-
(1) Je dois une orientation exacte dans l'appareil vestibulaire périphérique du
foetus a M. le prof. Nager, directeur de la Clinique oto-rhino-laryngologique a Zurich,
qui a eu l’obligeance de me fournir les explications nécessaires, et que je Liens a remercier
sincérement de son concours.
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CONFERENCE NEUROLOGIQUE 1245
sif, plus localisé, plus stéréotypé, bien que donnant également lieu 4 une
propagation des excitations et A une certaine variabilité des réactions.
La coexistence de ces deux types de phénoménes moteurs et l’indé-
pendance des réactions musculaires, du moins dans certaines conditions
(surtout lorsqu’ils’agit d’excitations intenses portant directement sur les
muscles, ou bien lorsque l’excitabilité nerveuse pour des raisons quel-
conques est diminuée ou abolie, tandis que l'excitabilité musculaire,
moins sensible, persiste), s’accordent bien avec les vues de Roux sur le
développement indépendant des divers organes pendant une premiére
période embryonnaire, ainsi qu’avee les résultats expérimentaux cités
(Wintrebert, Goldstein, Harrison, Hooker), surtout avee ceux de Win-
trebert sur des embryons de Sélaciens, qui distingue également ces deux
types de mouvement (voir II) dans le développement ontogénique et
conclut a la persistance latente du type musculaire primitif, automa-
tique et invariable, sous la domination ultérieure du systéme nerveux.
En effet, chez Vhomme également, cette excitabilité musculaire primi-
tive ne cesse jamais de persister, puisque chez l’adulte nous trouvons
également des phénoménes bien connus qui en relévent ; seulement les
muscles de l'adulte normal sont beaucoup plus sous la domination ner-
veuse que ce n’est déja le cas chez le foetus de 2 a 5 mois, et par consé-
quence l’excitabilité idio-musculaire se manifeste plus difficilement et
moins réguliérement. Mais il suffit que influence nerveuse sur les muscles
diminue ou soit éliminée comme c’est le cas dans les névrites ou dans
les affections de la moelle épiniére portant sur les cornes antérieures
(poliomyéiite aigué ou chronique), pour que l’excitabilité mécanique idio-
musculaire se montre augmentée (du moins aussi longtemps que l’atro-
phie du muscle n'est. pas devenue excessive, Babinski et Jarkowski, Deje-
rine) et réassume ainsi son caractére foetal ; par contre, on comprendra
qu'elle diminue ou disparait lorsqu’il s’agit d’une affection du muscle
lui-méme, 4 savoir surtout dans la myopathie progressive primitive (Erb,
Bechterew, Babinski et Jarkowski, Dejerine).
Nous admettons, en général, surtout grace aux travaux fondamentaux
de M. de Monakow, qu’on peut envisager différents troubles dans le do-
maine du systéme nerveux comme des répressions fonclionnelles a des
slades plus précoces du développement onto el phylogénique (sans cepen-
dant qu'il y ait jamaisune congruence compléte entre des phénoménes pa-
thologiques chez l’adulte et des phénoménes physiologiques pendant une
certaine phase de développement). Mais si jusqu’é présent, nous ne con-
sidérions ces troubles qu’au point de vue d’une régression 4 des stades
infantiles, on pourra désormais remonter plus haul el inclure une répression
possible a des stades fetaux dans la sphére de nos considérations. Et alors
différents phénoménes de la pathologie nerveuse nous apparaitront dans
un aspect nouveau. Ainsi, pour citer quelques exemples, l’inversion des
réflexes tendineux (lorsque la percussion d’un tendon détermine une con-
traction non du muscle excité, mais de son antagoniste), a été observée
dans différentes affections du systéme nerveux [inversion du réflexe tendi-
la
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1246 SOCIETE DE NEUROLOGIE
neux du triceps brachial, décrite tout d’abord par Souques dans |’hémi-
plégie accompagnant le tabes, puis au cours de différentes autres allec-
tions-myéliles, radiculites, tabes, etc. ; inversion du réflexe achilléen (ou
réflexe paradoxal du tendon d’Achille), signalée par Souques dans la
méme affection ; inversion du réflexe patellaire dans le tabes (Souques,
Dejerine el Jumentié) et dans la poliomyélite (Claude), ete. |. Or, nous
avons souvent observé le méme phénoméne (inversion du phénoméne
musculaire par contraclion de lantagonisle du muscle perculé) sur le felus,
soit qu’il existe pour certains muscles (par exemple, le triceps) durant
toute l’observation, soit qu'il vienne se substituer sous les yeux de |'ob-
servateur la contraction directe du muscle excité (voir chap. 5). Ll nous
semble done permis de considérer l'inversion pathologique des réflexes
chez l’adulte comme une régression a des conditions existant norma-
lement 4 une certaine période foetale, et nous ne pouvons que confirmer
lopinion de Dejerine que si ces inversions pathologiques sont facilitées
par l'excitabilité médullaire, elles peuvent se produire en dehors d’elle,
vu que chez le foetus il s’agit de phénoménes qui ne dépendent- pas de
la moelle.
Un autre fait bien connu en pathologie nerveuse,a savoir que dans les
paralysies spasmodiques centrales, comme Uhémiplégie ou mono-
plégie, surtout par lésion de voie pyramidale, certains muscles
prédominent sur leurs anlagonisles el délerminent ainsi des contractures,
pourrait étre considéré également comme un retour a une phase fcetale,
puisque chez le foetus nous constatons également des dilférences d’exci-
tabilité des muscles (provenant sans doute de différences dans la rapidité
de leur développement), et que ce sont précisément les muscles déter-
minant souvent la contracture dans l'hémiplégie organique (biceps, grand
pectoral, adducteurs du fémur) qui prennentle devant sur leurs antago-
nistes chez le foetus.
C’est 4 ce méme point de vue qu'on pourra envisager [irradiation el
la généralisalion des réflexes, Vélargissement des zones réflecogenes, lap-
parilion de phénoménes d’aulomalisme médullaire (Pierre Marie el Foi+r,,
de réflexes de défense, de locomotion, etc. (réflexes de flexion et d’exten-
sion ou phénoméne des raccourcisseurs et des allongeurs, réflexes de
flexion et d’extension croisée de Monakow, Pierre Marie, Babinski, Deje-
rine, Lhermitte, Head, Riddoch, etc.) qu'on rencontre chez l’adullte dans
des lésions organiques du systéme nerveux compromettant l’influence
des parties supérieures de lencéphale sur la moelle, ¢’est-a-dire surtout
au cours de différents syndromes paraplégiques (myélites transverses,
syringomyélies, scléroses combinées, scléroses en plaques, néoplasmes
spinaux, ele.) el hémiplégiques (surtout par lésion de la capsule interne
ou de la voie pyramidale). En effet, on retrouve tous ces phénoménes
ou plul6t leurs prototypes physiologiques chez le foetus de 2 4 5 mois
qui est un étre essentiellement bulbo-spinal (voir chap. u1, 7), mais of)
ils sont cependant beaucoup plus plastiques et plus variables que chez
Vadulte paraplégique, dont les réactions ont le plus souvent un carac-
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CONFERENCE NEUROLOGIQUE 1247
tere uniforme, stéréotypé (Lhermitte). Et c’est encore de la méme facon
qu’on peut chercher 4 expliquer [apparition de réflexes cervicaur dans
Uhémiplégie, chez le singe (d’aprés une propre observation, aprés l’abla-
tion de la frontale ascendante) et chez homme (Magnus et de Kleijn,
Simons) ainsi que de réfleces labyrinthiques de mouvement céphalique,
également dans des syndromes spasmodiques (d’aprés une observation
propre, non publiée, sur un nouveau-né hydrocéphalique).
Le réflexe plantaire en flexion de l'adulte normal posséde également son
précurseur foetal dans la flexion plantaire des orteils que, toutefois sans
participation du gros orteil, nous avons provoquée par |’attouchement
de la plante du pied chez des foetus du 5* mois, en accord avee les obser-
vations de Krabbe et de Bersot. Cette constatation semble mettre en
doute les vues des auteurs qui considérent le réflexe plantaire en flexion
comme un réflexe nécessairement cortical, vu qu’a cette période fatale
le cortex lui-méme ainsi que ses connexions avec la moelle sont encore
rudimentaires, et qu’il parait peu probable qu’il exerce déja une influence
sur la moelle. L’existence du réflexe plantaire en flexion chez le
foetus s’accorde plut6t avec les observations des cliniciens d’aprés
lesquels il peut exister aprés une transsection totale de la moelle
(Dejerine et Long, Dejerine et Lévy-Valensi, Dejerine et Mouzon,
Guillain et Barré, Claude et Lhermitte), sans toutefois qu’au sens
normal du réflexe corresponde aussi nécessairement un type nor-
mal (Guillain et Barré, Roussy et Lhermitte) ; ainsi, d’aprés ces
derniers auteurs, le gros orteil demeure souvent immobile, tandis que
les petits orteils se fléchissent, ou bien il se fléchit avec une lenteur frap-
pante, et souvent le frottement ne suflit pas 4 déclancher le réflexe qui
ne se laisse provoquer que par une piqire profonde. Le réle de lécorce
cérébrale, particuliérement de la frontale ascendante, dans la réalisa-
tion du réflexe plantaire en flexion consisterait’ donc, semble-t-il, plu-
tat a rendre le réflexe plus facilement excitable, et a y faire participer
le gros orteil d’une maniére plus réguliére, tandis que la flexion des orteils
comme telle serait une synergie de nature spinale.
Enfin, les mouvements choréo-athélosiques qu’on observe dans lhémi-
plégie, surtout dans la paralysie cérébrale infantile, dans des affections
du corps strié, ete., c’est-d-dire dans des cas de lésions portant plus ou
moins préjudice 4 l’influence du cerveau (hémisphéres et ganglions de
la base) sur les parties inférieures du névraxe, pourront étre envisagés
comme des phénoménes de régression ou plutét de rapprochement a
des formes foetales (et d’ailleurs aussi infantiles, Bersot) du mouvement,
puisque les mouvements de la téte, du trone et des extrémités du foetus
(de 2 4 5 mois) présentent les traits caractéristiques de mouvements
choréo-athétosiques.
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Légendes des Planches
Fig. 1. — Coupe horizontale de la moelle lombaire d’un foetus de 4 em. de longueur du vertex au
coeeyx (environ 5.5 em. de longueur totale). Age approximatif : un peu plus de deux mois.
Epaisseur de la coupe 154, Coloration 4 Vhématoxyline éosine. Grossissement : 60. 1 Ependyme ;
2 Lame grise ; 3 voile marginal; 4 neuroblaste mieux différencié de la corne antérieure ;
5 fibres intramédullaires de la racine antérieure ; 6 racine antérieure ; 7 ganglion rachidien ;
8 corne postérieure ; 9 museles du dos ; 10 racine postérieure ; 11 cartilage.
Fig. 2, — Coupe frontale passant par l'appareil vestibulaire droit d’un foetus de 4 em. de longueur,
du vertex jusqu’au coceyx (environ 5.5 em. de longueur totale du vertex jusqu’aux pieds),
Age approximatif : un peu plus de deux mois. Epaisseur de la coupe 159. Coloration 4 lhéma-
toxyline éosine. Grossissement environ 60, a. tache saceulaire saccule ; c. utrieule ; tache
utriculaire ; e, membrane des otolithes ; 7. eréte ampullaire ; g. eupule ampullaire ; 4. nerf facial;
i. labyrinthe eartilagineux ; j. ampoule ; k. canal semi-circulaire.
Planche If. — Coupe frontale passant par l'appareil vestibulaire (gauche), le nerf vestibulaire et
le bulbe d'un foetus de 4 em. de longueur du vertex jusqu’au eoeeyx (en) iron 5.5 em. de longueur
totale). Age: un peu plus de deux mois. Coloration 4 (hématoxyline éosine. Grossissement :
environ 60, — C. R. corps reetiforme ; N. D. noyau de Deiters ; F. 1. N. V. fibres intramédullaires
du nerf vestibulaire ; N. V. nerf vestibulaire ; G. 8. ganglion de Scarpa ; Lab. ¢. Labyrinthe ear-
tilagineux ; Amp. Ampoule ; Cu. Amp. Cupule ampullaire ; C. A. eréte acoustique ; C. 8. €.
canal semicireulaire ; T. p. N. V. Fibres périphériques du nerf vestibulaire.
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SOCIETE DE NEUROLOGIE
de Paris
Séance du 1* décembre 1921
Présidence de M, Henri CLAUDE, Président
SOMMAIRE
Communications et présentations.
]. Hémisyndrome Sympathique et Médullaire 4 type irritatif, 4 évolution intermit-
tente et rythmée, par MM. J. Basinsxi et J. Jumenrif. — Il. Un cas de Syndrome
Thalamique évolution régressive ; l'ataxie résiduelle, par M. J. Luensitre. — III.
Syndrome Thalamique avec autopsie, par MM. J. Luenmirre et Fumer — IV. Un cas
nouveau de Mouvements involontaires rythmés (consécutifs l’encéphalite épidémique),
traités avec succés par l'association du Gardenal et de la Scopolamine, par M E Kens
(Travail du service de M. Bawinskt). — V. Myasthénie bulbo-spinale avec contrac-
tions fibrillaires, par MM. J. A. Sicanp et J. Forestier. — VI. Méthode radiographi-
que d exploration de la Cavité Epidurale par le Lipiodol, par MM. J.-A. Sicarp et J.
Forestier — VII. Conscience ou inconscience de perception des Contractions Fibril-
laires, par M. J.-A. Sicanp. — VIII. M. Vincent. — IX. Kinésie paradoxale. Mu-
tisme parkinsonien, par MM. J. Banixski, B. Jankowski et Pricuer
Addendum a la séance de novembre 1921. — Un cas de Syndrome sous-thalamique (Hémi-
arésic, hémianesthésie. hémiasynergie, hémianopsie en quadrant supérieur), par MM. Cu
‘ox et H. Bourtrer (Travail du service de M. le Professeur Prenne Marnie a la Salpé-
triére)
COMMUNICATIONS ET PRESENTATIONS
1. — Hémisyndrome Sympathique et Médullaire a type irritatif,
a évolution intermittente et rythmée, par MM. J. Baninski et
J. JUMENTIE.
L’ observation clinique que nous rapportons est celle d'une malade de
la ville que nous n’avons pas pu suivre assez longtemps pour |’étudier
comme nous l’aurions désiré, qui toutefois bien qu’incompléte comporte
des faits sortant de la banalité et nous paraissant dignes d’étre mis en
lumiére.
Il s'agit Wune jeune femme de 28 ans qui, en 1915, montée sur une échelle 4 une
hauteur de 1 m. 50, fit une chute 4 plat ventre entrainant l’échelle avec elle. Elle ne
perdit pas connaissance, n’eut aucune blessure apparente et put continuer ses occupa-
tions le jour de accident et les suivants.
Quinze jours plus tard, elle commenca 4 souffrir de la paroi abdominale gauche ;
elle se plaignait de douleurs persistantes que la pression augmentait et qui lui donnaient
la sensation de plaie profonde. Ces douleurs s’accentuérent progressivement, et au bout
d'une annnée elles s’étaient étendues 4 la région lombaire ; en méme temps était apparue
au niveau de la face postérieure de l’os iliaque une sudation locale dans une zone de
la largeur de la paume de la main environ, Cette zone s’élargit petit a petit prenant
la forme d'une demi-ceinture encerclant la région lombaire et la portion sous-ombilicale
‘du cdté gauche, Depuis, ce territoire s'est agrandi, atteignant d’abord la cuisse jus-
qu au genou et occupant maintenant tout le membre inférieur gauche.
Cette hémisudation n’est pas continue, elle se produit par crises d'une durée de six a
Sept heures, séparées par des périodes d’arrét de douze heures environ. Il y a dans la
reproduction de ces crises, dans la succession des phénoménes qui les constituent une
régularité impressionnante, un véritable rythme dont il est difficile de saisir la cause.
Examen de la malade. — La malade est en crise depuis quatre heures au moment
1252 SOCIETE DE NEUROLOGIE
ot: nous la voyons; on a déja da lui renouveler son linge 4 trois reprises tellement la
sudation est abondante. Quand on la découvre, onconstate que sachemise, littéralement
trempée dans la portion qui recouvre a gauche la moitié inférieure du ventre et la
cuisse, est moulée sur la peau qu'elle laisse transparaitre ; on a dd protéger le lit par un
drap plié en plusieurs doubles. Toute la moitié inférieure du corps au-dessous d'une
ligne horizontale passant 4 un travers de doigt plus bas que l'ombilic ruisselle de sueur
(voir fig. 2). Sion essuie la peau de cette région, elle reste humide et rapidement on voit
sourdre la sueur a sa surface. Cette sudation se produit par poussées successives et est:
accompagnée d'une série d'autres phénoménes dont l'ordre d’apparition est le suivant
Fig. 1. — Sechéma indiquant au niveau de la paroi sous-ombilicale gauche de l’'abdomen:
1° Les plis horizontaux déterminés par la contraction du musele grand droit
2° Les plis obliques soulevés par la contraction des digitations costales inférieures du grand
oblique,
3° L’absence du grisé correspond au territoire ot se produit la paleur des téguments au moment de
Ja contraction maxima,
La paroi abdominale sous-jacente 4 la ligne sous-ombilicale indiquée (territoire de
la 10° racine dorsale gauche) se ride de gros plis horizontaux sous influence de la con-
traction de la portion sous-jacente du muscle grand droit en méme temps que lombilic
est attiré en bas et a gauche ; elle se déprime en outre latéralement sous la traction des
digitations costales inféricures du grand oblique (voir fig. 1). L’apparition de ces rides et
dépressions se fait progressivement ; en 3a 4 secondes elles atteignent leur maximum
Wintensité et elles persistent au méme degré pendant 25 4 30 secondes, se relichant
toutefois légérement vers la 15° pour reprendre aussit6t. Quand la contraction de ces
muscles cesse, la paroi adbominale redevient lisse et, aprés une pause de 10, 15 ou 20 se-
condes, elle se plisse de nouveau exactement de la méme facon.
Au moment ow la contraction des muscles de la paroi abdominale se produil, une
réaction pilomotrice intense apparait (chair de poule) dans toute la moitié inférieure
gauche du corps au-dessous de la ligne sous-ombilicale indiquée et elle dure auss!
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CONFERENCE NEUROLOGIQUE 1253
longtemps que la contraction des muscles de la paroi, disparaissant pendant la période
de relachement de ces derniers, Il existe un synchronisme parfait entre la contraction
des muscles lisses de la peau et de ses annexes et celle des muscles striés sous-jacents.
A mesure que cette contraction musculaire Lonique se prolonge, un autre phénoméne
se produit : la peau en D 10, D 11, D 12 devient exsangue et tranche par sa paleur sur
la teinte rosée des parties du corps avoisinantes (voir fig. 1). Ce phénoméne de vaso-
constriction des capillaires se retrouve, a un degré moindre, 4 la partie supérieure de la
cursse en
Lorsque la contraction a atteint son maximum d'intensilé et que la peau a pali, la
sueur se met & sourdre de chaque orifice glandulaire.
Enfin, dans cetle vaste zone, la température locale est notablement abaissée,
Aux contractions Ltoniques rythmées des muscles abdominaux, s'associent des con-
tractions du méme type des museles fléchisseurs de la cuisse sur le bassin, du quadriceps
fémoral et du jambier antérieur, Parfois enfin, aucours d'une contraction plus violente,
le trone s'incurve latéralement a gauche et une véritable lordose se produit, augmentant
la cambrure des reins. Les anses intestinales ne se sont 4 aucun moment dessinées sous
la paroi abdominale pendant ces crises,
Tels sont les phénomeénes qui se reproduisent rythmiquement toutes les quarante-cing
secondes environ et persistent pendant une demi-minute. Durantsix, sept ou huit heures,
ce rythme se poursuit ; dans la derniére heure, les contractionss espacent et diminuent
progressivement dintensitlé, la paleur des téguments est moins prononcéc et la sudation
moins abondante,
La malade, pendant ces longues heures, souffre ; chaque contraction s’accompagne
de douleurs vives, localisées aux régions lombaire et abdominale, et la pression déter-
mine en ces points une sensation pénible de bralure profonde quand la crise est passée,
Pas de diminution de la foree musculaire du membre inférieur gauche malgré la sensa-
tion de lourdeur et de fatigue éprouvée par la malade.
Les réflexes rotulien, achilléen, et celui des adducteurs du cété gauche sont netlement
plus vifs pendant la crise ; la percussion de la malléole interne gauche provoque non
seulement la contraction des muscles adducteurs, mais encore celle du quadriceps crural
et du droit interne ; il existe une diffusion de Pexcitabilité réflexe de ce cote,
Les réflexes cutanés abdominaux sont douteux. I n’y a pas d’extension du gros orteil,
Le pincement du dos du pied détermine un mouvement de flexion dorsale du pied
et de retrait du membre inférieur qui se confond avec celui qui accompagne souvent
la contraction des muscles abdominaux,
La recherche de la raie vasomotrice sur labdomen et la cuisse donnait les rensei-
gnements suivants ; dans toute Pétendue du edté droit (coté normal) et dans la portion
sus-ombilicale du coté gauche (cété malade) apparition lente de la raie rouge qui persis-
lait assez longtemps ; dans la portion sous ombilicale jusqu’au pli de laine, du cédté
gauche, la raie rouge faisait défaut quelle qu’ait été Vintensité de Vexcitation. A la
racine de la cuisse, la friction de la peau était suivie de Vapparition rapide d'une raie
rouge qui diffusait, ne s’entourait pas de raies blanches et disparaissait rapidement,
La recherche des réactions pilomotrices ne nous a donné des résultats que par exci-
tation profonde de la région cervicale latérale. Pratiquée au moment ot la crise dimi-
nuait Pintensité, elle nous a montré que la réaction ansérine, normale sur tout le coté
droit du corps, ne pouvait étre provoquée 4’ gauche que sur le membre supérieur, le
thorax et la portion sus-ombilicale de Vabdomen ; elle était absente dans la portion sous-
jacente du corps a partir de la ligne déja indiquée, c’est-a-dire dansle territoire ou cette
reaction se produisait spontanément a l'occasion des contractions (voir figure 2),
Aucun trouble de la sensibilité superficielle (tact, douleur, température), ni de la
sensibilité profonde (notion de position, sensibilité vibratoire),
Dans la premiére heure de chaque crise, la malade éprouve des envies fréquentes
Wuriner; les besoins sont si impérieux qu'il lui arrive de perdre quelques gouttes d'urine
si elle ne peut les satisfaire immédiatement. Jamais elle n’éprouve ce phénoméne en
dehors des crises ; il est constant quel que soit le moment de la journée ou de la nuit
ou surviennent celles-ci,
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Fig. 2. — Schéma montrant la topographie
des réactions pilomotrices et sudorantes.
Le quadrillé indique le territoire cutané
ol se produisent spontanément ees réac-
tions (moitié gauche du corps au-dessous
de la ligne zz’).
Les hachures marquent la topographie de
la réaction pilomotrice normale provoquée
par excitation cerviecale. Celle-ci a droite
en détermine l’apparition sur toute l’éten-
due de la moitié homologue du corps ;
l'excitation latérale gauche du cou ne
détermine « la chair de poule » que sur la
partie supérieure du corps au-dessus de la
ligne 2’.
SOCIETE DE NEUROLOGIE
Vers la fin de la crise, les contractions
sont trés espacées; la peau de Vabdomen et du
membre inférieur gauches est moite : la suda-
tion, bien que trés réduite, se produit encore
dans les mémes conditions (au moment de la
contraction abdominale), mais la paleur des
téguments n’existe plus, En dehors des
périodes de contraction devenues alors trés
rares, la paroi abdominale gauche dans sa
portion sous-ombilicale est un peu globu-
leuse et proéminente quand la malade est
debout ; elle se laisse plus facilement dépri-
mer 4 la palpation que la moitié opposée. Le
réflexe abdominal supérieur existe, l’inférieur
est douteux, Les réflexes tendineux sont rede-
venus des deux cdtés, Les réactions vasomo-
trices provoquées sont sensiblement égales
droite et A geuche.
En résumé, nous nous trouvons en
présence :
1° syndrome sympathique uni-
latéral caractérisé par des troubles
des réactions sudorales, pilomotrices,
vasomotrices et thermiques occupant
la moitié gauche du corps au-dessous
dune ligne séparant les 10¢ et 11¢ ter-
ritoires cutanés radiculaires dorsaux
et présentant son maximum d’inten-
sitéen D11,D Ret LI.
2° De phénoménes médullaires con-
comitants : exagération des réflexes
tendineux et périostés du membre
inférieur correspondant, avee exagé-
ration des réflexes de défense ; contrac-
tions toniques rythmées de la moitié
sous-ombilicale du muscle grand droit,
des deux derniéres digitations costales
du grand oblique, du psoas-iliaque,
du quadriceps fémoral et du jambier
antérieur traduisant une irritation des
filets radiculaires de D 10, D 11, D 12
etL1,L 2,L3,L4et L5 ou de leurs cellules d’origine ; troubles sphinctériens.
Ces phénoménes sympathiques et médullaires 4 topographie commune
marchent de pair, apparaissant en méme temps et s’épuisant de méme.
Dans la période de douze heures qui sépare les crises ils semblent faire
défaut ; il subsiste seulement un peu de relachement hypotonique de la
moitié sous-ombilicale gauche de la paroi de l’abdomen. Durant la crise,
il existe un synchronisme parfait des contractions des muscles lisses de
1254
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CONFERENCE NEUROLOGIQUE 1255
la peau (innervation sympathique) et des muscles striés de l'abdomen et
du membre inférieur (innervation médullaire).
Le rylhme de ces phénoménes est_un point sur lequel nous tenons &
insister, car 4 notre connaissance des fails analogues n’ont pas été publiés.
Si Mme Dejerine et André Thomas ont eu loceasion de constater chez
les geands blessés de la moelle des crises sympathiques plus ou moins
durables, permanentes méme comme chez le malade dont l'histoire
anatomo-clinique a été rapportée récemment par Mme Dejerine et l'un
de neus (1), jamais ces auteurs n’ont observé les poussées rylhmées que
nous décrivons dans cette observation.
Ce rythme a les caractéres suivants :
1° Crises sympathiques de 6 4 7 heures de durée ; séparées par des
péeriodes de calme de 12 heures.
20 Chaque crise elle-méme est discontinue, les contractions Loniques des
muscles lisses et striés, la sudation, la réaction pilomotrice, les spasmes
vasculaires ont une durée de 30 secondes environ avec une légére et trés
courte rémission vers la 15® seconde, puis survient une période de relache-
ment de 15 4 20 secondes.
Un pareil syndrome traduit indubitablement une lésion sympathique
gauche ; il dénote en outre une participation de la moelle.
Est-il possible de situer exactement cette lésion qui intéresse a la fois
le sympathique et la moelle ? La limite supérieure de la zone de production
de tous les phénoménes spontanés sympathiques et spinaux (ligne sépa-
rant les 10¢ et 11¢ territoires cutanés radiculaires dorsaux) indique une
atteinte des voies sympathiques gauches a cette hauteur, mais il est diffi-
cile de préciser si ces voies ont été intéressées dans leur trajet intra ou
extra-médullaire.
Une interruption de la chaine sympathique gauche entre les 9% et
10¢ ganglions thoraciques pourrait en effet expliquer d’une part l'appa-
rition spontanée des phénoménes sympathiques dans la portion du corps
en relations avec le segment de la chaine sous-jacente a la lésion, de Vautre
larrét 4 ce méme niveau du réflexe pilomoteur encéphalique absolument
normal dans les régions sus-jacentes (cervico-brachiale et thoracique
gauches).
Les phénoménes médullaires qui accompagnent la crise devraient étre
mis alors sur le compte d’un retentissement de l'excitation sympathique
sur les segments médullaires dorsaux inférieurs et lombaires par Vinter-
meédiaire des rami-communicantes.
Un peut aussi, et c’est Vhypothése qui nous parait la plus vraisemblable,
adimettre que la lésion porte non plus sur la chaine mais sur la colonne
sympathique inira-médullaire, au niveau des 11¢ et 12¢ segments dorsaux
et du Ie segment lombaire, dans la partie postéro-externe de la corne
(1) Tumeur intramédullaire de nature complexe : prolifération épithéliale et glieuse
avec hématomyélie et cavités médullaires ; syndrome de compression lente de la
moelle et réaction pilomotrice permanente. Mve J, Dejerine et J. Jomentié, Soc. de
Neurol., novembre 1921.
SOCIETE DE NEUROLOGIE
1256
latérale gauche et qu'elle s’étend dans Ja corne antérieure jusqu’aux cel-
lules radiculaires des muscles intéressés. Cette lésion devrait étre toutefois
de dimensions extrémement réduites, puisque nous ne constatons chez
cette malade aucune atrophie musculaire, et qu'il existe une intégrité
parfaite de toutes les sensibilités et une absence de tout phénoméne
irritation pyramidale entre les crises.
I] nous parait impossible de ne pas tenir compte dans l’étiologie de
ces troubles, du traumatisme violent qu’a recu cette malade. La radio-
graphie ne nous a toutefois révélé aucune lésion osseuse.
En terminant, nous ferons remarquer que cette observation clinique
met en évidence l’indépendance de la sécrétion par rapport a la circula-
tion, puisque la sueur perlait des orifices glandulaires au moment ov la
peau de la paroi abdominale présentait son maximum de paleur par suite
de la contraction tonique vasomotrice.C est d’ailleurs 1a une notion établie
depuis longtemps par les physiologistes.
11. — Un cas de Syndrome Thalamique 4 évolution régressive ;
l'ataxie résiduelle, par M. J. Luermitre.
Si depuis les travaux de Dejerine et Roussy les éléments du « syndrome
thalamique » sont rigoureusement déterminés, il n’en va pas de méme
pour ce qui est de son évolution, Celle-ci parait, en effet, soumise a de
grandes variations et 4 coté des formes ol ce syndrome s’immobilise et
se fixe définitivement, il en est d’autres qui manifestent une régression
extrémement rapide et frappante.
C'est précisément un cas de ce genre que nous voulons présenter aujour-
d’hui.
OBSERVATION. — Lin..., Agé de 46 ans, présente un passé pathologique chargé.
Paludisme en 1896, fiévre paratyphoide en 1919 ; en 1921, on constata une glycosurie
sans accompagnement de symptomes diabétiques accompagnée de céphalées.
Pas de syphilis : Réaction de B. W. négative.
Le 14 septembre 1921 au matin, le malade éprouve comme un bourdonnement sous
la Lempe droite, sa vue s’obscurcit, il tombe a terre sans perdre connaissance ; il appelle
i Vaide et se met au lit.
Le 15 septembre, on constate une hémiplégie gauche avec déviation des traits 4 droite
‘t des yeux a gauche, Les membres paralysés sont en hypertonie ; de temps en temps,
apparaissent de petits mouvements athétosiques dans les trois premiers doigts de la
main gauche.
La sensibilité superficielle est conservée, Landis que les sensibilités profondes sont
altérées surtout a lextrémité distale des membres.
Le réflexe plantaire s’effectue en extension a gauche.
Le 19 septembre : aucune déviation des traits ni du regard. Les membres supérieurs
et inférieurs gauches sont nettement parésiés. Cependant les mouvements sont possibles
mais s’exécutent avec une trés grande incoordination. Aussi bien la main que le pied
manquent le but et le malade est incapable de toucher avec un doigt le menton, le
nez, l’oreille et avec le talon le genou du membre opposé. La dismétrie est des plus
évidentes et le membre pendant l'exécution du mouvement commandé dévie trés
légérement de la ligne de but. De plus, le sujet ne peut maintenir dans une position fixe
le bras ou la jambe. Adiadococinésie du coté gauche des plus nettes,
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CONFERENCE NEUROLOGIQUE 1257
La force musculaire ¢lémentaire est conservée sans modification appréciable.
Les muscles de la face ne sont plus parésiés, la langue est tirée correctement et l'occlu
sion isolée d'un ceil s’effectue normalement.
La force musculaire est diminuée du cété gauche.
La sensibilité subjective est A peine troublée et c’est seulement a la suite des interro
gatoires que le malade déclare ressentir quelques fourmillements dans la main gauche.
Quant a la sensibilité objective, on reléve que le tact est normal (pinceau de blaireau
ouate) ainsi que la thermoesthésie et la sensibilité 4 la douleur. Les perceptions calo-
riques (chaud et froid) sont correctes bien qu'un peu lentes des deux cdtés.
Les sensibilités profondes sont complétement récupérées, le diapason est normalement
percu méme a l’extrémité distale des membres, le sens des attitudes segmentaires parait
intact et les perceptions stéréognostiques sont absolument normales.
Les réflexes lendineuwr sont un peu plus vifs du cété gauche et méme on peut provoquer
une ¢bauche de clonus du pied. Le réflexe massétérien est normal.
Les réflexes cutanés crémastériens sont conservés, et les abdominaux sont légérement
diminués 4 gauche, Quant au réflexe plantaire, excitation du bord interne provoque
la flexion dé lorteil tandis que celle du bord externe détermine l’extension du gros orteil.
Il n’existe pas de réflexe dit de défense.
Aucune perturbation vaso-motrice trophique ou sphinctérienne.
L’examen oculaire pratiqué le 12 octobre par le D* Bollak montre l’existence d'une
inégalité pupillaire légére P. D. 7 Pg. Les réflexes lumineux sont normaux et il n’existe
aucun trouble de la musculature extrinséque. Le champ visuel est normal. La tension
artérielle est de Mx 14, Mn. 9. et indice oscillométrique est de 10 a droite et de 12
a gauche.
Le 30 novembre 1921, le malade revient de convalescence en apparence complétement
guéri, La marche est en effet normale et les mouvements délicats de la main sont exécutés
presque correctement.
La force musculaire est parfaitement conservée et le Lonus musculaire normal.
Aucun trouble perceptible dans la musculature de la face, des yeux, de la langue.
Aucun mouvement associé ; signe de la flexion combinée de la cuisse et du trone
négatif.
Signe du peaucier positif 4 gauche.
L’ataxie, bien que trés améliorée, persiste encore. On peut la mettre en évidence par
les épreuves classiques La station sur le pied gauche s’accompagne d’oscillations qu'aug-
mente loeclusion des yeux, Les mouvements élémentaires du membre inférieur s'effec-
tuent avec brusquerie et dismétrie légére (flexion de la jambe sur la cuisse, action de
toucher avec le talon le genou opposé). Le malade ne peut que trés difficilement
toucher avec index gauche, l’index droit, les deux bras étant en demi-flexion. On ne
constate aucune asynergie des muscles des membres avec ceux du tronc.
La diadococinésie est parfaitement normale des deux cdtés.
Les réflexes tendineux sont légérement plus vifs du cété gauche ; le contro-latéral
existe de ce cété.
Pas de clonus du pied ni de la rotule.
Les réflexes cutanés crémastériens et abdominaux sont normaux,.
Le réflexe plantaire est en flexion nette 4 droite et aboli 4 gauche pour le gros orteil,
seuls les petits orteils se fléchissent.
Lephénoméne d’Oppenheim est négatif, de méme que le signe de Strumpell, le réflexe
de Mendel-Bechterew. Pour ce qui est de la sensibilité, le malade déclare n’avoir jamais
cprouvé la plus minime sensation douloureuse du célé gauche ; les seules sensations
anormales consistent en une sorte d’engourdissement de la main gauche et en une per-
ception de froid a la face externe de la cuisse de ce cote.
Il n’existe aucun trouble de la sensibilité superficielle pas plus que la sensibilité
profonde. Le tact, la douleur, la pression sont normalement percues, et le malade re-
connait immédiatement tous les objets que l'on place dans sa main, il en apprécie trés
rapidement et trés exactement toutes les qualités.
La pallesthésie n'est pas troublée non plus que le sens des attitudes segmentaires ;
REVUE NEUROLOGIQUE, — T. XXXVI. 80
7
:
1258 SOCIETE DE NEUROLOGIE
le sujet peut facilement reproduire avec la main saine toutes les attitudes que l'on
donne a la main gauche et vice versa.
Les cercles de Weber ne sont pas nettement augmentés puisque 2 pointes séparées
de 5 mm. sont percues a la pulpe des doigts, et celles séparées de 10 mm. sont identifiées
a la paume.
On ne constate aucun trouble vaso-moteur, trophique ou sphinctérien.
L’état psychique est parfaitement normal.
Il n’existe aucun symptéme traduisant une lésion viscérale; et examen des mines
a montré que celles-ci ne contenaient ni sucre ni albumine.
Ainsi qu’on le voit d’aprés cette observation, si le diagnostic de syndrome
thalamique de Dejerine-Roussy s’imposait pendant les premiers jours
qui suivirent lictus, il n’en est plus de méme aujourd'hui. Et il serait
trés difficile, si l'on ne tenait pas compte de l’évolution de la maladie,
identifier 4 ’heure actuelle le tableau clinique que nous avons sous les
yeux.
Parmi les phénomeénes les plus frappants, deux ont complétement dis-
paru : hémiplégie et les troubles de la sensibilité profonde. Seule l’ataxie
persiste, bien que trés notablement atténuée.
Ainsi que nous y avons insisié, il est remarquable de constater que l’in-
coordination motrice actuelle ne s’accompagne d’aucune perturbation
objective de la sensibilité profonde. Ataxie et troubles de la coordination
motrice s’avérent donc comme deux phénoménes jusqu’aé un certain point
indépendants l'un de l'autre. Qu’il s’agisse ici d’incoordination a type
ataxique et non pas a type cérébelleux, la chose nous para‘t d’autant
moins discutable que pendant les premiers jours qui suivirent l’ictus,
Patavie était des plus frappantes et pouvait étre identifiée avec celle des
grands tabétiques.
Aujourd’hui encore, nous ne relevons aucun symptome de la série céré-
belleuse : aucune asynergie, aucun tremblement,aucun trouble de la dia-
dococinésie, aucune ébauche du signe de flexion de cuisse sur le bassin.
I] est A remarquer aussi que, de méme que chez la malade,dont nous rap-
portons plus loin l'histoire, | hémiplégie se doubla pendant les premiers
jours d’hypertonie.
Pour ce qui a trait 4 la sensibilité subjective, nous avons relevé qu’a
aucun moment notre malade n’a éprouvé aucune douleur et que, aujour-
d’hui, les seules sensations anormales se réduisent & un engourdisse-
ment léger de la main gauche et a des sensations de froid dans la cuisse
gauche.
Bien qu’il soit toujours hasardeux de se prononcer au sujet de la nature
de la lésion thalamique,nous croyoens qu'il s’agit ici d’un foyer hémorra-
gique de la covche optique. Et cela en raison de la disparition trés rapide
des phénoménes moteurs et sensitifs. Seule, une hémorragie limitée du
thalamus qui comprime plus qu'elle ne détruit nous semble capable de
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CONFERENCE NEUROLOGIQUE 1259
réaliser une telle évolution du syndrome thalamique, évolution qui per-
met de supposer la disparition compléte et prochaine de tous les éléments
du syndrome,
Syndrome Thalamique avec autopsie, par MM.J. Luermitrre
et FuMer.
L’observation clinique et anatomique que nous rapportons nous parait
presenter un double intérét. D’abord en ce qu'elle montre objectivement
une lésion exactement limitée a la région postéro-externe de la couche
optique, puis en ce qu'elle permet de suivre, depuis son début, l’évolu-
tion du syndrome thalamique de Dejerine et Roussy.
M™e Char..., 74 ans.
Ils'agit d'une malade Agée de 74 ans qui est entrée 4’ Hospice Paul-Brousse le 17 sep-
tembre 1920 pour sénilité, son age ne lui permettait plus de travailler : elle ne présentait
alors aucune infirmité, pas de maladie chronique, et 'examen du systéme nerveux
praliqué a son entrée ne décela aucun trouble neurologique.
Ses antécédents héréditaires et personnels ne présentent rien qui soit digne d’intérét,
sice n'est toutefois qu’ayant été mariée elle eut cing enfants dont deux sont morts
en bas age et fit quatre fausses couches,
Le 28 mars 1921, au cours de laprés-midi, la malade qui vaquait 4 ses occupations
éprouve une sensation vertigineuse et tombe sans toutefois perdre complétement
connaissance. Dés ce moment, elle présente une hémiplégie droite: elle entre aVinfirmerie,
sa parole est alors trés bredouillée, son intelligence un peu troublée : elle comprend pour-
tant les questions posées et Vy répond.
Le 30 mars 1921, Vexamen détaillé de la malade montre qu'elle est atteinte d'une
hémiplégie droite. Les membres supérieur et inférieur droits restent immobiles malgré
les ordres donnés : ils retombent lourdement quand on les abandonne aprés les avoir
souleves.
Motilité. — Tous les mouvements passifs sont possibles.
La motilité active est par contre presque abolie du cété droit : si l'on commande a
la malade de lever la jambe ou le bras de ce coté, elle commence par exécuter le mouve-
ment avec le membre opposé et ne parvient finalement qu’a déplacer légérement ses
doigts ou ses orteils du cété atteint.
A la face, les plis du visage sont un peu effacés du edté droit. La commissure labiale
est un peu déviée a gauche, on ne constate pas de déviation de la langue.
La malade peut fermer simultanément les deux yeux et I'ceil gauche isolément, mais
locclusion isolée de l'oeil droit ne peut se faire que d’une facon imparfaite.
Les mouvements d’élévation et d’abaissement des soureils se font correctement.
Il n'y a pas d*hémianopsie.
Tonus. — Des cette époque, on constate déja une hypertonie assez nette des membres
atteints,
Sensibilité. — Il n'y a aucun trouble de la sensibilité subjective : ni picotements, ni
fourmillements, ni engourdissement.
La sensibilité objective est au contraire trés profondément atteinte.
Sensibilité superficielle. — La sensibilité au tact, a la piqdre, auchaud et au froid, est
complétement abolie dans les membres supérieur et inférieur droits, Elle est’ trés
diminuée dans la moitié correspondante de l’'abdomen, du thorax, du cou et de la face,
avec anesthésie cornéenne droite, la sensibilité des muqueuses nasale et linguale est
conservee.,
Sensibilité profonde. — Complétement abolie dans les mémes limites : les vibrations
ne sont percues nulle part du cété droit : le sens des attitudes segmentaires est aboli
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1260 SOCIETE DE NEUROLOGIE
Réflectivité. — Les réflexes cutanés abdominaux et palmo-mentonniers sont abolis
des deux cotés, le réflexe plantaire se fait en flexion 4 gauche ; 4 droite il s’oblient en
extension par excitation marginale externe.
Le signe des raccourcisseurs existe du cété droit ainsi que les réflexes d’automa-
tisme : flexion du pied et extension des orteils par pincement de la peau du cou-de-pied ;
retrait du pied et de la jambe par excitation de la plante.
Les réflexes tendineux ne sont guére modifiés : les réflexes achilléens, rotuliens, adduc-
teurs, sont vifs et sensiblement égaux des deux cétés, Les réflexes stylo-radiaux, radio-
pronateurs et tricipitaux sont un peu plus vifs 4 droite qu’a gauche.
Le réflexe orbiculaire buccal existe.
Troubles trophiques et vaso-moteurs : la peau du cété paralysé est plus chaude et
plus humide que du coté sain.
Troubles sphinctériens : la malade perd ses matiéres et ses urines.
Examen ophtalmologique (D* Bollack). — Pas de strabisme ni de nystagmus ; les
pupilles sont égales ; les réflexes pupillaires sont tous normaux ; le fond de l'ceil est
normal, Intégrité du champ visuel tant pour le blane que pour les couleurs.
La réaction de Bordet-Wassermann dans le sang est négative.
La pression artérielle mesurée 4 loscillométre de Pachon est :
Mc = 21 Mn 12 i.o. 10.
Psychisme. — Le jour de Vietus, la malade présentait un peu d’obnubilation, bre-
douillait, cherchait un peu ses mots,
Dés le surlendemain, l'état intellectuel semble étre devenu & nouveau tout a fait nor-
mal. Il n’y a plus aucun trouble de la parole. La malade est trés bien orientée, se rend
parfaitement compte de son état, comprend toutes les questions posées et y répondavec
intelligence.
A partir de cet examen, on assiste chaque jour 4 une régression lente et progressive
des troubles moteurs et sensitifs. La motilité se récupérant d’une fagon assez rapide,
la sensibilité faisant moins de progrés, surtout en ce qui concerne la sensibilité profonde.
Le 1] avril (deux semaines aprés lictus),on constate une amélioration sensible de la
motilité : la malade a d’abord pu remuer les doigts, ébaucher des mouvements d’addue-
tion du membre inférieur, puis peut effectuer de légers mouvements de flexion et d’exten-
sion de 'avant-bras sur le bras, et de la jambe sur la cuisse.
La sensibilité n'est plus complétement abolie dans les membres paralysés. Les pi-
qares sont percues aprés sommation de l'excitation, mais avee de trés grosses erreurs
de localisation.
Les mouvements d’automatisme sont trés nets : on obtient la flexion du pied par
pincement de la peau de la cuisse.
Le 18 avril, ces progrés deviennent plus nets : les mouvements ébauchés par la malade
deviennent un peu plus étendus, les piqdres du coté atteint sont percues immédiatement,
mais d’une maniére assez fruste et toujours avee de grandes erreurs de localisation. La
sensibilité au tact reste nulle ; la sensibilité profonde semble légérement moins atteinte
au membre inférieur of: les mouvemets étendus des grandes articulations commencent
a étre percus par la malade.
En méme temps, le réflexe achilléen devient polycinétique du coté droitet lon constate
de ce méme coté une ébauche de clonus du_ pied.
Le 18 mai, la malade est arrivée ainsi peu 4 peu 4 un slade de réecupération motrice
et sensitive qui ne se perfectionnera plus beaucoup par la suite :
A cette date, des mouvements assez complexes des membres paralysés sont devenus
possibles, la malade peut élever le bras au-dessus du plan du lit, arrive a toucher sa
figure avec sa main:elle peut fléchir et étendre simultanément ses doigts, effectuer
des mouvements assez rapides de pronation et de supination de l'avant-bras.
La jambe peut étre fléchie sur la cuisse et la cuisse sur le bassin, le membre inférieur
peut étre porté en adduction, abduction ou rotation légéres, on obtient méme quelques
mouvements de pédale du pied.
La recherche de ces mouvements montre que la sensibilité reste beaucoup plus forte-
ment atteinte : la malade, avant de remuer un membre, commence par le regarder
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CONFERENCE NEUROLOGIQUE 1261
pour se rendre compte de sa situation: ces mouvements d’ailleurs sont trés incoordonnés,
trés ataxiques.
La sensibilité superficielle est toutefois assez nettement améliorée : les sensations
tactiles et les piqdres sont percues immédiatement et les erreurs de localisation sont
maintenant assez minimes.
Le sens stéréognostique reste aboli : si l'on met un objet dans la main de la malade,
elle sent qu'elle tient quelque chose, mais ne peut ni dire quoi, ni définir aucun de ses
caractéres.
La sensibilité profonde s’est récupérée de facon beaucoup plus sommaire pour le
membre supérieur: le sens des attitudes segmentaires reste aboli ou presque. Au
membre inférieur, les grandes modifications d’attitude sont reconnues par la malade :
les petits déplacements lui échappent encore.
La Baresthésie reste trés atteinte aux membres supérieur et inférieur.
La Pallesthésie est abolie également pour tous les os du membre supérieur et au mem-
bre inférieur pour les os du pied ; 4 partir des malléoles et pour la face interne du tibia,
la rotule, le fémur, les vibrations du diapason sont percues plus faiblement, il est vrai,
que du cété sain, mais sans autre modification de caractére.
il n'y a toujours pas de troubles de la sensibilité subjective.
L’étude des réflexes ne montre pas de grandes modifications, si ce n'est que les ré-
flexes cutanés plantaires se font maintenant en flexion des deux cdotés,
A partir de ce dernier examen, on ne constate plus “de progrés sensibles dans l'état
de la malade
Les examens détaillés pratiques pendant les mois de juin, juillet et aodt ne permettent
plus de mettre en évidence des améliorations nettes de la motilité et de la sensibilité.
L’état général décline peu a peu ; des eschares sacrées et talonniéres apparaissent ;
les membres paralysés se contracturent en flexion, la téte se fixe en inclinaison latérale
droite.
L’état intellectuel, un peu déficient par rapport 4 ce qu'il était au début de laffection,
reste pourtant bien assez satisfaisant pour permettre l'examen détaillé de la _malade :..
elle peut en particulier dire de fagon trés précise qu’A aucun moment elle n'a présenté
de troubles de la sensibilité subjective, n’a ressenti aucune douleur spontanée, aucun
engourdissement ni fourmillement, aucune sensation anormale dans les membres,
atteints a Vétat de repos,
Le 29 aodt 1921 apparaissent les signes d'une bronchopneumonie double qui emportera
la malade : la température monte a 39°, la langue devient séche et rotie.
Une zone soufflante s’entend a la partie moyenne du poumon droit, ainsi que quelques
riles sous-crépitants a la base.
Le 4 septembre, une nouvelle zone soufflante apparait dans le poumon gauche. Le
pouls devient fréquent, arythmique ; la malade entre dans un état semi-comateux, la
mort survient le lendemain,
En résumé, aussit6t aprés un ictus sans perte de la connaissance, la
malade présentait tous les signes du syndrome thalamique hormis
les phénoménes douloureux. L’hémiplégie, trés accusée pendant les pre-
miers jours,s’améliora assez rapidement, de méme que l’'anesthésie super-
ficielle, laquelle apparaissait compléte, non seulement sur les membres
mais sur le trone, la face et méme la cornée. En méme temps que réappa-
raissaient les mouvements dans les membres paralysés se montrait lataxie
des membres supérieurs et inférieurs. Les troubles de la sensibilité se limi-
taient aux sensibilités profondes : pallesthésie, sens des attitudes segmen-
taires, baresthésie. perception stéréognostique. Celles-ci étaient toutes
complétement abolies et le demeurérent presque intégralement jusqu’a
la mort qui survint 5 mois aprés le début des accidents. Nous ajouterons
—
x
1262 SOCIETE DE NEUROLOGIE
que la patiente avait perdu la sensibilité ostéo-articulaire, au point qu’elle
était obligée, avant d’exécuter avec l'un de ses membres paralysés Je
mouvement commandé, de contréler préalablement par la vue la situa-
tion dans laquelle se trouvait le membre a mobiliser.
Avant d’en finir avec les troubles sensitifs, nous rappellerons qu’é aucun
moment la malade non seulement n'a jamais éprouvé de douleurs mais
qu'elle n’a jamais ressenti de sensations anormales quelconques.
A lautopsie, nous constatons l’intégrité du cortex et de tout le trone
encéphalique. La seule lésion consistait en un foyer ocreux hémorra-
gique siégeant exactement dans la région postéro-externe de la couche
optique et respectant en arriére le pulvinar, la zone de Wernicke et les ra-
diations thalamiques.
La localisation et la nature de cette lésion nous expliquent suffisamment
les signes cliniques présentés par notre malade pour qu'il ne soit pas
besoin d’insister. L’ hémiplégie trouve, en effet, son origine dans la com-
pression exercée sur le bras postérieur de la capsule interne par le foyer
hémorragique, ce qui rend compte de la régression des phénoménes para-
lytiques ; les troubles de la sensibilité s’expliquent par la destruction du
centre de relai thalamique de la voie sensitive centrale ; lintégrité des
fonctions visuelles trouve sa raison dans la conservation du corps genouillé
externe, du champ de Wernicke et des radiations optiques. II est plus
malaisé de donner une explication de l'absence compléte de phénomeénes
douloureux spontanés comme des dysesthésies pénibles provoquées par
certaines excitations superficielles ou profondes, le pincement large de
la peau, par exemple. Et ceci d’autant plus que, comme nous I’avons
montré ici méme (1), il est des cas ott la lésion thalamique se traduit exclu-
sivement par l'existence de douleurs et de paresthésies. Une détermi-
nation plus exacte du foyer destructif par le moyen des coupes micros-
copiques sériées nous donnera peut-étre la raison de cette discordance ;
c’est ce que nous nous proposons de rechercher.
1V. — Un cas nouveau de Mouvements involontaires rythmés
(consécutifs 4 l’encéphalite épidémique), traités avec succés par
l'association du Gardenal et de la Scopolamine, par M. E. Lens
(Travail du service de M. Basinsk1).
Cette observation fait suite 4 celle d’une premiére malade présentée
par MM. Cl, Vincent et Kiebs au mois d’avril dernier. Le traitement dans
es deux cas a comporté la dose quotidienne de dix 4 vingt centigrammes
de luminal ou de gardenal en injection, de deux dixiémes a quatre dixiémes
de milligramme de bromydrate de scopolamine en injections. Chez
ces deux malades, les mouvements trés violents et rapides ont présenté
en quelques jours ce que l'on peut appeler un type « intentionnel » (abo-
(1) J. Lhermitte et Fumet, Syndrome hémiologique pur d'origine thalamique,
So:. de Neurologie, séance du 5 mai 1921.
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CONFERENCE NEUROLOGIQUE 1263
lition des mouvements au repos, réapparition dans les actes volontaires),
résultat important qui dans les deux cas a permis au sujet de se servir
de la main du c6té sain occupée auparavant 4 maintenir le poignet opposé.
La disparition compléte des mouvements chez la deuxiéme malade sur-
venue au bout de trois mois ne pourra étre regardée comme assurée,
indépendamment des rechutes toujours possibles, que lorsque la jeune
fille aura repris une vie active (ce qui n’est pas le cas) et qu'elle aura
abandonnée toute médication (elle prend encore des centigrammes de
gardenal par jour).
Il y a lieu d’insister sur quelques aspects importants des mouvements
involontaires rythmés consécutifs 4 Pencéphalite épidémique :
Sur la torsion des membres qui semble étre fréquente et en particu-
lier sur l’enroulement interne du membre supérieur en extension ou tout
au moins sur la pronation plus ou moins accentuée de l’avant-bras, si le
muscle deltoide et les fléchisseurs sont en jeu ;
Sur le caractére excessif et spasmodique des mouvements (torsion au
maximum, ou si d’autres éléments musculaires que les rotateurs sont
intéressés avec eux, contraction en bloe et simultanée des muscles ago-
nistes et antagonistes, enfin temps relativement lent de l'ensemble
de la contraction qui peut étre d’une a deux secondes, parfois plus),
La disparition des mouvements laisse aprés elle des perturbations orga-
niques prononcées : laxité articulaire, hypotonie et flaccidité musculaires,
perte des mouvements automatiques, troubles des mouvements déliés du
coté malade, et méme, comme chez la jeune fille présentée, apparition de
syneinésies du cété sain au début de certains efforts de la main opposée (1).
\. — Myasthénie bulbo-spinale avec contractions fibrillaires,
par MM. J.-A. Sicarp et J. Forestier.
Cette jeune femme de 36 ans que nous vous présentons est atteinte
de myasthénie bulbo-spinale.
Le début s’est fait il y a trois ans environ classiquement par du ptosis, de la diplopie
transitoire, de la parésie des muscles, de la mastication, de la phonation, de la déglu-
lition ; par la fatigue rapide des membres supérieurs et inférieurs aprés le moindre
effort,
Les contractions pupillaires se sont toujours montrées normales ; il n'y a jamais eu
de troubles des sphincters, ni de la sensibilité objective ou subjective.
La maladie a évolué depuis 3 ans avec des alternatives nettes de rémission et d’aggra-
vation. IL n’a jamais existé de signes vrais d’encéphalite épidémique, pas de fiévre, pas
de clonie, aucune tendance au parkinsonisme, L’état paraissait stationnaire, lorsqu’ily a
4 45 mois environ, deux ans et demi aprés le début, apparaissaient des contrac-
lions fibrillaires dans les muscles trapéze et sterno-mastoidien et dans les muscles
deltoidien bilatéralement.
De plus, les réflexes tendineux qui jusqu’alors s’étaient montrés plutot faibles, s’exa-
géraient notablement sans que l'on pat cependant déceler ni Babinski ni clonus, Il n'y
(1) Les auteurs publieront ultérieurement un travail d’ensemble sur la question.
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1264 SOCIETE DE NEUROLOGIE
a pas d’atrophie musculaire des mains, et les contractions fibrillaires jusqu’alors sont
restées localisées 4 la racine des membres supérieurs et aux régions cervicales latérales,
Les réactions électriques ont été faites par Bourguignon et Gastaud. On n’a pas cons-
taté de réaction de dégénérescence, mais la diminution simple des courants galvanique
et faradique. Ebauche de réaction myasthénique.
La langue, malgré son apparence légérement atrophiée, a gardé ses réactions élec-
triques normales. Les urines ne présentent ni sucre, ni albumine. Le B.-W. est négatif
dans le sang et dans le liquide céphalo-rachidien.
Ainsi, au cours d’une étape évolutive déja longue d’une myasthénie
qui pendant trois ans se cantonnedans la schéma classique, se surajoutent
deux signes de la série de sclérose latérale amyotrophique : les contrac-
lions fibrillaires et l'exayéralion des réflexres lendineur.
S’agit-il done d’un type de passage entre la myasthénie et la sclérose
latérale ? Certains neurologistes pensent qu'il existe des formes de tran-
sition entre ces deux maladies et décrivent de telles modalités intermé-
diaires sous le nom de polio-encéphalo-myélite chronique. Nous ne pen-
sons pas que myasthénie et sclérose latérale soient deux maladies pouvant
évoluer l'une vers l'autre. Elles sont différentes et autonomes. Et si
quelque jour des réactions humorales étaient mises en lumiére, elles seraient
certainement la confirmation de la scission étiologique entre la myas-
thénie et la sclérose amyotrophique.
Par contre, depuis que nous connaissons la symptomatologie de I’ en-
céphalite épidémique, de la névraxite épidémique, il est évident que le
chapitre des polio-encéphalites chroniques, supérieure inférieure,
demande a étre revisé. Bon nombre d’observations publiées avant la
guerre sous cette dénomination relévent de lencéphalite épidémique.
En derniére analyse, c’est bien d'une myasthénie qu'il s’agit chez cette
jeune femme étudiée devant vous. Les contractions fibrillaires et
Vhyper-réflectivité tendineuse dont elle est atteinte, ne nous paraissent
témoigner que d’une répercussion irritative plus grande du_ processus
toxique sur les grosses cellules antérieures ct sur les faisceaux pyrami-
daux ou para-pyramidaux et sont d'un élément pronostique facheux.
VI. — Méthode radiographique d’exploration de la Cavité Epi-
durale par le Lipiodol, par MM. J.-A. Sicanp et J. Forestier.
Il est une huile iodée, préparée par Lafay, sous le nom de Lipiodol,
huile dense, épaisse, qui tombe rapidement au fond du vase rempli d'eau,
qui est incolore, dépourvue de causticité et de toxicité, partaitement
supportée par les tissus et qui présente cette qualité remarquable de se
montrer fortement opaque aux rayons X.
Nous ne discuterons pas ici ses propriétés curatrices qui sont, 4 notre
avis, indiscutables dans les algies, dans les rhumatismes musculaires,
et dans les sciatiques notamment. Le lipiodol parait agir thérapeutique-
ment non pas tant par la mise en liberté d’iode (car cette mise en liberté
est extrémement minime, puisqu’on retrouve, 4 la radiographie, la subs-
tance lipiodolée localisée au sein des tissus, des mois et méme des années
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CONFERENCE NEUROLOGIQUE 1265
aprés son injection), mais il parait s’insinuer 4 travers les fibres muscu-
laires ou le tissu cellulaire, provoquant les phénoménes de réaction favo-
rable lente du tissu sous-jacent, agissant ainsi sur les extrémités nerveuses
et les plaques sensitives.
Les radiographies de lipiodol sont si démonstratives que cette subs-
tance, vis-a-vis de laquelle les tissus ont une tolérance exceptionnelle,
pourrait étre utilisée avec avantage pour interroger l'arbre pulmonaire,
les trajets fistuleux, etc.).
Nous avons pensé qu’on pouvait, en systéme nerveux, explorer a l'aide
de ce liquide huileux une cavité de lorganisme qui jusqu’alors s’était
dérobée & toute investigation de ce genre : la cavilé épidurale.
Nous avions, en effet, dans ce but essayé les injections de collargol,
injections trés douloureuses, restant sur place, et ne donnant, au taux
de tolérance, que des schémas radiographiques peu précis.
L’injection d’air par la voie épidurale sacro-coccygienne (voie que
nous avons fait connaitre il y a longtemps), /e pneumo-épidural, donne
des images moins imprécises que le collargol, mais provoque pendant
plusieurs heures des douleurs compressives souvent intenses et qui s’op-
poseraient 4 l'utilisation pratique de ce procédé.
Par contre, le lipiodol n’a aucun de ces inconvénients. Ilserainjecté, de pré-
férence, au niveau de la région lombaire, au siége électif de la rachicentése.
L’opérateur qui a quelque peu l’habitude de cette petite intervention
se rend fort bien compte de la traversée par l’aiguille du ligament jaune.
Aussit6t cette traversée effectuée, la pointe de l'aiguille ou plutét
petit trocart approprié se meut en pleine cavité. Elle est au sein du tissu
cellulo-graisseux. Elle est préte & perforer la dure-mére et a provoquer
lissue du liquide céphalo-rachidien. Cette derniére étape n’est natarelle-
ment pas franchie et l'on pousse le lipiodol 4 la dose de 2 ce. environ.
I! tombe dans le manchon graisseux péri-dure-mérien, La graisse qui
est fluide et peu dense permet son insinuation rapide. Quelques heures
aprés son introduction, on le retrouve déja 4 plusieurs centimétres au-
dessous du lieu d’injection, et dés le lendemain la radiographie le localise
au niveau de l’hiatus sacro-coceygien.
Comme cette substance lourde obéit 4 l'action de la pesanteur, il suf-
fit de mettre le sujet en position déclive, sorte de Trendenlenburg, avec
billots sous les pieds inférieurs du lit, pour obtenir un acheminement
vers les régions hautes du rachis, région dorsale, région cervicale. Aprés
un jour ou deux environ de mobilisation, le lipiodol se fixe dans les
tissus épiduraux. A deux ou trois semaines d’intervalle, les images radio-
graphiques se présentent a peu prés sous les mémes aspects.
Nous insistons sur ces faits remarquables que l’introduction du lipiodol,
son parcours épidural, sa fixation, sa persistance au sein des tissus, ne
provoquent aucun phénoméne d’intolérance, ni douleurs, ni compression.
On comprend l'intérét de cette exploration pour déterminer la per-
méabilité de espace épidural, pour localiser, par exemple, une tumeur
de cette région, une ostéite compressive, etc.
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1266 SOCIETE DE NEUROLOGIE
Si d’aventure, au cours de l’injection lombaire, il survenait un accident
de pénétration d’huile, dans le liquide céphalo-rachidien, il n'y aurait
aucun motif d’alarme. Le liquide céphalo-rachidien tolére remarquable-
ment le lipiodol, comme nous le montrerons dans une prochaine séance,
Dans ce second espace péri-médullaire, il est loisible également de loca-
liser le médicament sur telle ou telle hauteur médullaire suivant la posi-
tion plus ou moins déclive donnée au sujet.
Les images radiographiques sont d’une netteté parfaite 4 cet égard,
\V1II.— Conscience ou inconscience de perception des Contractions
Fibrillaires, par M. J.-A. S1carp.
J’apporte une simple remarque au sujet des contractions fibrillaires,
J'ai cherché, depuis un certain temps, 4 me rendre compte si les contrae-
Lions fibrillaires étaient percues ou non par le sujet qui en est atteint.
J’ai ainsi interrogé des malades atteints de sclérose latérale amyotro-
phique, de névrites périphériques, de névraxite épidémique, de névro-
pathie, ete.
Je crois pouvoir dire que les scléreux amyotrophiques, qui présentent
des contractions fibrillaires diffuses, disséminées, généralisées, ne ressentent
pas ou ne ressentent que d’une facon infime les palpitations musculaires
ou les battements musculaires qui affectent leurs membres. Les névri-
Liques périphériques, les névraxitiques épidémiques, les névropathes,
ou encore les sujets qui palpitent musculairement sous Vimpression du
froid ont, au contraire, la conscience de leurs contractions. Il y a done
dlans ces constatations un élément intéressant de pronoslic, qui ne parait
pas négligeable.
VIII. — M. VINCENT.
1X. — Kinésie paradoxale. Mutisme parkinsonien, par
MM. J. Basinski, B. Jankowski el PLICHET.
La malade qui fait l'objet de cette présentation a été atteinte en février
1921 d’encéphalite léthargique avec forte fiévre, délire et insomnie La
période fébrile a duré environ trois semaines, au bout desquelles, la
malade, en apparence tout a fait remise, reprit son travail.
Mais au mois de mai 1921, soit trois mois aprés le début de lencé-
phalite, apparaissent les premiéres manifestations d’un syndrome pat-
kinsonien qui, progressivement, se compléte et finit par se traduire par les
caracléres suivants : aspect figé, raideur musculaire, lenteur des mouve-
ments, démarche a petits pas, léger tremblement, amoindrissement de
Pactivilé.
Ce serait un cas banal de syndrome parkinsonien post-encéphalitique
si ce n’était lintensité et la modalité particuliére de certains troubles
qui rentrent dans la catégorie des phénoménes que M. Souques a proposé
d’appeler « Kinésie paradoxale ».
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CONFERENCE NEUROLOGIOUE 1267
A la premiére visite, la malade ayant cessé depuis longtemps tout trai-
tement, sa famille attire notre attention sur les variations que l’on observe
dans son état. Tantét elle mange, s’habille toute seule, s’occupe de son
enfant, range un peu son intérieur, tantdt elles reste presque immobile
et parait dans l'impossibilité de faire quoi que ce soit sans aide.
L’ayant examinée 4 plusieurs reprises, nous avons pu constater nous-
mémes ces variations. Toutefois, méme & ces moments d’aggravation,
le défaut d’activité n’est pas aussi complet qu’il le semble au premier
abord. Quand onl’y invite, elle est en mesure d’exécuter, avec lenteur il
est vrai, les mouvements élémentaires ; elle peut écrire, marcher et arrive
méme a courir.
Mais c’est dans le domaine de la parole et des mouvements de la bouche
que les variations paraissent particuliérement prononcées et que les
troubles atteignent leur intensité maxima. On observe chez elle des phases
de mutisme absolu. Elle est alors incapable d’ouvrir la bouche, d’avaler
la salive et les aliments. Elle bave abondamment. Pour la nourrir, on
est obligé d’écarter ses machoires, de pousser les aliments dans le fond de
la bouche, el encore garde-t-elle parfois quelques minutes le bol alimen-
taire avant de l’avaler. C’est en vain qu’on Ja sollicite alors 4 ouvrir la
bouche ou a émettre un son : sa téte, son visage, restent figés et elle semble
ne faire aucun effort pour exécuter l'acte commande.
Certains procédés nous ont paru faciliter le déclanchement de la parole :
l'excitation faradique des muscles de la face, la respiration profonde,
le rire provoqué. Entrainée de cette facon, elle arrive 4 compter facile-
ment, & dire le résultat d’un calcul mental, a réciter une fable entiére
d'une maniére correcte. Mais cela ne semble vrai que pour les réponses
ot seule la mémoire entre en jeu et qui peuvent se faire en quelque sorte
d'une maniére automatique. Celles, au contraire, qui nécessitent une ten-
sion d’esprit peuvent étre difficiles ou méme impossibles. Elle ne peut,
par exemple, raconter la fable qu'elle vient de réciter, et méme elle n'est
pas en mesure parfois de répondre simplement un « oui » ou un « non » a
une question concernant sen état.
Il est & remarquer que ce mulisme absolu peut étre brusquement inter-
rompu pour quelques instants, sous une influence émotive ; ainsi, par
exemple, contrariée par la désobéissance de sa fille elle la réprimande
avee énergie et parle alors, d’aprés ce que nous disent son mari et sa mére,
d'une facon tout a fait normale.
En face de ces faits, on pourrait se demander si on n'est pas en pré-
sence d'un trouble mental. Ne s’agirait-il pas la d’idée délirante, de néga-
tivisme ? Nous croyons pouvoir écarter cette hypothése. La malade ne
commet, n’a jamais commis, aucun acte déraisonnable ; son intelligence
parait absolument intacte, et par signes ou par écrit elle se met, volon-
tiers, en rapport avec nous.
Voici par exemple ce qu’elle écrit pour expliquer son état. Nous trans-
crivons fidélement :
«Si je ne parle pas, cela provient, 4 mon avis, de la langue qui est anky-
1268 SOCIETE DE NEUROLOGIE
« losée. Ma salive me géne également. Quand je ne salive pas je parle
« plus volontiers et sans géne. Je voudrais parler bien souvent et ne puis
« le faire. Quelque chose m’arréte et pourtant je voudrais bien parler ;
« cela m’agace de ne pouvoir le faire quand parfois on a tant a dire. »
On pourrait plut6t soutenir Vhypothése de mutisme hystérique, car,
en pareil cas, comme dans l’observation de notre malade, l’intelligence
est parfaitement conservée et le sujet, incapable de parler, est en mesure
d'écrire. Ce sont la des caractéres que Charcot assignait au mutisme
térique. Mais dans les observations de cet ordre qui ont été relatées,
diverses particularités que nous avons relevées chez notre malade font
défaut. Le mutisme hystérique ne s’accompagne pas de dysphagie, de
difliculté d’ouvrir la bouche ; on n’a jamais noté ce contraste entre l'ai-
sance avec laquelle le sujet répond a certaines questions et limpossi-
bilité ot il se trouve de répondre a d'autres, ete.
Sans doute on pourrait concevoir qu'un pareil syndrome soit le résul-
tat d'une hétéro ou d'une auto-suggestion, et s’agissait fait abso-
lument isolé, il serait’ peut-étre diflicile d’éearter complétement cette
idée, bien que la persuasion, la contre-suggestion que nous avons, par
acquit de conscience, mise en ceuvre avec insistance n’ail donné aucun
résultat. Ce qui nous conduit surtout a é¢liminer cette hypothése, c'est
que ce muli-me si spécial a été observé & l'état fruste chez d’autres par-
kinsoniens, qu'il a été méme constaté, 4 peu prés semblable a ce qu'il est
chez notre malade, chez un sujet vu par l'un de nous et par M.Souques,
et dont ce dernier a relaté briévement histoire dans +son rapport sur
les « Syndromes parkinsoniens » :
« Quand il (le malade) veut parler ou répondre & une question, ilen est
« pour ainsi dire toujours incapable : j'ai bien souvent attendu une courte
«réponse pendant plus de cing minutes. Récemment, il a fait appeler un
notaire ; le notaire est resté exactement une heure et a dd repartir sans
avoir pu en obtenir un mot. Or, parfois ce malade est capable de parler
aisément. Dans ce cas il parle, dit-il, facilement aprés un léger effort,
« tandis que, le plus souvent,il ne peut proférer un seul mol, malgré les
« plus grands efforts (1). »
Ce malade, d’ailleurs, était au point de vue mental tout a fait normal.
Ajoutons 4 cela que les caractéres de ce mutisme sont, comme nous l’a-
vons dit précédemment, comparables & ce que l'on observe dans d'autres
formes de la Kinésie paradoxale parkinsonienne.
C’est ainsi que le malade de M. Souques « qui ne pouvail généralement
«se Ltenir debout ni faire un seul pas sans le secours de deux aides, a pu
« 4 certains moments marcher rapidement en entrainant pour ainsi dire
« ses deux aides et monter son esealier vite et deux degrés A la fois » (2).
(1) A. Soveues. — Les syndromes parkinsoniens. Réunion annuelle de la Sociélé de
Neurologie de Paris, 3-4 juin 1921. : :
(2) A. Soueues. — Les syndromes parkinsoniens. Réunion annuelle de la Sociélé de
Neurologie de Paris, 3-4 juin 1921.
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(2).
CONFERENCE NEUROLOGIQUE 1269
Enfin nous ferons remarquer que ce trouble de la parole avec ses carac-
léres si originaux n’a pas été observé jusqu’a présent en dehors de la ma-
ladie de Parkinson. — Nous proposons de lui donner la dénomination de
Mutisme parkinsonien ». Etant données les notions anatomo-patholo-
giques que nous possédons actuellement sur les syndromes parkinsoniens,
le trouble dont nous nous occupons semble étre lié 4 une altération du
systéme pallidal.
Avant de terminer, nous rappellerons un fail observé par l'un de nous (1)
trés analogue 4 un cas rapporté en 1914 par Meige (2), et qui, 4 certains
égards, peul étre rapproché de celui que nous venons d’étudier. Ii s’agit
d'un sujet atteint aussi, selon Loute probabilité, d'une lésion du corps
strié. I] présente un ensemble symptomatique tout autre, il est vrai, que
le syndrome parkinsonien, et il est atteint de troubles de la parole dont,
les caracléres sont, pour la plupart, bien différents de ceux dont nous
venons de donner la description. Quand on interroge cet homme, loin
de rester figé, en apparence indifférent a ce qu’on lui dit, il fait manifes-
tement un effort qui se traduit par une contraction des muscles de la
face, des peauciers, des muscles de la nuque ; ses yeux se ferment, sa téte
se renverse en arriére, etc..., et, aprés un stade de préparation plus ou
moins long, il commence a parler, larticulation éLant trés imparfaite ;
c'est une espéce de dysarthrie et non du mutisme. g
Mais cette dysarthrie, et c'est ce qui la rapproche du mutisme parkin-
sonien, est surtout marquée quand le malade est obligé de réfléchir pour
répondre 4 une question ; elle s’atténue, au contraire, jusqu’a disparaitre
presque, lorsqu’il parle en quelque sorte automatiquement : excité par
des camarades qui le contrarient, il profére des paroles injurieuses sans
aucun effort ; éveillé brusquement la nuit, il est capable, pendant quelques
instants, de soutenir une conversation banale, en articulant d’une maniére
a peu prés normale (3).
M. Soveves. — L’intéressante malade qu’on vient de nous*présenter
rappelle celui dont j’ai parlé & la Réunion annuelle de la Société. I n’y
avail chez mon malade aucune espéce de trouble intellectuel. C’est un
homme instruit et cultivé, qui lit et godite les anciens philosophes, qui
donne des ordres de Bourse, tous les jours, avec beaucoup de discerne-
ment. Mais, trés souvent, il est incapable de parler pendant de longues
minutes, pendant un quart d’heure, une demi-heure, une heure méme.
Puis, brusquement, sans raison appréciable, il peut parler. Plus d’effort
il fait, dit-il, moins il parle. Je tiens de son domestique que la nuit, dans
le réve, il parle aisément et normalement.
1) J. Basinsk1. — Sur une forme de dysarthrie paraissant liée 4 une lésion du corps
strié (ses relations avec les crampes fonctionnelles et le torticolis spasmodique). Sociélé
de Neurologie, 5 mai 1921. Analyse Presse médicale, n° 46.
(2) Henry MeiGe, — Dysphasie singultueuse avec réactions motrices tétaniformes
et gestes stéréotypés. Soc. de Neurologie. 12 février 1914. — Voir aussi Revue Neuro-
logique, 1921, n° 5, p. 465.
de
de
1270 SOCIETE DE NEUROLOGIE
Ce mutisme paradoxal est différent de la dysarthrie des « striés »,
Chez les striés, effort qu’ils font se voitsur leur visage qui est pris de
spasmes et de grimaces. Chez les parkinsoniens, rien ne traduit exté-
rieurement l’effort intérieur ; on pourrait dire qu'il ne fait aucun effort
pour parler.
Les émotions ne sont pas seules 4 réveiller 'automatisme des parkin-
soniens. Certaines intoxications peuvent le faire. J’ai cité & la Réunion
annuelle, exemple de deux paralytiques agitants qui,intoxiqués pendant
quelques jours par le cacodylate de soude, administré a haute dose,
retrouvérent pendant ce temps la liberté des mouvements, et chez lesquels
la rigidité et Vimpotence motrice reparurent au fur et & mesure que l’in-
toxicalion disparut.
M. J. Tine. —Je désirerais savoir si l'on a pu faire chez cette malade
la comparaison entre la parole spontanée et la lecture 4 haute voix.
Je connais, en effet, une malade & peu prés semblable a celle qui vient
d’étre présentée, et qui traine depuis plus d’un an un état de parkin-
sonisme postencéphalitique. Or, on observe chez elle une curieuse dis-
sociation de la fonction verbale.
Comme la malade présentée, elle est dans un mutisme A peu prés com-
plet, un peu variable du reste selon les jours. Quand on linterroge, il
est 4 peu prés impossible d’obtenir une réponse, ou bien ce n’est qu’au
bout de plusieurs minutes qu’on peut recueillir une parole a peine arti-
culée et murmurée dans un souffle imperceptible. Elle attribue elle aussi
a la salivation excessive cette impossibilité de parler.
Or, si on lui met un livre entre les mains, on est tout surpris de voir
cette malade lire. 4 haute voix et presque sans difficulté.
De méme la parole répétée, ou la parole récitée sont beaucoup plus
faciles que la parole spontanée et réfléchie.
Enfin, la parole instinctive, réflexe pour ainsi dire, est également facile.
L.’été dernier la campagne, un de ses enfants s'est approché d'une petite
riviére, et ’on a eu la surprise d’entendre la malade l’arréter d’un ordre
brusque, 4 haute voix.
Il parait done exister dans ces cas une dissociation trés curieuse des fonc-
tions du langage. La difficulté de la parole, pouvant aboutir & un véri-
table mutisme, ne porte que sur la parole volontaire et réfléchie. Elle
n’atteint pas, ou a un degré beaucoup moindre, la parole instinctive
réflexe ; elle ne porte pas sur la parole automatique, qu’il s’agisse de parole
répétée, ou récitée, ou de parole guidée par un texte écrit.
Le phénomeéne est certainement 4 rapprocher de la dissociation si remar-
quable entre la motricité volontaire intentionnelle, profondément trou-
blée, et la motricité automatique trés souvent conservée.
Addendum 4a la séance de novembre 1921.
Un cas de Syndrome sous-thalamique (Hémiparésie, hémianes-
thésie, hémiasynergie, hémianopsie en quadrant supérieur), pi!
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ar-
CONFERENCE NEUROLOGIOUE 1271
MM. Cu. Forx et H. Bourtier (Travail du service de M. le Professeur
Prerre Marie, a la Salpétriére).
Le malade que nous avons I’honneur de présenter a la Société est atteint
d’un ensemble de symptoOmes qui permettent, croyons-nous, de faire le
diagnostic de syndrome sous-thalamique.
Son histoire clinique, résumée, est la suivante :
OwsERVATION. — Jacques Ev..., 60 ans, imprimeur, sujet droitier.
Le 9 juin 1919, le matin au réveil, le malade a un violent étourdissement, sans perte
de connaissance, Il éprouve, dit-il, la sensation de « rouler hors de son lit »; néanamoins, il
peut se lever et se tenir sur ses jambes, ilse fait chauffer du café, maisil renverse la casse-
role et s‘apercoit déja que sa main droite est faible etinhabile 4 exécuter les mouvements.
Presque immédiatement, le membre inférieur droit lui aussi devient faible ; le malade
s‘apercoit alors que la sensibilité est trés diminuée du méme coté du corps. Il reste alité
pendant une quinzaine de jours, présentant les symptomes d’une hémiparésie droite.
A ce moment, il avait aussi une déviation de la commissure labiale et éprouvait une
grande difficulté dans larticulation des mots, Jamais, par contre, ce malade n’eut le
moindre trouble du langage intérieur.
Les troubles moteurs allérent assez rapidement en régressant, par contre 'hémianes-
thésie et les autres symptomes se modifiérent 4 peine depuis plus de 2 années,
Notre premier examen du malade date en effet du 14 octobre 1919.
Dans la premiére année qui suivit accident initialapparurent quelques mouvements
involontaires au niveau du membre supérieur droit de syncinésies globales et d'imita-
tion, mais depuis l'année, le tableau clinique est fixé et ne s’est pas modifié.
Acluellement, — Au point de vue moteur, le malade est 4 peine hémiparétique 4
droite. La recherche de la force musculaire segmentaire peut seule mettre en évidence,
a droite, une résistance un peu moins bonne qu’a gauche aux mouvements passifs,
pour la flexion.
Les réflexes achilléen, radiaux, tricipitaux, existent des deux cdtés, sensiblement
égaux et plutot vifs. Quant au réflexe rotulien, il présente 4 droite des caractéres spé-
ciaux qui permettent, croyons-nous, de lui appliquer la dénomination proposée par
M. André Thomas, de réflexe pendulaire.
Réjleres cutanés. — Plantaire. Pas de réponse nettle a droite. A gauche, flexion franche.
Crémastériens, abdominaux : plus faibles 4 droite qu’a gauche.
Syncinésies. —- Degré modéré de syncinésie globale et de syncinésies d’imitation,
En particulier, quand on demande au malade de serrer la main gauche saine, il se produit
toujours le méme mouvement de la main droite, malade.
Pas de syncinésies de coordination.
Réflexes de posture abolis du coté malade.
Sensibililé. — Gros troubles superficiels au niveau de la moitié droite du corps, consis-
tant en une hypoesthésie trés marquée au tact. La piqdre est percue quelquefois comme
une sensation de tact, avee sensation de diffusion peu étendue, a 1 centimétre environ
du point touché.
La sensibilité thermique est trés atteinte elle aussi ; la sensation de chaud et de froid
est abolie dans la moitié droite du corps. Quand on applique un tube trés chaud, le
malade percoit la sensation de contact, mais pas la sensation de chaleur. Quelquefois, le
malade dit « cela me chatouille » et il accuse une sensation de frissonnement, de contact
électrique, sans douleurs vraies
Les sensibilités profondes sont trés atteintes. Il est difficile de rechercher le sens sté-
réognostique, mais l’attitude passive imprimeée aux doigts de la main malade n'est
jamais reconnue, de méme que la flexion et extension de la main.
Le malade n’a pas reconnu la flexion et extension des orteils, mais il a reconnu les
mouvements passifs du pied sur la jambe.
On voit en résumé que les troubles sensitifs objectifs sont trés accusés et aussi trés
globaux.
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1272 SOCIETE DE NEUROLOGIE
Notons que le malade n’a jamais eu la moindre douleur spontanée dans la moitié
droite du corps.
Au repos, on observe parfois quelques petits mouvements involontaires, localisés au
niveau du membre supérieur droit et répondant au type de 'hémichoréoathétose. Les
mouvements sont discrets, intermittents et variables suivant les jours et apparaissent
surtout dans la position du serment, de méme que le signe des aititudes anormales,
La démarche est assez difficile 4 décrire. Le membre inférieur droit est raide, dans son
ensemble. Le malade marche d’abord sur le talon, il reléve tout l’avant-pied, en masse,
mais sans faire, comme du coté sain, d’extension propre aux orteils.
L’examen des mouvements volontaires met en évidence un certain degré de dismé-
irie, dans l’épreuve du doigt sur le nez. Il existe une hémiasynergie trés nette. Le
mouvement est a peine modifié par l’occlusion des paupiéres,
L’épreuve des marionnettes montre une adiadococinésie notable a droite.
L’épreuve de la préhension du verre est mauvaise 4 droite. Celle du talon sur le genou
et du talon a la fesse met en évidence un certain degré de dismétrie. Enfin le réflexe
rotulien droit a, croyons-nous, un caractére pendulaire indiscutable, pour employer
lexpression proposée par M. André Thomas.
Les épreuves de passivité montrent que le balancement des membres supérieurs est
beaucoup plus long et plus ample 4 droite qu’a gauche, Il existe aussi un peu d’hypo-
tonie segmentaire, la flexion dorsaie du pied atteignant un angle plus aigu a droite
qu’a gauche.
Cet ensemble de symptomes permettent, croyons-nous, de conclure 4 lexistence de
signes cérébelleux localisés 4 la moitié droite du corps.
Troubles vaso-moteurs,
Dermographisme 4 droite. Pas de modification des réflexes pilo-moteurs, pas de
différence appréciable de température d'une moitié 4 autre du corps.
L’examen des yeux a été fait par M. le D' Monbrun, chef de laboratoire a la clinique
ophtalmologique de la Faculté : voici la note qu'il a bien voulu nous remettre : « Hémia-
nopsie en quadrant supérieur droit typique », indiquant plutét une lésion du faisceau
inférieur des radiations qu'une atteinte corticale. Pas d’achromatopsie dans le segment
adjacent. Fond d’ceil normal. Pupilles réagissent faiblement a la lumiére, bien a la
distance. »
Ponction lombaire : Albumine = 0 gr. 40 centigr. Eléments cellulaires = 2,9 par
millimétre cube.
Réaction de Bordet-Wassermann : négative,
Ni sucre ni albumine dans les urines
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CONFERENCE NEUROLOGIOUE 1273
Résumons les principaux traits de notre observation : notre malade
présente le syndrome suivant : hémiparésie droite, hémianesthésie du
méme coté sans douléurs ; de ce cété également hémiasynergie plutot
qu’ hémi-ataxie, enfin hémi-anopsie en quadrant supérieur.
Ce syndrome se rapproche beaucoup évidemment du syndrome tha-
lamique.
Toutefois, ib différe du syndrome de Dejerine et Roussy par quelques
points sur lesquels il convient d’insister.
est d’abord labsence de douleurs.
Ce malade n’a jamais eu, en effet, la moindre douleur spontanée dans
la moitié droite du corps. Le contact d'un tube chaud ou froid ne déter-
mine aucune sensation douloureuse. Par contre, les troubles de la sensi-
bilité objective sont, nous avons vu, trés marqués et portent sur tous
les modes de la sensibilité, sans dissociation,
IYailleurs absence de douleurs ne suffit pas pour éliminer absolument
le diagnostic de syndrome thalamique, ainsi que le prouvent un certain
nombre d’observations classiques. Mais c est toutefois une présomp-
tion qui plaide en faveur d’une localisation extra-thalamique.
2° C’est ensuite le caractére de lincoordination motrice.
Quand on observe la facon dont le malade exécute ces mouvements,
aussi bien au membre supérieur qu’au membre inférieur, on constate qu’il
s'agit de mouvements asynergiques et non pas ataxiques. De l’asynergie,
ces mouvements ont la brusquerie, la dismétrie, le ressaut.
Ce caractére « cérébelleux » du mouvement volontaire est confirmé par
la recherche de ladiadococynésie, et par lexistence d'un réflexe rotu-
lien pendulaire du cété droit.
Il s‘agit done non pas d’un syndrome thalamique pur mais d’un syn-
drome « cérébello-thalamique » comparable aux cas antérieurs de Clovis
Vincent, Conos de Constantinople, Pierre Marie et Foix, et que l’on trou-
vera résumés dans le travail de ces derniers sur ’hémiplégie cérébelleuse,
ainsi que dans la thése de Thiers consacrée au méme sujet.
3° Enfin Vexistence d'une hémianopsie en quadrant supérieur con-
firme lidée d’ une lésion bien limitée atteignant la partie inférieure des voies
optiques ou de la bandelette.
Ou siege cette lésion ?
Il nes’ agil pas dune lésion de arlére sylvienne. Celle-ci, outre des troubles
aphasiques et hémiplégiques beaucoup plus importants, edt entrainé une
hémianopsie en quadrant injférieur (voir les travaux de Henschen,
la thése de Monbrun sur ’hémianopsie en quadrant, le travail consacré
aux hémianopsies par blessures de guerre par Pierre Marie et Cha-
telin).
Il ne s'agil pas d'une lésion élendue de arlére cérébrale poslérieure.
Celle-ci, outre une hémianopsie compléte, eit provequée chez ce sujet
droilier une aphasie & prédominance d’alexie, ou méme une alexie pure,
ainsi que cela est de régle dans les foyers étendus par lésion de cette
artére 4 gauche, Or, il n’a jamais existé chez ce malade de sympt6mes de
REVUE NEUROLOGIQUE.— T. XX\AVI. 81
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1274 SOCIETE DE NEUROLOGIE
cet ordre (sauf les premiers jours un peu de dysarthrie, la lecture a
toujours été parfaite.
Schéma de la région sous-optique et dusiége approximatif de la lésion.
€O: couche optique; NR: noyau rouge; VS: voie sensitive; VP : voie pyramidal ;
VO : voies optiques (et corps genouillé externe).
Le triangle dessiné représente le siége approximatif de la lésion.
S’agil-il d'une lésion de la choroidienne antlérieure.
Elle semble pouvoir donner des foyers analogues 4 celui que doit pré-
senter notre malade, et des sympt6mes assez voisins, bien qu'un peu dif-
férents (Kolisko).
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CONFERENCE NEUROL( IGIOUE 1275
Nous pencherions plutot en faveur d'une lésion /imilée du territoire
de la cérébrale poslérieure. Mais dans tous les cas, ce que nous croyons
pouvoir affirmer, c'est qu’ils’agit dans notre cas d'un syndrome de la région
sous-lthalamique empiétant peut-étre un peu sur le thalamus.
Ce n'est, en effet, que dans cette région qu'une lésion limilée peut donner
la fois de Phémiparésie (voisinage du f. Py), de lhémianesthésie (fais-
ceau sensilif se rendant au thalamus), de ’hémiasynergie (pédoncule céré-
belleux supérieur qui vient daborder le noyau Rouge), enfin de hémia-
nopsie en quadrant supérieur par atteinte de la partie inférieure (ou mieux
infero-interne) de la bandelette ou du début des voies optiques intracé-
rébrales.
Le triangle tracé sur le schéma ci-joint indique le siége approximatif
de la lésion.
ASSEMBLEE GENERALE
du s** Décembre 1921
Rapport de M. Henry Meige, Secrétaire général.
MESSIEURS,
Notre Société doit étre économe de son temps. Je me contenterai done
de vous exposer briévement les questions sur lesquelles vous étes appelés
& vous prononcer aujourd’hui of nous sommes réunis en Assemblée
générale.
Réunion Neurologique Annuelle.
Le succés de notre Réunion Neurologique annuelle de 1921 est encore
trop présent 4 vos esprits pour qu'il faille le remémorer. Par le nombre
des participants, par lintérét du Rapport et des discussions, elle a nota-
blement dépassé la précédente.
Le Ministére des Affaires étrangéres a bien voulu nous accorder encore
cette année une subvention de 2.000 frances pour aider aux frais de publi-
cation des comptes rendus de notre Réunion Neurologique annuelle. Nous
lui avons exprimé tous les remerciements de la Société.
Notre prochaine Réunion annuelle aura lieu en 1922, les vendredi 2
el samedi 3 juin. Cette date, rapprochée de celle ov se tiendra la premiére
Réunion Psychiatrique, permettra aux Neurologistes et aux Psychiatres
des départements et de l’étranger de prendre part successivement, s’ils
le désirent, 4 ces deux Assemblées scientifiques.
La question mise a l'étude, Les syndromes hypophysaires, aura comme
rapporteurs :
Pour Anatomie et la Physiologie pathologiques: MM. G. Roussy et
Jean Camus (de Paris).
Pour la Clinique et la Thérapeutique : M. Froment (de Lyon).
Commission des Réunions Neurologiques Annuelles.
Le fonctionnement de nos Réunions Neurologiques annuelles est assuré
par une Commission composée de cing membres dont font partie de droit
le Président en exercice et le Secrétaire général de la Société, les trois
autres membres étant désignés par voie d’élection, parmi Jes anciens
présidents de la Société, pour une période de trois années.
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CONFERENCE NEUROLOGIQUE 1277
L’ Assemblée générale du 8 mai 1919 avait désigné MM. Prerre Marie,
BaBINnskt et Sovoves, pour faire partie de cette Commission. Leurs man-
dats expirent cette année.
Il y adone lieu, soit de les renouveler, soit de désigner de nouveaux
membres.
La Sociélé consullée décide de renouveler les mandals de MM. Pierre
Marie, Basinskit ef SouQUES comme membres de la Commission des
Réunions Neurologiques annuelles, pour une durée de trois années.
Séances d’ Anatomie Pathologique. Projections.
Les tentatives que nous avons faites pour organiser des séances de pro-
jections anatomo-pathologiques dans le local méme ot nous nous réu-
nissons se sont heurtées 4 toutes sortes d’obstacles : difficultés d’ obtenir
l’autorisation de faire dans la salle les transformations nécessaires pour
l'installation de la lanterne, pour faire 4 volonté l’obscurité, pour avoir
une source lumineuse suffisante ; impossibilité de trouver une bonne lan-
terne projetant directement les coupes microscopiques, etc...
Il a done fallu chercher une autre solution. Nous espérons l’avoir trou-
vée.
Grace 4 lobligeante intervention de notre collégue Crouzon, M. Louis
Mourier, Directeur de I’ Assistance publique, a bien*voulu mettre a notre
disposition un local dont nous avons pu apprécier déja les commodités
pour nos Réunions Neurologiques annuelles, je veux dire l'amphithéa-
tre de I’Ecole des Infirmiéres, a la Salpétriére. Il s’y trouve une excellente
lanterne permettant de projeter les piéces macrcscopiques, les diapositifs,
micro-photographies, chromophotographies, et méme directement les
coupes miscroscopiques.
Nous pourrions ainsi, de temps 4 autre, organiser 4 nouveau, et dans
les meilleures conditions, ces séances anatomo-pathologiques dont nous
regrettions tous la privation, et sans lesquelles il n’est guére possible d’ex-
poser clairement des constatations anatomiques et histologiques.
Nous trouverions certainement, parmi les jeunes recrues de notre Société,
un ou plusieurs opérateurs bénévoles qui se feraient un plaisir d’assurer
le fonetionnement de la lanterne, ainsi que le faisait notre regretté col-
légue Clunet, avee Vhabileté et le dévouement que l'on sait.
si la Société approuve ce projet, nous devrons, avant toutes choses,
exprimer nos remerciements 4 M. Louis Mourier pour ce nouveau témoi-
gnage de l'intérét qu'il porte 4 nos travaux.
Dans les séances de ce genre, il importe essentiellement que les commu-
nications soient annoncées au moins quinze jours a lavanee, et que les
auteurs spécifient s’ils désirent projeter, soit des piéces macroscopiques,
soit des photographies en noir ou en couleur, soit enfin les coupes micros-
copiques elles-mémes. I! est nécessaire également de connaitre la durée
de chaque communication : le réglement fixe un maximum de dix mi-
nutes ; il convient que celui-ci ne soit pas dépassé, sauf entente préalable.
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ibre
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ous
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5
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1278 SOCIETE DE NEUROLOGIE
La Sociélé consullée approuve le choix de Camphithédire de T Ecole des
infirmiéres, a la Salpélriére, pour y lenir des séances d’analomie patholo-
gique du sysléme nerveux avec projections. La date de la prochaine séance
sera fixée ultérieurement.
La Sociélé vole, en outre, des remerciements ad M, le D® Lovis Mounier,
Directeur de Assislance publique, pour obligeance avec laquelle il a bien
voulu mellre un local sa diposilion.
Fonds Dejerine.
Pour les années 1919 et 1920, les attributaires du fonds Dejerine ont été ;
M..NAGEOTTE, auquel, pour ses recherches sur les greffes nerveuses, il a
été attribué une somme de 2.000 frances.
M. Anpré Tuomas, auquel, pour aider la publication de ses travaux
sur le réflexe pilo-moleur el les voies pilo-motrices, il a été attribué une
somme de 2.500 franes.
Un exposé des recherches de M. Nageotte et des travaux de M. André
Thomas a été fait ala séance du 25 novembre 1920, de la Société de
Neurologie.
Les travaux de M. André Thomas viennent d’étre réunis en un volume
publié par MM. Masson et Cle. Ce volume a été distribué gracieusement
a’ tous les membres titulaires et anciens titulaires de la Société de Neu-
rologie. La Revue Neurologique a publié, en outre, le schéma des voies
pilo-motrices fait par M™° Dejerine pour louvrage de M. André Thomas.
Pour les années 1921 et 1922, les attributaires du fonds Dejerine ont
été :
M. JUMENTIE, auquel, pour ses Eludes analomo-cliniques sur le syndrome
des fibres radiculaires longues de Dejerine, il est attribué une somme de
2.000 frances.
M. Luermitre, auquel pour ses études sur les Syndromes analomo-
cliniques du corps silrié, il est attribué 2.000 franes.
L’un et l'autre feront connaitre les premiers résultats de leurs travaux
dans une prochaine séance de la Société.
Pour l'année 1923, les attributaitres sont :
M. Tinev. Etudes sur la démence sénile el les processus de désinlégralion
des lipoides cérébraur.
M. H. Craupe. Les méthodes d’ exploration du Sympathique.
Situation financiére du fonds Dejerine.
ACTIF
Bon de la Défense Nationale 1919... 1.0000 »
— Bon de la Défense Nationale 1920... 1.000 »
Don de M. Jeliffe (de New-York) ............ 1.500 »
1.000 »
ae Bon de la Défense Nationale 1921............. 1.0000 »
7.500 »
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CONFERENCE NEUROLOGIOUE 1279
PASSIF
Acomptes versés aux atttributaires de 1919 et 1920:
A M. Nageotte, le 15 novembre 1919..................2. 500»
A M. Nageotte, le 25 novembre DOO
1.000 »
Versements 4 faire aux attributaires de 1919 et 1920:
4 M. André Thomas, totalité de son attribution. ........ 2.500 »
3.5000 »
Commission du fonds Dejerine.
Daprés le réglement du fonds Dejerine, une Commission, nommée
par la Société de Neurologie, est chargée de veiller 4 l exécution des clauses
du réglement. Cette commission est composée de 5 membres, savoir :
Le Président et le Secrétaire général de la Société, plus 3 membres de
la Société, désignés en Assemblée générale a la majorité absolue et
nommés pour 3 ans, lun de ces trois membres devant étre choisi parmi
les anciens éléves du Professeur Dejerine, aussi longtemps qu ‘il sera
possible.
La premiére commision du fonds Dejerine a été élue le 8 mai 1919.
Les 3 membres de la Société élus 4 Punaminité furent : Deserine,
M. Bapinskt, M. ANDRE Tuomas, pour les 3 années 1919, 1920 et 1921,
Leurs mandats arrivant 4 expiration, il y a lieu, soit de les renouveler,
ces membres étant rééligibles, soit de désigner de nouveaux membres.
La Sociélé consullée décide de mainlenir les mandals de M™° DEJERINE,
M. Bapinsxt el M. ANDRE THOMAS comme membres de la Commission du
fonds Dejerine pour une période de trois ans.
Situation Morale de la Société.
Je nai qu’un mot a dire sur la situation morale de notre Société : elle
est de tous points satisfaisante. Nous travaillons : c’est notre raison d’étre,
notre unique but. Et notre collaboration s’inspire du seul désir d’accroitre
le champ de nos connaissances.
Nous n’avons plus a redouter qu'un vent de houle vienne agiter nos réu-
nions:le temps a fait son ceuvre. Une vague de sagesse nous pousse vers r
le labeur apaisant. Il régne ici désormais une atmosphére de concorde
unanimement souhaitée, qui ne peut manquer d’avoir une influence
heureuse sur les prochaines élections et sur la moisson neurologique de
l'année of nous allons entrer bientdt.
ie de
1280 SOCIETE DE NEUROLOGIE
ELECTIONS
A ce jour la Société de Neurologie de Paris comprend 56 membres
votants :
a
sont présents a l’Assemblée générale :
MM. Acuarp, ALourer, Basinskt, BABONNELX, Barnsié, Bour-
GUIGNON, BoutTieR, CAMUs, CHARPENTIER, CHIRAY, CLAUDE, CROUZON,
Mme Deserine, Durour, EurtGuez, Forx, JUMEN-
nie, Kurpret, Larocue, Lesonne, Leéri, Lévy-
VaALens!, Luermitte, Lortat-Jacos, P. MARIE, DE MARTEL, DE MAssary,
H. Merce, P. Ricner, Rose, Rot ssy, SAINTON, SEZARY, SICARD, SOUQUES,
ANDRE Tuomas, TiInEL, TouRNAY, VELTER, C. VINCENT, PIERRE WEIL.
La présence des dewr liers au moins des membres votants étant néces-
saire pour la validité de toute élection, le quorum est de 37.
Pour étre élu membre de la Société, il faut réunir les drois quarls au
moins des suffrages des membres votants. Le nombre des votants pré-
sents étant de 46, le nombre de suffrages nécessaires est de 34.
Bureau pour l'année 1922.
Le bureau pour l'année 1922, élu a Punanimiteé, est ainsi composé ;
M. ANDRE THOMAs.
M. Barer.
Secrélaire des séances M. BAver.
Nomination de membres anciens titulaires et honoraires.
D’aprés l'article 10 du réglement, sont nommés :
Membre ancien lilulaire............ M. Anpbre Lért.
Membre M. SAINTON.
D’aprés l'article 11 du réglement, est nommé :
Membre ancien lilulaire.......... M. GeorGes GUILLAIN.
Elections de membres titulaires
Il restait, aprés les élections de 1920, quatre places vacantes.
Il y a, en 1921, deux autres places vacantes.
Par suite du décés de M. Dupré, une autre place vacante est dispo-
nible.
Le nombre des places vacantes est done de sept.
~
ibres
po-
CONFERENCE NEUROLOGIQUE 1281
En outre, il est créé une place vacante en vertu de l'article 1i du régle-
ment.
Les candidats, non élus aux élections précédentes, au nombre de 11,
sont, par ordre alphabélique, ATHANASsIO-BENisTY, MM. BEHAGUE,
Descomps, Francais, Kaun (Pierre), Lévy (Fernand), M™¢ Lone-Lan-
pry, MM. REGNARD, ScH@rrer, THiers, Voisin (Roger).
Outre les candidatures anciennes, il y a eu une demande de candida-
ture en 1921 : celle de M. Faure-Beautiev, médecin des hépitaux.
Votes.
«Les voles se font au serutin secret, sauf le cas ot |’ Assemblée géné-
rale accepte & lunanimité le vote par mains levées. » (Article 4 du
Réglement.
L’Assemblée générale décide, & lunanimité, de procéder par mains
levées 4 Vélection de M. Faure-Beaulieu, médecin des hépitaux.
M, Faure-Beaucieu est élu, A bunanimité, membre titulaire.
M.. Vincent propose de nommer également par aeclamations M. Ch.
Chatelin, dont la candidature a été renouvelée.
L.’ Assemblée générale accepte, & lunanimité, cette facon de procéder.
Cu. est élu, A bunanimité, membre titulaire.
La Société procéde ensuite aux élections des autres candidats, au seru-
tin secret.
Au premier tour, ont obtenu :
Mme ATHANASSIO-BENISTY............ 37 suffrages, élue
Deux places restant vacantes, Assemblée générale décide de les attri-
buer aux candidats non élus au premier tour qui ont obtenu le plus
grand nombre de suffrages.
L’élection par acclamations est acceptée lunanimité.
MM. P. Bénacue et Frangats sont élus & lunanimité membres titu-
laires.
En résumé, sont élus huit membres titulaires de la Société de Neuro-
logie de Paris :
M. Faure-Beauiiev, M. Cu.
M. Recnarp, Mme Lone-Lanpry, M. Scn@rrer, M. P. Benacue,
M. FrANeats.
ZON,
N-
EVY-
ARY,
UES,
EIL.
au
pre-
SOCIETE DE NEUROLOGIE
Membres Correspondants Nationaux.
Une seule place de membre correspondant national est vacante, a la
suite du décés de M. Durer (de Lille).
Candidatures anciennes :
MM.
BaLuivet (Divonne).
BENON (Nantes).
RoGer GLENARD (Vichy).
Jacourn (Bourg).
Mouin DE Teyssieu (Bordeaux).
La Société est d’avis qu'il n’y a pas lieu de procéder celle année a des
élections de membres correspondants nationaux.
Membres Correspondants Etrangers.
Il y a une une seule place vacante :
A la demande de M. Babinski, M. Sa:perBerc (de Stockholm) est pro-
posé pour celle place. Il est élu, par acclamation, 4 Punanimite.
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3
1282
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des
ANALYSES
PSYCHIATRIE
SEMIOLOGIE
Stéréotypie gyratoire, Manifestation prédémentielle chez un mélancolique
hypocondriaque, par Rourr et G.AyMEs, Marseille Méd., p. 971, octobre
1920,
Malade de 46 ans, qui depuis 4 mois tourne sur place, habitucllement dans lo
sens des aiguilles d’une montre, aussi bien quand il est debout que quand il est couché,
quand il se tient au repos que quand il marche. Vertige voltaique normal, Pas de
symptomes labyrinthiques.
Cas difficile 4 classer ; intermeédiaire aux ties et aux stéréotypies du mouvement,
mais qui parait la manifestation d’un début de démence chez un meélancolique hypo-
condriaque. H.R.
PSYCHOSES ORGANIQUES
Etude critique sur le Traitement Arsenical de la Paralysie Générale, par (:. Hi-
CHERT, Thése de Nancy, 1921.
Thése dans laquelle lauteur passe enr. vue les différentes méthodes proposées pour
le traitement de la paralysie générale progressive, effleurant la question a lordre du jour
du tréponéme dermatotrope et neurotrope.
G. Richert insiste sur la nécessité du diagnostic précoce des réactions méningées chez
les syphilitiques et la place 4 fairs 4 i’examon chimique et eytologique du liquide céphalo-
rachidien, examen qui doit étre pratiqué au méme titre que la réaction de Bordet-
Wasserman chez tous les syphilitiques au cours de jeur long traitement.
L’auteur insiste également sur la valeur des traitements intensifs au début de la
syphilis comme moyen de protection contre la paralysie générale ou le tabes et sur la
continuilé du traitement.
Mais une fois la paralysie générale nettement déclarée, il avoue le pou de résultat
donné par le traitement, il dénie toute valeur aux injections intrarachidiennes de néo-
salvarsan, il les considére méme comme dangereuses,
En somme, il est plus facile de prévenir que de guérir la paralysie générale.
JEAN BENECH.
Apoplexie, Asthéno-Manie, Aphasie et Paralysie générale, par KR. Bexon
LeinBpercer (de Nantes), Ann. médico-psychologiques, p. 36, janvier 1917.
Le diagnostic différentiel entre l'asthéno-manie postapoplectique simple et la
paralysie générale avee euphorie et manie est un des diagnostics les plus difficiles de la
pathologie mentale. Les auteurs rapportent un fait qui a donné lieu 4 une erreur et
qui, en raison de son évolution spéciale, offre un intérét pratique véritable,
lls pensent qu'il existe trois variétés d’asthéno-manie postapoplectique ; a) | asthéno-
=
1284 ANALYSES
manie postapoplectique simple, ¢ est-i-dire qui ne précéde pas ou n’accompagne pas
Vévolution d'un état démentiel et qui se termine par la guérison ; 6) l'asthéno-manie
postapoplectique qui est en relation avec une démence « organique » en évolution ;
c) asthéno-manie postapoplectique qui survient au cours de la démence paralytique.
Leur malade a eu deux accés asthéno-maniaques ou asthéno-hyperasthéniques post-
apoplectiques. Le premier doit @tre considéré comme un accés asthéno-maniaque
postapoplectique simple survenu chez un syphilitique aleoolisé. Il a été simple parce
que le sujet a guéri ; il a guéri au point de vue sthénopathique, et d’autre part, ces
accidents disparus, il n'a présenté aucun signe d’affaiblissement intellectuel ; il s'est
remarié et a repris activement sa place 4 l’atelier durant dix ans. S’il lui restait quelques
troubles du langage ou do la parole, ceux-ci ne diminuaient point sa valeur sociale et
familiale.
Le deuxiéme aceés asthéno-hypersthénique postapoplectique est survenu chez un
homme qui, depuis deux ans environ, offrait des symptoOmes d'affa‘blissement intel-
lectuel. L’état maniaque ou hypomaniaque, surajouté ala démence, 4 l'aphasie et A
la dysarthrie, a persisté durant prés de cing mois, puis, & la suite d’un nouvel ictus, le
patient est décédé.
Le premier accés asthéno-maniaque postapoplectique de ce malade fut pris pour un
début de paralysie générale. L’euphorie qu'on observait chez lui, les idées de satistac-
tion qu'il exprimait donnaient le change d’autant plus aisément que les signes physi-
ques n’étaient 1 d’aucun secours. Pratiquement pourtant, le diagnostic était du plus
haut intérét lavenir l'a prouve.
Doit-on considérer comme une rémission la longue période de dix années durant
laquelle le malade a vécu de la vie familiale et sociale ? Personnellement, les auteurs
estiment qu’au point de vue fonetionnel mental, il y a eu non pas rémission, mais guéri-
son, de sorte que, en 1911, ce malade a fait une récidive et non pas une rechute. Ces
distinctions ne sont pas accessoires parce que les diagnostics portés et les conclusions
pratiques qu'on en tire en dépendent, et cela, dans certains cas, est grave pour le malade
et pour la famille.
Aprés le premier aceés asthéno-maniaque postapopiectique, l'aphasie n'a pas
guéri complétement, mais clle s’est améliorée 4 un tel point que la vie de relation du
patient n'en était pour ainsi dire pas troubléc. Cette heureuse évolution de l’aphasie
est un fait qui parait assez fréquent.
L’autopsie de ce cas n’a pu étre faite. Mais la syphilis cérébrale et la démence « or-
ganique » dite démence syphilitique, l'une et l'autre bien distinetes de la paralysie
générale, ont été suffisamment étudiées et précisées pour que le diagnoctie ¢l-nique en
soit le plus souvent possible. E, FemnDe..
La Personnalité dans la Paralysie générale, par Micuart. Osnato (de New-
York), Journ. of the Americ. med. Assoc., p. 434, 16 février 1918.
D’aprés auteur, la symptomatologie de la paralysie générale, pour ce qui concerne
les troubles psychiques, dépend de la personnalité antérieure du sujet. Les individus
n’ayant aucune particularité mentale signalée dans leurs antécédents font une para-
lysie générale que caractérisent seulement la perte dela mémoire, la démence et les
signes physiques (14 cas sur les 25 de l'auteur). Les paralytiques antérieurement
excentriques ou névropathes font une paralysie générale riche en symptomes et en
incidents cérébraux (11 cas). F. Tuoma,
Paralysie générale, Syphilis Nerveuse et Liquide Céphalo-rachidien, par
MM. J.-A, Sicarp et H. RoGer, Presse méd., n° 50, p. 497, 9 septembre 1918.
Dans toute paralysie générale, méme 4 ses débuts, la réaction de B.-W. est positive
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ANALYSES 1285
dans le liquide céphalo-rachidien. On peut ainsi infirmer le diagnostic de paralysie
générale chez tout sujet soupgonné d’en étre atteint et dont le liquide céphalo-rachi-
dien, contrélé dans les conditions requises, reste négalij/, dans sa réponse.
Il n’existe qu'une paralysie générale, et clle est toujours d'origine syphilitique.
D’autres syndromes neuro-psychiatriques peuvent simuler la paralysie générale, mais
n’ont ni la méme évolution clinique, ni le méme pronostic fatal. C’est justement sur
la recherche de la réaction rachidienne de B.-W. qu’il faut s’appuyer pour interpréter ces
cas de diagnostic difficile.
On doit 4 peu prés affirmer le diagnostic de paralysie générale chez tout sujet qui ne
présente aucun signe objectif de syphilis cérébro-spinale (série pupillaire, radiculaire
ou tabétique), mais dont les seuls symptomes cliniques et humoraux sont d'une part
des modifications de caractére et d’autre part un B.-W. rachidien positif. Une excep-
tion est cependant possible pour certaines lésions gommeuses cérébro-trontales syphi-
litiques qui, a la rigueur, peuvent s‘accompagner des seuls troubles psychiques avec
un B.-W., rachidien positit.
Le B.-W, rachidien des paralytiques généraux s'est montré jusqu’a présent irréduc-
tible aprés toutes les thérapeutiques les plus risquées et méme aprés arsénobenzothé-
rapie intensive poussée jusqu’aux limites extrémes de l'intoxication grave, aigue ou
chronique. E. F.
Diagnostic précoce de la Paralysie générale, par Rarar. E. Ropricvez,
ler Congrés national de Médecine, Montevideo, 9-16 avril 1916.
Le diagnostic de la paralysie générale est l'un des problémes qui se posent avec le
plus de fréquence au psychiatre ; auteur fait ressortir tout Vintérét qu'il y a 4 savoir
reconnaitre la paralysie générale 4 son début, alors que ses symptOmes physiques et
psychiques sont encore incomplets ; le pronostic dépend, en grande partie d'un, dia-
gnostic précoce, lequel permet au traitement d’intervenir & temps pour retarder ]'é-
chéance fatale ; des circonstances médico-légales aussi rendent parfois désirable la
possibilité du diagnostic précoce de la paralysie générale. F, DeLeNt.
Diagnostic difficile de Paralysie Générale, par CoLin et Sarazin, Suc. clin. de
Méd. mentale, 17 novembre 1919.
Les auteurs présentent un malade, entré le 6 octobre pour agitation maniaque.
Inégalité pupillaire, les réflexes lumineux ont disparu. La parole est embarrassée ;
récriture est tremblante, irréguli¢re, semée de fautes d’orthographe et offre toutes
les caractéristiques de l’écriture des paralytiques généraux. Le melade est affaibli
intellectuellement, désorienté. Au bout de quelques jours apparaissent des escarres
dans la région sacrée et au talon gauche. M. Colin pense a la paralysie générale. Le
Wassermann fait sur le liquide céphalo-rachidien est négatif. On ne trouve d ailleurs ni
lymphoeytose ni hyperalbumine. En novembre, le malade s’améliore rapidement ;
seuls persistent les troubles pupillaires et des troubles de la mémoire se rapportant
aux faits un peu antérieurs au 6 octobre.
Seul le temps fera le diagnostic de paralysie générale. Ce malade est-il un maniaque
avec troubles pupillaires préexistants ? Dans ce cas, 4 quoi sont dus ses troubles tro-
phiques ? Si le sujet avait subi un traitement antisyphilitique, |’évolution favorable
des symptomes aurait pu faire croire chez lui a un résultat heureux de la thérapeutique
dans la paralysie générale. E. F.
Délire Mélancolique : Au bout de cing mois apparition de Syndrome Para-
lytique, par Coun et Sarazin, Soc. clin. de Méd. mentale, 17 novembre 1919.
Malade qui, 4 la suite d’une longue période de préoccupations hypocondriaques,
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1286 ANALYSES
entre au Val-de-Grace, puis A la section militaire de l’asile de Villejuif, ot MM. Briand
et Colin en font un déprimé mélancolique. Rien d’anormal dans son état jusqu’au
18 octobre, jour of éclatent deux ictus épileptiformes 4 la suite desquels apparait le
syndrome paralytique.
Le malade a dans ses antécédents un oncle paternel mort de paralysie générale en
1914. Son infection syphilitique remonte 4 1906. Il présente un délire mégalo-mélanco-
lique avec hallucinations de louie, E. F.
Alternance de symptémes chez un Paralytique général, par Leroy et Apecy,
Soc. clin. de Méd. mentale, 17 novembre 1919.
Le malade oifre deux particularités intéressantes : 1° apparition du délire a coincidé
avee une amélioration considérable et subite de troubles moteurs accentués des membres
inférieurs ; 2? les troubles de la parole alternent, avec une périodicité trés nette, avec
Jes troubles moteurs des membres, de sorte que les uns s’atténuent ou disparaissent
quand les autres s‘intensifient et réciproquement. C'est une sorte d'état circulaire
portant sur des troubles moteurs. E. F.
Deux paralysies générales probables. ; 1° Hémiplégie spécifique ancienne.
Excitation maniaque récente. -- 2° Délire Ambitieux sans affaiblissement
intellectuel, par Capcras et Beaupotn, Soc. clin. de Méd. mentale, 17 novembre
1919.
Une malade atteinte subilement d'un aceés d’excitation maniaque avee quelques
idées ambitieuses incohérentes, présente depuis quatre ans une hémiplégie syphili-
tique ; on la traite depuis deux ans par des séries d'njections de novarsénobenzol.
La seconde malade otfre des idées délirantes ambitieuses fixes, sans affaiblissement
intellectuel ni signes somatiques.
Les auteurs se rallient, surtout 4 cause de la lymphocytose céphalo-rachidienne,
uu diagnostic de paralysie générale ; ils éliminent au contraire chez une troisiéme
malade qui, offrant au cours d'un délire systématisé, des signes pupillaires positifs, ne
présente pas de réaction méningée. E. F.
Un cas de diagnostic difficile de Paralysie Générale, par V. Sanazin (de Villejuif),
Soc. méd,-psychol,, 30 décembre 1918, Ann, méd. psychol., p. 140, février 1919.
Le cas préte a la discussion et des diagnostics variés ont été portés : Psychose pri-
mitive évoluant chez un dégénéré et accompagnée d'une réaction méningée d'origine
syphilitique ; Psychose secondaire d'origine syphilitique ou du moins parasyphilitique
Est-ce la syphilis eérébrale ?
Le malade est peut-étre un paralytique général conscient, comme on en rencontre
parfois dans les hépitaux ou en ville. I s‘agirait alors d'une de ces formes de para-
lysie générale qui se développent chez les dégénérés et dont l'évolution trés lente,
irréguliére, est coupée de rémissions plus ou moins longues.
E. FeEInDet.
Deux cas de Paralysie générale Sénile. Présentation d'un malade, par
R. Moursve (de Villejuif), Soc. méd. psychol., 30 décembre 1919, Ann. méd.-
psychol., p. 146, février 1919.
Les deux cas concernent des malades de plus de 60 ans ; vérification dans un cas.
La paralysie générale sénile est plutot rare ; Mourgue rappelle les opinions des au-
teurs 4 ce sujet. E. F.
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ANALYSES 1287
Sur un cas atypique de Paralysie générale chez la Femme, par WALDEMAR
de Atmeipa, Arch. Brasileiros de Neuriat. e Psichiatr., n° 2, p. 177, avril-juin 1919.
Cas remarquable par les hallucinations visuelles et les idées de persécutions que
présente la malade ; ce sont 1a des symptomes rarement rencontrés dans la paralysie
générale. Malgré lo délire bruyant et de nombreux aceés épileptiformes, l'évolution fut
plutot lente. La thérapeutique par le néosalvarsan 6t le mereure ne donna pas des
résultats bien encourageants, F. DELENL.
Un Paralytique général juvénile et sa famille, par Enwarp Livincsron Hunt,
J. of the Americ. med. Assoc., p. 1441, 8 novembre 1919.
Dément paralytique de 12 ans ; la mére, deux fréres, une sceur présentent un Wasser-
mann fortement positif. THOMA.
Paralysie générale juvénile, par Enwanp Livincston Hunt, American Journ. of
Syphilis, n° 1, p. 104, janvier 1920,
La forme juvénile est un type trés particulier de la paralysie générale ; auteur en
étudie la symptomatologie et aspect clinique, la fréquence et relate un fait qu'il a pu
observer (enfant de 7 ans). La courbe del'or s'y montra ¢xcessivement variée, commen-
cant comme une courbe méningitique, continuant comme une courbe syphilitique
typique, se poursuivant enfin comme paralytique vraie. THOMA,
Examen anatomo-pathologique d'un cas de Syndrome Paralytique a Trypa-
nosomes. Présentation de piéces, par Il. CoLtin, et
R. MourGuer, Sec, méd.-psychol., p. 128, septembre 1919.
Les lésions nerveuses prédominent sur Vencéphak ; elles sont essentiellement
cérébro-méningées.
Il s‘agil avant tout d'une infiltration de la pie-mére et des gaines vasculaires de His
par des lymphocytes et des cellules plasmatiques; d’ot vascularité énorme qui prédo-
mine dans la substance blanche des circonvolutions.
La comparaison de ce cas avec observation courante des paralysies générales ot
examen des deux autres cas de maladie du sommeil montre : 1° Que la méninge-
encéphalite a trypanosomes est comme la méningo-encéphalite a tréponémes pales
caractérisée par une infiltration méningo-vasculaire a prédominance de lymphocytes
et de cellules plasmatiques, mais qu'elle en ditfére surtout par la prédominance des
lésions vasculaires dans la substance blanche et un degré d‘infiltration lymphocyto-
plasmatique qu'on ne voit jamais dans la paralysie générale ; 2¢ Que ces lésions
vasculaires, si formidables dans ce cas, et qui sont infiniment supérieures a celles des
deux échantillons de maladie du sommeil étudiés par comparaison, permettent de
penser que c'est la thérapeutique suivie qui, en prolongeant la survie, a permis au
processus morbide d’atteindre dans le cerveau un tel degré d'épanouissement.
E, FEINDEL.
Etude clinique et anatomo-pathologique sur un cas de Syndrome Paralytique
Trypanosomes, par H. LatGNet-Lavastine et R. Mourcue, L'En-
céphale, n°* 10-12, p. 311-329, décembre 1919.
Observation anatomo-clinique trés compléte.
On reléve la similitude symptomatique et évolutive du syndrome paralytique 4
trypanosomes avec la paralysie générale syphilitique ; le malade avait des antécé-
dents cérébraux ; la durée de Vineubation iut de dix ans environ.
Au point de vue anatomique,l’absence de lésions viscérales autre que celles du
névraxe est & noter. Le fait caractéristique est la prédominance énorme des lésions
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ANALYSES
1288
sur leneéphale et leur situation interstitielle, essentiellement méningo-vasculaire,
I] s‘agit surtout d'une infiltration de la pie-mére et des zones vasculaires de His par
des Jymphoeytes et des cellules plasmatiques. Les lésions cérébrales parenchyma-
teuses sc présentent comme contingentes et secondaires aux lésions méningo-conjone-
tivo-vasculaires, la vascularité étant trés accusée dans la substance blanche.
Pareille vasecularité ne se voit jamais dans la paralysie généraie ordinaire, encépha-
lite diffuse & prédominance corticale, ol les Jésions parenchymateuses évoluent paral-
lélement aux lésions méningo-vasculaires,
Dans la maladie du sommeil les lésions cérébrales sont seulement des lésions secon-
daires aux lésions méningo-vasculaires, Dans le cas actuel, celles-ci étaient exception-
nellement intonses, et ceci était en rapport avec la projongation de la maladie grace a
Vemploi suivi de latoxyl. E. F.
BIBLIOGRAPHIE
Diagnostic topographique des lésions de 1 Encéphale et dela moelle épiniére
par Rovert Bine (de Bale) avee le concours de Ernest Curcnop. | vol. gr, in-8° de
240 pages avec 99 fig. en noir el en couleurs, Paris, Doin, édit., 1921.
Présenter sous une forme aussi simple el aussi synoptique que possible le diagnostic
anatomo-elinique de la localisation des affeetions et traumatismes des centres nerveux :
tel a été Pobjectif de Bing en publiant ce volume, Il s’adresse aux médecins et chi-
rurgiens non spécialisés en neurologie. I devait done étre clair avant tout, pratique
aussi, et suffisamment complet. Ce n'est pas assez dire que auteur a réalisé tous ces
desiderata, Ce livre est sans contredit le meilleur que nous possédions & Vheure actuelle
sur cette matiére : c’est un modeéle de clarté, un vrai chef-d’ceuvre d’enseignement,
Son meérite essentiel réside dans la simplification des notions anatomiques et cli-
niques indispensables pour établir une localisation lésionnelle, Et la tache était ma-
laisée de faire un choix judicieux parmi les données si touffues dela neuropathologie
actuelle, L’auteur a su opérer tous les élagages nécessaires, si bien qu'on a impression
que tous les problémes localisateurs ont des solutions faciles,
Ses descriptions anatomo-physiologiques dela moelle et du cerveau, la signification
topographique des troubles de la motricité et de la sensibilité, des troubles de la vue et
de la parole, sont d’une extréme clarté. La compréhension en est facilitée par de nom-
breuses figures schématiques, que auteur sexcuse de présenter sous une forme parfois
rudimentaire, mais qui, par cela méme, se fixent plus aisément dans la mémoire.
Les figures et les tableaux synoptiques consacrés 4 linnervation périphérique ou
radiculaire des membres, les coupes du bulbe et de la protubérance, le trajet et la
répartition des voies nerveuses appartenant aux nerfs craniens, sont de trés précieuses
images mnémoniques,
Bref, un lecteur, si peu versé soit-il dans la neurologie, apprendra aisément et rapi-
dement a faire un diagnostic localisateur.
C’est avec des livres de ce genre, — trop rares malheureusement, — qu’on ensei-
gnerait méme de la facon la plus profitable l'anatomie et la physiologie des
centres nerveux, car celles-ci, débarrassées d’aridités et de complexités parfois décou-
rageantes, se montrent ainsi non seulement faciles 4 comprendre et a retenir, mais
deviennent attrayantes dés linstant qu'on entrevoit les applications pratiques qu’on
peut en tirer cliniquement. R.
Le Sympathique et les Systémes associés, par A.-G. GvuILLAUME. Préface du
Pt PIERRE MaRIE, | vol. 395 pages, avec 38 fig. Masson, édit. Paris, 1921.
En moins d'un an, cet ouvrage a nécessité une seconde édition. C’est dire le vif intérét
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jone-
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PCOn-
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des
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iais
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ANALYSES 1289
qu'il a suscité, Mais s‘agit-il bien d’une réédition ? Le nouveau volume de A.-G. Guil-
laume a pris une telle ampleur, il s'est accru de tant de notions nouvelles, et orné de si
nombreuses figures, qu’on croit avoir en main un livre inédit.
Trés judicieusement, l'auteur a accordé cette fois-ci une part importante a l'étude
morphologique et physiologique du systéme sympathique, — plus exactement du
systéme sympathique et de ceux qui lui sont associés (parasympathiques). Ces notions
étaient indispensables, D’abord, elles sont encore fort peu répandues en France, tandis
que la plupart sont monnaie courante 4 l'étranger. Secondement, elles facilitent beau-
coup la compréhension des désordres pathologiques. La connaissance de l’anatomie
et de la physiologie du systéme organo-végétatif peut seule permettre un exposé logique
de la physiopathologie clinique de ce systéme. Et comme l’auteur avait pour objectif
d’esquisser un Lraité de pathologie fonctionnelle, il se devait d’étayer ses conceptions
sur des données déja acquises, Non seulement il n’a pas a redouter que les détails
anatomiques qu'il expose puissent donner de l’aridité 4 son livre ; ils contribueront au
contraiie 4 son succés. On apprécie toujours davantage les faits objectifs que les inter-
prétations et les hypothéses, Celles-ci peuvent sédvire, mais ceux-la persuadent.
Non seulement les neurologistes, mais tous les médecins, élaient désireux de trouver
un exposé des recherches qui ont été poursuivies depuis plusieurs années sur l’origine
le développement, la constitution des Géments du systéme neuro-végétatif, sur la
topographie et les connexions des centres et des conducteurs de ce sy stéme, sur les
différents appareils qui le constituent et sur leur fonctionnement, Ces notions, éclairées
par des schémas appropriés, seront bientot classiques, On 1emerciera M. Guillaume
d’avoir su les glaner et d’en avoir présenté une gerbe dont la semence peut étre trés
féconde,
Les déductions physiopathologiques et cliniques qui accompagnent cet exposé ne
manqueront pas d’ouvrir également des apercus pratiques, de suggérer des recherches
nouvelles. En collationnant ces conceptions récentes, Vauteur a fait d’abord une ceuvre
de vulgarisation trés profitable ; ila montré ensuite le haut intérét que les chercheurs
trouveront a fouiller ce champ d'études,
Faire un livre qui se lit est bien, Faire un livre que l’on consulte est mieux.
R.
Le Réflexe Pilo-moteur. Etude anatomo-clinique sur le Systéme sympathique,
par ANpré Tnomas. | voi. de 242 pages, avec 74 figures et 12 planches en noir et
en couleurs, Paris. Masson, édit., 1921,
Cet ouvrage est sans contredit une des productions les plus remarquables de la neu-
rologie francaise au cours de ces derniéres années, S’il est vrai que les physiologistes,
Langley notamment et ses éléves, ont abordé les premiers étude méthodique des
phénoménes pilo-moteurs, leurs travaux s’élaient surtout cantonnés dans le domaine de
lexpérimentation, En introduisant dans la clinique ces notions encore peu répandues,
M. André Thomas a non seulement mis en vedelte leur intérét scientifique, mais montre
leur portée pratique qui est grande. La sémiologie nerveuse vient de s’enrichir d'un
nouveau chapitre dont on peut déja prévoir la rapide amplification ; une nouvelle
méthode d’examen clinique est constituée ; et les conséquences de cette innovation
peuvent étre considérables : il ne s’agit de rien moins, en effet, que des premiéres assises
anatomo-cliniques dela pathologie sympathique, dont on entrevoit chaque jour davantage
la participation dans les phénoménes biologiques et dans des troubles qui dépassent
largement le champ de la neuropathologie.
Pour apporter quelque lumiére dans le fonctionnement de ce systéme, il était néces-
saire de rechercher des éléments d'observation faciles a contrdler. Les réactions pilo-
REVUE NEL ROLOGIQUE — T. XXXVI 82
.
uelle
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du
1290 ANALY.
motrices, qui s’objectivent aisément, remplissent cette condition, Elles n’exigent pas
une instrumentation compliquée. La main de lobservateur suffit a les provoquer, son
ceil les localise. De leur présence ou de leur absence on peut conclure a Dintégrilé ou
4 l’adultération des voies ou des centres sympathiques correspondants; on peut déter-
miner le siége d’une lésion, Le clinicien posséde ainsi un nouveau procédé de contréle,
confirmant un diagnostic, suffisant méme dans cerlains cas pour le formuler,
Les travaux de M, André Thomas, en faisant connaitre les localisations des centres
pilo-moteurs dans la moelle et leurs rapports avec les ganglions sympathiques, inau-
gurent une nouvelle méthode de localisation dont les neurologistes seront les premiers 4
bénéficier. L’étude clinique d'autres phénoménes sympathiques, tels que la réaction
sudorale, les réactions vaso-motrices, enrichit encore la sémiologie du systéme sympa-
thique et ouvre la voie aux recherches qui ne peuvent manquer de se produire dans la
série des réactions viscérales.
Ce livre vaut done autant par ce qu'il renferme d’inédil que par les promesses qu'il
suggére,
Aprés un exposé de anatomic et de la physiologie de ’appareil pilo-moteur, auteur
étudie en détail le réflexe pilo-moteur chez homme, les modes d’excitation, les réactions
locales sur les membres, l'aréole du mamelon, le scrotum,
Il montre ensuite comment les réactions pilo-motrices peuvent permettre de loca-
liser la hauteur d’une lésion médullaire.
Une distinction capitale doit étre faite entre le réflexe encéphalique et le réflere spinal;
la recherche de la limite inférieure du premier et de la limite supérieure du second permet
de préciser une localisation.
L’étude des variations de la sécrétion sudorale compléle et confirme les données de
lexamen du systéme pilo-moteur,
Les résultats consignés par M. André Thomas sont élayés sur un nombre déja trés
respectable d’observations anatomo-cliniques (une centaine) ; blessures de la moelle,
maladies diverses de la moelle épiniére, blessures et affections des nerfs, lésions du
sympathique, atleintes encéphaliques, états névropathiques et psychopathiques,
Cette riche documentation anatomique, histologique et clinique, appartient en pro-
pre a auteur, Elle est présentée avec méthode et clarté, éclairée par de nombreux
schémas, par des photographies des réactions pilomotrices et des piéces anatomiques.
Un important schéma en couleurs des voies pilo-motrices, dd 4 Mme Dejerine, permet de
suivre leur trajet et de connaitre leurs aboutissants.
L’ouvrage se termine par d’intéressantes considérations générales sur la répercussivité
sympathique et sur la nature du réflexe pilo-moteur dit encéphalique.
Bibliographie trés compléte a la fin du volume, Typographie et iconographie de
premier ordre, R.
L’Evolution de l'Organisme et la Maladie (Pathologie générale évolutive):
par M. Kuiprec. | vol. grand in-8°, 480 pages. Doin, édit., Paris, 1921.
C’est une grande rareté que de rencontrer 4 l’époque actuelle un livre de médecine
exempt de cette empreinte nosographique dont les plus affranchis ne parviennent
pas 4 se débarrasser. Plus rare encore est un ouvrage inspiré par une longue médi-
tation sur des connaissances biologiques et pathologiques approfondies, et s‘il s’en
dégage une conception originale de la maladie, si, par surcroit, auteur est un érudit
lettré parlant la belle langue philosophique, son livre doit étre classé a part,
parmi les productions les plus élevées de l’esprit.
Le livre que vient de publier le D? Klippel réalise Loutes ces conditions,
C’est une esquisse de pathologie générale, basée sur la doctrine de l’évolution, qui
domine a l'heure actuelle les sciences naturelles,
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ANALYSES 1291
La premiére partie considére I’ organisme dans son évolution normale.
L’enchainement des idées y trouve son point de départ dans l'étude du polyzoisme,
réunion d’unités cellulaires vivantes,
Le polyzoisme étant la vie en commun de ces unilés, il nécessite la différenciation
des éléments qui le composent et aboutit, par division du travail, 4 des espéces cellu-
laires distinctes, dont chacune a Ja vie pour soi et une fonction relative 4 l'ensemble.
Les différentes espéces cellulaires qui composent les tissus et les organes, étant des
éléments d’ages évolutifs différents, on pouvait chercher a en établir une classification
hiérarchique, suivant le degré progressif de différenciation et de division du travail.
C’est ce que l’auteur a essayé de faire, sous 'e nom de biotarie histologique.
La base principale de la biotaxie est le degré ce différenciation par rapport a la labilité
de chaque espéce cellulaire, les unes étant susceptibles de se reproduire toute la vie,
tandis qu’a lextrémilé opposée, cette possibililé a cessé dés la vie post-natale.
Aprés avoir ainsi classé les divers tissus, la biotaxie établit, de la méme facon, l’ordre
évolutif des éléments qui les composent, depuis ceux qui sont des sources de genése
jusqu’aux formes des différenciations parachevées.
La seconde partie concerne la pathologie. Les tissus étant classés par degrés de diffé-
renciation, il est permis de reconnaitre comment agissent les agents pathogénes rela-
tivement A ce degré évelutif.
La biotaxie explique et précise un ordre de paralysie et d’exaltation sous l’influence
de causes toxiques et pathogénes,
Des syndromes sensitifs, moteurs, réflexes, psychiques sont enrapport avec ce qu’en-
seigne la biotaxie,
Par rapport aux lésions, elle fournit la raison de la dégénérescence des éléments
relativement plus différenciés et de la prolifération de ceux de moindre différenciation,
dans un méme organe et sous une méme cause, el du degré de fréquence des Lumeurs
suivant l’ordre hiotaxique,
Dans la maladie envisagée en général, il n’y a exclusivement ni hypersthénie, ni
asthénie, mais faiblesse irritable, par la raison que des éléments anatOmiques d’especes
différentes ne peuvent réagir de la méme facon ; de telle sorte que les deux termes de la
faiblesse irritable se répartissent sur des éléments de degrés biolaxiques différents,
La division du travail, qui marque un perfectionnement progressif, impose 4 lorga-
nisme la nécessité d’une réduction biologique fonctionnelle, soit dans le milieu normal,
lorsqu’il tend A devenir nocif, soit dans le milieu pathologique.
La vie réduite normale est caractérisée par la diminution de la fonction envisagée
dans sa plus haute complexité, répondant aux états d’émotion, de sommeil et de fatigue,
sans lesquels la santé et la vie elle-méme ne sauraient subsister,
Or, la vie pathologique est un mode de vie réduite, calqué sur ces trois états et
impliquant des réactions biologiques analogues,
Cette réduction fonctionnelle a pour résultat une économie, une lutte plus facile dans
le milieu nouveau et la possibilité de s’y adapter par des caractéres acquis de facon
transitoire ou définitive pour individu et parfois transmissibles, par hérédité.
Les problémes généraux que pose la pathologie recoivent des solutions qui sont en
rapport avec évolution organique.
Telle est lidée directrice et telle est la teneur de cet ouvrage. Maiss’il est au premier
chef inspiré par une conception applicable a la pathologie tout entiére, on s’apergoit
bien vite que auteur est surtout un neurologiste et un psychiatre, La seconde partie
est proprement un traité de neuropathologie générale, et c’est peut-étre la premiére fois
qu'une vue d’ensemle sur la pathogénie de tous les accidents nerveux et mentaux a été
concue et exposée.
Ceux qui ont déja une certaine expérience des maladies nerveuses trouveront ample
|
1292 ANALYSES
matiére a réflexions dans les chapitres consacrés 4 l'étude des syndromes musculaires
(myopathies, paralysies flasques ou spasmodiques, ridigité, tremblements) des
syndromes sensilijs (sensibilité culanée, cénesthésie, sensibilité sensorielle, viscérale),
des syndromes réfleres. Les psychiatres liront avec un vif intérét lapplication de la
biotaxie aux troubles mentaux ; ils verront dans quel ordre et pourquoi, surviennent
l’exaltation ou de la disparition des facultés mentales, ainsi que les syndromes délirants,
Non moins originale e*t la conception des modes de vies réduites (sommeil, réves,
émotions, etc.) et la facon dont l’auteur envisage les psychonévroses.
Les chapitres consacrés 4 l'étude des tempéraments, aux affinités pathologiques, a
Vhérédité, a la prédisposition, celui enfin, le dernier, qui traile de létiologie pathogé-
nique, sont particuliérement riches en idées suggestives. Et toutes ces conceptions sont
étayées sur des faits anatomiques, physiologiques et cliniques dont le plusgrand nombre
appartiennent en propre a I'auteur.
(Euvre de grand savoir et de forte pensée, qui honore la science frangaise.
h.
Sur la Restitution du Langage dans un cas d’Athasie corticale mixte. /hise
de doctorat manuscrile (Régime transiloire), par Frivrz GANGLort, Strasbourg, 1921,
Etude d'un cas d’athasie de Broca au point de vue de lévolution des différents
éléments du langage: parole spontanée, compréhension des ordres, répétition d’un mot,
dénomination des objets présentés au malade, identification des objets, énumération
(de chiffres, de jours de la semaine, reproduction des paroles ou de la mélodie d'une
chanson), lecture d’un texte, calcul (dénombrements, calcul mental) ; éeriture dictée
ou spontanée, dessin spontané, suggéré ou copié, dénonciation des couleurs et leur
identification ; mimique, « praxie », e’est-d-dire l’exécution au commandement de
mouvements simples ou complexes, épreuve de Rosenfeld (reproduction pa: le malade
d’un bruit rythmique) ; description de tableaux, de gravures, de sc*nes, recherche de la
mémoire visuelle par questionnaire approprié.
De nombreux auteurs s’étaient déja occupé de la question : Heilbronner, pour lequel
la régression se fait d’abord par la réappavition dela compréhension du langage, vient
ensuite la parole spontanée, puis la parole répétée et enfin la lecture ; Bleuler, chez le
malade duquel la paraphasie puis laphasie amnésique ont suivi l’'aphasie totale ;
L, Stéris. pour lequel le langage ne se récupére partiellement qu’a V'aide de la forma-
tion de nouvelles voies d’association ; Pfersdorff, qui insiste sur la valeur importante des
images motrices verbales opposées aux images auditives verbales, sur la nature pure-
rement motrice des images verbales représentant les consonnes tandis que les voyelles
s’enregistreraient dans la zone auditive verbale (différence du lieu de localisation des
associations par consonances et des associations par assonances). Suivant la prédo-
minance du nombre des voyelles exactement rendues dans les mots répétés par le malade
ou la prédeminance des consonnes, il faudrait admettre la prédominance sur les images
auditives verbales ou sur les images motrices verbales du travail de restitution.
Et justement, dans observation de l'auteur prise en détail et dont les textes ont été
répétés a plusieurs jours d’intervalle, on a pu suivre les progrés de la réduction de l'apha-
sie, progrés qui se marquaient justement dans la zone auditive verbale, des mots
répétés étant généralement, 4 part l’exactitude du nombre et de la place des voyelles
tout 4 fait déformés par l’altération des consonnes,
Cette observation, et c’est le principal intérét de la thése, montre d’intéressantes
relations entre une affection nettement organique comme l’'aphasie et une maladie
vésanique, sans substrat anatomique, comme la catatonie. La catatonie se manifeste
par un désordre verbal particulier, Tandis que l’excitation maniaque se traduit par une
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ANALYSES 1293
incohérence spéciale due aux flux d’associalions d’idées par assonance, dans la
catatonie le désordre parail se produire surtout dans le nom des images motrices ver-
bales (consonance, dissociation schizophasique, discours vide de sens avec persistance
due a Vhabitude, de la structure grammaticale des phrases). Cette double origine des
troubles du Jangage, dans Ja sphére auditive verbale et motrice verbale, évidents dans
deux maladies mentales fonciérement éloignées, appara‘t nettement dans ce cas d‘apha-
sie, oft la restitution débute par la zone auditive verbale.
E. GELMA,
Contribution a 1’ etude de 1’ Aphasie transcorticale, par Cuenaur, lhése de doctoral,
manuscrile ( Régime transitoire), Strasbourg, 1920.
Ce travail est une contribution 4 étude clinique de l'aphasie transcorticale. L’auteur
apporte une observation minutieusement prise selon une varianle du schéma de Head +
parole spontanée, compréhension des ordres, parole répétée, dénomination des objets.
reconnaissance des objets, énumération des mots en série, le chant, la lecture, le calcul,
lécriture spontanée, la dictée, la copie, le dessin, la reproduction d’un dessin, la recon-
naissance des couleurs, la mimique, les associations d’idées par mots provocateurs
suivant le procédé classique de Jung-Riklin, l'éLude de l'apraxie (1), Les examens plu-
sieurs fois répétés quotidiennement pour certaines épreuves, 4 plusieurs jours d’inter-
valle pour d’autres épreuves, ont donné des résultats coneluant, Chez ce malade, un
dessinateur de 59 ans, le langage spontané est défectueux, presque inexistant ; la com-
préhension des ordres, pour ainsi dire, enti¢re; en tout cas, pas d@incompréhension totale,
la parole, répétée, les phrases intelligibles comme celles dépourvues de sens ont toujours
été fidélement rendues ; la dénomination des objets a été mauvaise (épreuve identique
en réalité A celle dela parole spontanée); Videntification des objets exacte; les énumé-
rations imparfaitement effectuées ; le chant spontané sans les paroles inexactement
rendu mais les paroles n’ont pu étre chantées ; les phrases, sues par coeur, n’ont pu étre
récitées, mais le chant avec les paroles a pu ¢tre exécuté si la phrase a été préalablement
chantée ; la lecture mot par mot a été possible mais pas I’éeriture spontanée, I’écri-
ture sous la dictée s’est bien faite, mais la copie des mots, la reproduction du dessin ont
été inexactes ; les mols provocateurs n’ont pas donné d’association d’idée ; les couleurs
n’ont pu étre dénommées, mais le malade sail de quoi il s’agit si on les lui nomame.
Par conséquent, le malade ne peut spontanément ni parler, ni dénommer les objets,
ni énumeérer, ni écrire, ni chanter avec les paroles; par contre, il reproduit facilement
tout ce qui lui est dit : répétition de mot, écriture sous la dictée, copie, chant sans
les paroles, identification des objets. L’auteur a bien soin d’ajouter qu’on ne saurait
voir ici un reli yuat d’aphasie corticale motrice, celle-ci n’ayant jamais existé chez le
malade, bien que cependant dans ’anamnése il est noté des bourdonnements d’oreille,
des maux de téte 4 gauche, une certaine difficulté de trouver les mots avec la notion par-
faite des choses. Il y a lieu d’ajouter que le malade était un hémiplégique droit avec
signes de tumeurs intra-cérébrale gauche.
Aprés avoir rappelé opinion des neurologistes sur laphasie transcorticale motrice
et sensorielle (Lichtheim, Pitres, Grasset, Dejerine, Moutier, Bastian, Frend, Benheim,
Heilbronner, V. Wronechow, Eoldstein, auteur fait une série de remarques tirées de
étude de son eas. Tout d’abord, il se place au point de vue purement clinique, laisse
decdté le substrat anatomique supposé de laphasie et affirme, contrairement aux
auteurs et en particulier Pick, que étude de l'aphasie ne doit pas étre conduite avec
(1) L’auteur en somme, intervertit le dispositif proposé par Head dans ses deux
conférences parues l'année derniére (voir revue Brain t. XLIII, 1920).
|
1294 ANALYSES
les données de la psychologie normale, méme mise au point des recherches modernes,
Pour lui, le syndrome aphasie n’est pas accessible 4 Vintrospection psychologique, et
c'est faire cuvre mauvaise que de pousser les investigations avee ce que l'on croit
savoir du comportement normal. A la vérité, on ne connaitra bien la fonction du lan-
gage dans toutes ses multiples modalités qu’é l'aide de étude de ses dégradations
pathologiques, c’est-a-dire par Pobservation des aphasiques et les troubles du langage
de certains mentaux. Les troubles du langage des psychopathies, de la calalonie, par
exemple ou encore de la manie, sont superposables dans leur essence 4 ceux des aphasies,
et c'est ce que J’auteur va maintenant nous montrer.
Le langage est-il la fonction d’un centre anatomique d’association destinée a inter-
préter la pensée ? A l'état normal, la parole est bien la traduction de limagerie
idéative, elle s'y superpose exactement. I] n’en est pas de méme chez certains mentaux
ou s’observe un manque absolu de correspondance entre la pensée et expression ver-
bale puisque l’on constate (dans l’observation de cette these comme dans les nombreux
cas publiés récemment d’aphasie transcorticale par blessure de guerre) lémission de
phases grammaticalement bien agencées, mais dépourvues de signification, absolument
analogues au verbalisme vide de sens du catatonique. La similitude, singuliérement fré-
quente, des troubles du langage des vésaniques avec ceun des psychopathes organiques,
montre bien « Pindépendance pour ainsi dire préformée du langage » d’avec la pensée.
Cette dissociation si évidente dans la catatonie et dans d'autres affections apparait
avec des modes particuliers dans ce cas d’aphasie ot, les représentations phonétiques
étaint intactes, le malade ne parle plus, n’éerit plus, ne dessine plus spontanément.
Cet isolement de plusieurs fonctions du langage légitime l’existence clinique autonome
de l’aphasie transcorticale. Dans l'aphasie transcorticale, et c’est A cette conclusion
qu’en arrive lauteur, il ne faut pas chercher les lésions associatives 4 l'intérieur de
l'appareil du langage, mais en dehors de lui, la parole, écriture,le chant étant un-bloc
intact pouvant fonctionner indépendamment du mécanisme psychologique normal par le
moyen de ’échopraxie par exemple, mais sans superposition avec Vidéation qui ne le
commande plus, E. GELMA.
Eléments de pathologie mentale (Clinique et médecine légale), par R. BENON.
Préface du Professeur BALTHAZARD. | vol, 242 pages. Doin, éditeur. Paris, 1922.
ll y a, dans ce petit livre, un trés louable effort pour apporter de la simplicité et de
la clarté dans les notions psychiatriques élémentaires qui sont indispensables 4 tout
médecin, Ne fiit-ce que par les qualités d’ordre et de précision qui s’y révélent, Pouvrage
de Benon ne peut manquer d’étre apprécié.
« L’auteur, dit le Pt Balthazard dans sa préface, s’est efforcé d’introduire dans l'étude
des maladies mentales les procédés de la pathologie générale : il présente pour la
premiére fois la psychiatrie sous forme de syndromes, basés sur observation serrée des
fails. L’emploi de procédés particuliers pour examen psychiatrique ne erée pas, en
effet, une différence essentielle dans la méthode d’étude des phénomeénes psychiques,
ou physiques, fonclionnels ou organiques.
«Au point de vue pratique, les étudiants ct les praticiens trouveront dans le livre
du docteur Benon, sous une forme simple et condensée, tout ce qu'il est indispensable
de savoir en clinique et en médecine légale psychiatriques, surtout en ce qui concerne
le diagnostic, les certificats et rapports.
Successivement, auteur expose les grands syndromes ; délire, démence, manie,
asthénie, confusion ; il s’efforce de les objectiver,
Puis il décrit les troubles constitutionnels de intelligence et de ’émotivité, les obses-
sions, l'aphasie, agnosie, l’apraxie, il détermine par une description de état second
ct un tableau des manifestations épileptiques et hystériques
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OUVRAGES RECUS 1295
Les derniers chapitres apprennent comment doit se faire examen des psychopathes,
comment il convient de rédiger un certificat ou un rapport médico-légal.
R.
Les problémes généraux de l’hérédité psychologique, par(i. Poyer, | vol. in-8°,
Félix Alean, éditeur. Paris, 1921.
Le probléme de Phérédité a été complétement renouvelé depuis une vingLaine d’années,
Des théories ont surgi, qui conduisent a envisager les faits anciennement connus sous
un jour nouveau; une abondante moisson d’observations nouvelles a été recueillie tant
par les biologistes que par les cliniciens, les psychiatres et les psychologues ; les consé-
quences que lon peut en tirer au point de vue pédagogique, économique et social ont
été étudiées d'une maniére approfondie, particuliérement a létranger et surtout aux
Etats-Unis. Sur tous ces points, lexposé de M. Poyer, fortement documenté et d’une
présentation trés claire, permettra 4 lous ceux qui s‘intéressent a ces questions, philo-
sophes, médecins, éducateurs, sociologues, de se mettre rapidement au courant des
derniers progrés de la science. Signalons en particulier étude du Mendelisme chez
‘homme, de Vhérédilé en pathologie mentale, Vanalyse des grandes enquétes conduites
pes les genelisles, anglais et américains, les chapitres consaerés aux jumeaur, et a
leugénique. Une bibliographie choisie, mais suffisamment compléte, termine le volume.
R.
OUVRAGES RECUS
Benon (R.), La sinisirose. Paris méd., 16 octobre 1920, p. 285.
Benon (R.), L’hyperthymie aigué déliranle a base de joie. Bull. de la Soe.
de Méd. ment. de Belgique, avril 1920.
BENOoN (R.), L’hyperthymie aigué déliranle. Revue de Méd., 1920, n® 5.
BeNnon (R.), Déserlion a ennemi. Condamnation a@ mort. Hyperthymie
chronique délirante inlerprélalive. Ann. d’Hygiéne publique et de Méd. lég.,
novembre 1920,
BENON (R.), Asihénie el manie. Médecine légale militaire. Fail de service.
Ann. d’Hygiéne publique et de Méd. légale, décembre 1920.
BENON (R.), Dysthymie conslilulionnelle el psychose périodique, Allernalives
dexcilation et de dépression. Revue de Médecine, 1920, n° 12.
BENON (R.), Les psychoses lraumaliques. Extrait du vol. jubil., 50® Ann.
Soc. Méd. ment., Belgique, Gand, 1920.
BENON (R.), La paralysie générale el la guerre. Presse méd., 22 janvier 1921.
Benon (R.), Psychiatrie, responsabililé et expertise contradicloire. Ann.
d’Hygiéne publique et de Méd, légale, janvier 1921.
Benon (R.), Hallucinalions aigués déliranies el psychoses chroniques se-
condaires. Bulletin méd., 4 mai 1921, p. 378.
Benon (R.), Psychiatrie. La rédaction des rapporls médico-légaur, Ann.
d’Hygiéne publique et de Méd. lég., mai 1921, p. 322.
BEeNon (R.), Psychiatrie el responsabilité atlénuée, Gaz. méd. de Nantes,
15 avril 1921.
Benon (R.) et Daveau, Syringobulbie, panaris de Morvan, amputation.
Gaz. des Hopitaux, 3 mai 1921, p. 552.
BENON (R.) et DecoLttaup (C.), Dysihémies périodiques et réforme n° 1.
Ann. d’Hygiéne publique et de Méd. lég., juillet 1920.
Benon (R.) et Lenucne, Traumalismes craniens el psychose de Korsakoff.
Arch. Suisses de Neurol. et de Psych., 1920, vol. 7, fase. 2, p. 316.
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IN.
le
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ze
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j
‘
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Nantes, 1¢" juin 1921.
BENON (R.) et LuNgEAv, Dyslrophies naevi vasculaires el Voujfée délirante,
Ann. de Dermatologie et de Syph., 1920, ne 5.
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BLANC (Cuar_Es), L’encéphalile épidémique en Anjou. Elude clinique de
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Le Gérant : J. CAROUJAT.
Poitiers. — Société frangaise
q
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e de
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920,
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lale
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JUL 7 1929
ANNEE N® 12 dis Décembre 1921
2
REVUE
EUROLOGIQUE
Fondée en 1893 par E. BRISSAUD et PIERRE MARIE
ORGANE OFFICIEL DE LA
SOCIETE DE NEUROLOGIB
DE PARIS
COMITS DE
J. BABINSKI — PIERRE MARIE — A. SOUQUES
DIRECTION :
REDACTION ;
TABLE DES MATIERES DE L’ANNEE 192:
MASSON ET EDITEURS
LIBRAIRES DE L’'ACADEMIE DE MEDECINE
$20, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
a
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MASSON ET C*, Editeurs, 120, Boulevard Saint-Germain, PARIS
Libraires de l'Académie de Médecine
Vient de paraitre :
PSYCHIATRIE
DU MEDECIN PRATICIEN
Les D" DIDE et P. GUIRAUD
Médecins de I'asile d’aliénés de Braqueville.
Le but des auteurs en écrivant cet ouvrage :
prendre « d’aprés nature » des croquis cliniques choisis pour
servir de types et embrasser tous les cas concrets ; établir
entre eux de larges catégories, aussi homogénes que possi-
ble, permettant au praticien de procéder du complexe au
simple, des vastes syndromes aux formes et aux variétés dé-
finies ; — déterminer pour chacune de ces formes la ou les
bases organiques ou mentales d’ow le trouble est issu —
et sur lesquelles il faudra agir ; — enfin, et surtout, dire au
médecin ce que pratiquement i] devra faire dans chaque cas
précis, soit qu'il soit commis comme expert, soit qu'il soit
appelé a donner des soins a !’hépital et en ville.
Quelques trés belles planches hors texte empruntées aux
collections personnelles des auteurs représentent les atti-
tudes des plus caractéristiques des différents malades.
Un volume in-8° de 416 pages, avec 8 planches hors texte. . . - . + 20 fr.
I
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J
PAR
ia
II
Décembre 1924
“FICHES BIBLIOGRAPHIQUES 12 bir
DE LA REVUE NEUROLOGIQUE
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be
:
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dlung der syphilis
epiduralen Salvar-
tschrift, mai 1919,
hundred cases of
syph., juillet 1920,
s of central nervous
h., octobre 1919,
rachidiennes anili-
syph., juillet 1917,
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N., 1920, p. 729.
lile gommeuse chez
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yphilis, treaiment.
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19.
virus syphilitique.
— R. N., 1920,
des syphilis ner-
juillet. — R. N.,
quatre réactions,
— R. N., 1920,
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., 9-10 juillet. —
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, 9-10 juillet. —
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— R. N.,. 19%,
MASSON ET C*, Editeurs, 120, Boulevard Saint-Germain, PARIS
Libraires de l'Académie de Médecine
EXTRAIT DE LA TABLE DES MATIERES DE LA
- « PSYCHTATRIE DU MEDECIN PRATICIEN » -
Un volume in-8° de 416 pages, avec 8 planches. . . . . . . . . . QO fr.
CINQUIEME PARTIE
SYNDROMES DE CAUSE ACQUISE AVEC ATTEINTE TRANSIT OIRE
DU FONDS MENTAL
I. — Toxi-inrections aicués ET suBAIGUES.
1. SyxpROMES FONDAMENTAUX. — Etat physique défectueux. — Confusion
mentale. — Onirisme.
2. Formes ciinigues. — Confusion mentale simple. — Onirisme pur. —
Confusion mentale avec onirisme. — Onirisme — avec confusion. — Confusion
stupide. — Délire aigu. — Syndrome de Korsakoff.
3. ParticuLarités — Leur diagnostic. — Méningo-encépha-
lites aigués. — Maladies infectieuses générales. — Auto-intoxications. — Exo-
intoxications.
4. TRalreMENT.
Il. — SyNDROMES AIGUS PROVOQUES PAR L’EMOTION.
Onirisme émotif. — Sidération émotive. — Confusion mentale post-émotive.
III. — SyNDROMES AIGUS POST-TRAUMATIQUES.
SIXIEME PARTIE
SYNDROMES ACQUIS AVEC ATTEINTE DEFINITIVE
DU FONDS MENTAL
I. — TrovuBLES MENTAUX LIES AUX LESIONS CIRCONSCRITES.
L'Agnosie. — L'Apraxie. — L'Aphasie.
TROUBLES MOTEURS PAR LESIONS DES NOYAUX GRIS. — Alhétose infantile,
maladie de Wilson. — Syndrome de C. Vogt. — Chorées chroniques. —
Syndromes lenticulaires acquis. — Syndromes parkinsoniens arlério-scléreux.
SYNDROMES ARTERIELS.
DIAGNOSTIC DES LESIONS CEREBRALES LOCALISEES.
II. — Les pEMENCES INVOLUTIVEs.
Démences artério-sciéreuse et sénile.
Début. — Troubles physiques. — Troubles effectifs. — Formes cliniques.
— Diagnostic — Anatomie pathologique.
DEMENCE PAR ENCEPHALITE INFECTIEUSE.
1° Syphilis cérébrale. — 2° Paralysie générale.
Etiologie. — Période prémonitoire. — Début. -- Période d'état. —
Démence. — Délire de grandeur. — Délire hypocondriaque. — Signes phy-
siques. — Evolution. — Complications. — Diagnostic. — Anatomie patho-
logique. —Traitement.
3° Maladie du sommeil.
IV. — DEMENCES TOXIQUES.
1. Démence alcoolique. — 2. Démence par stupéfiants. — 3. Démence saturnine.
V.— DEMENCES DE MECANISME MAL CONNU.
1. Démence post-traumatique. — 2. Post-méningitique. — 3. Epileptique.
4. Dans les maladies nerveuses. — 5. Post-confusionnelle,
=
Iv
Decembre 1924
FICHES BIBLIOGRAPHIQUES
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pe
¢
Belle
4
N° 42 bis
der Spirochaete pal-
schen Erkrankungen
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931, p. 2446,
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mai 1914. J. of the
3 juin 1919 ,p. 1420
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385. — R. N., 1910,
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de type transversal
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-mars, II, p. 361.
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MASSON ET C*, Editeurs, 120, Boulevard Saint-Germain, PARIS
Libraires de l'Académie de Médecine
Viennent de paraitre :
REFLEXE
PILO-MOTEUR
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Un vol. de 252 pages, avec 74 figures et 12 planches en noir eten couleurs. 25 fr. net.
LES NOUVELLES METHODES
CLINIQUE
PAR
R. LUTEMBACHER
Un volume de 186 pages, avec 138 figures originales, tiré sur beau papier . 20 fr.
VI
Décembre 1921
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Par Je L. CHEINISSE,
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VIII
Décembre 1924
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1909, p. 419.
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Doin, édit., Paris, 1909, — R. N., 1909, p. 1170.
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la Facultad de Medicina de Montevideo, janvier
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Masson, édit., Paris, 1913 et 1914. — R,. N.,
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de 367 pages, 3° édition, Alcan, Paris, 1909, —
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is de sérothérapie du
le sérum de convales-
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nerveuses du typhus
-8° de 39 pages, impr.
euses du typhus eran
méningées tardive.
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0.
in cas de polynéorile
Soc. méd.-chir, du
ars 1917. — R.
lysie pseudo-bulbairt
Soc. méd.-chir, @
917. — R. N., 19%
et complications ne
matique. Congres de}
1065.
quelques complict
ranthématique. C.
:o-roumain, mai 1917
yphus exanthématigut
céphalo-rachidien dy
rier 1920.
MASSON ET Cie, Editeurs, 120, Boulevard Saint-Germain, PARIS
Libraires de I Académie de Médecine
Vient de paraitre
QUESTIONS
NEUROLOGIQUES
D’ACTUALITE
sous la direction de
M. le Professeur PIERRE MARIE
S. A. Kinnier Witson. Sur quelques questions de patho-
génie, de diagnostic et de physiologie pathologique a propos
de la dégénération lenticulaire progressive. — Cu. Cuatevin.
Les tumeurs cérébrales. — H. Craupe. L’hypertension
intra-cranienne et les méningites séreuses. — G. Rovussy.
Les troubles sensitifs d'origine cérébrale. — Gerorces
Guittain. Les lésions traumatiques de la moelle —
J. Luernirre. L’encéphalite léthargique. — A. Sougues.
La paralysie agitante, ses rapports avec le syndrome par-
kinsonien post-encéphalo-léthargique. — L. Baponnerx.
Les encéphalopathies infantiles. — Anpré Léni. Les atro-
phies musculaires syphilitiques. — Paut Sainton. Le goitre
exophtalmique. — J.-A. Sicarp. Les algies et leur traite-
ment. — O. Crouzon. Les maladies familiales atypiques. —
Poutarp. Les modifications de la pupille. — Cu. Forx.
L’automatisme médullaire. — Laignet-Lavastine. Les psy-
choses thyroidiennes. — Cu. Vurpas. Petits syndromes
mentaux. Les obsédés. — Georces BourcuicNnon. La chro-
naxie. — Henri Bouttier. L’état de mal épileptique. —
P. Bénacue. L’épilepsie traumatique. — Pierre Marie.
Existe-t-il, chez homme, des centres préformés ou innés
du langage ?
Vingt conférences faites a la Faculté de Médecine de Paris en 1921,
Un volume de 552 pages avec 142 figures . . . . .... . . 28 fr. net,
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XIV
Décembre 1921
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REACTION
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BENJOIN COLLOIDAL
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DU LIQUIDE CEPHALO-RACHIDIEN
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Georges GUILLAIN
Professeur agrégé A la Faculté de Paris
Médecin de I’hépital de la Charité.
Membre de | Académie de médecine.
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Professeur VIGGO CHRISTIANSEN
Médecin de I'hépital Royal de Danemark
Correspondant de la Société de Neurologie de Paris
Préface du Professeur PIERRE MARIE
Un volume de 355 pages avec figures . . . . .
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